Martin Bouygues aurait rendu visite au président François Hollande et aux ministres Arnaud Montebourg et Fleur Pellerin, pour les presser de favoriser un rachat de SFR par Bouygues Telecom plutôt que par Numericable. Le grand patron craint, sinon, un mariage forcé avec Free.

Même dans ses rêves les plus ambitieux, Vivendi n'imaginait certainement pas que sa filiale télécoms SFR attise autant les convoitises. Alors que Numericable discute avec SFR d'un projet de fusion qui semble très bien engagé, voilà que Martin Bouygues joue des coudes pour tenter d'obtenir de l'Etat qu'il soutienne une offre de rachat de SFR par Bouygues Telecom.

Selon des informations publiées par le Journal Du Dimanche, Martin Bouygues aurait fait une visite surprise jeudi dernier au président François Hollande, au lendemain de l'annonce de son forfait Bbox ADSL à 19,99 € par mois, pour évoquer le dossier SFR. Alors que Numericable et SFR ont prévu des "synergies" que le Gouvernement interprète comme une possible "casse sociale" par la destruction de doublons d'emplois, Martin Bouygues serait venu à l'Elysée avec la promesse de ne pas provoquer de licenciements si l'Etat favorisait le rachat de SFR par Bouygues Telecom, alors que les doublons seront au moins aussi nombreux. 

"Plutôt crever"

Le JDD croit savoir que François Hollande pourrait faire pression personnellement sur Vincent Bolloré, devenu le principal actionnaire de Vivendi. Mais la marge est étroite, le groupe d'origine bretonne n'ayant que peu d'activités nécessitait de passer des contrats avec l'Etat. L'Etat pourrait en revanche peser sur l'acquisition de SFR si le dossier passe entre les mains de l'Autorité de la concurrence, où le Gouvernement est représenté par un commissaire issu de Bercy, qui fait part des observations de l'Etat.

Martin Bouygues aurait par ailleurs rencontré Arnaud Montebourg et Fleur Pellerin, chargés du redressement productif et de l'économie numérique. Martin Bouygues espérerait à tout prix remporter la mise face à Numericable, pour éviter tout mariage forcé avec Free que le grand patron ne peut pas voir en peinture. Il y a un an, Martin Bouygues expliquait qu'il "préférerait crever" plutôt que de vendre à Free sa filiale Bouygues Telecom. "Je me suis acheté un château, ce n'est pas pour laisser les romanichels venir sur les pelouses", aurait-t-il aussi lancé à Nicolas Sarkozy lorsque la licence de Free Mobile était en discussion.

Ce n'est plus une question rationnelle, c'est une question personnelle.

Or si le marché des télécoms s'ouvre au niveau européen, Free et Bouygues Telecom ne pourront pas rester seuls à affronter les groupes étrangers comme O2 ou Deutsche Telekom. Ceux qui restent devront nécessairement finir par se marier.

Free pourrait racheter les antennes de Bouygues Telecom

Pour s'assurer que ce cauchemar honteux ne se produise pas, Martin Bouygues serait prêt à mettre sur la table davantage que les 5 milliards d'euros promis par Numericable, et apporte par ailleurs de meilleures garanties de rentabilité à court terme.

Free lui-même pourrait y trouver son compte, puisque Martin Bouygues concéderait la vente à Free du réseau mobile de Bouygues Telecom, qui ferait largement doublon avec celui de SFR. La société de Xavier Niel n'aurait donc plus à déployer ses propres antennes et pourrait s'affranchir de l'itinérance avec Orange, comme le souhaite Arnaud Montebourg. Les négociations commencent déjà par presse interposée. "Notre réseau couvre aujourd’hui plus de 60 % de la population et nous n’avons aucun intérêt à en acheter un entier", a ainsi prévenu Free auprès du JDD.

Le projet de Bouygues pourrait par ailleurs trouver un allié dans les comptes de la maison-mère de Numericable, Altice, qui compte déjà 10,4 milliards d'euros de dettes. De quoi assurer que le câblo-opérateur ne puisse pas soutenir très loin une éventuelle surenchère.

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