Alors que le créateur du réseau s'y oppose, deux logiciels mettent en place un cryptage des données échangées sur BitTorrent pour contourner les limitations imposées par certains FAI, notamment canadiens.

Shaw Cable et Rogers Cable, deux des plus gros fournisseurs d’accès à Internet au Canada, ont mis en place depuis plusieurs mois des routeurs qui limitent la bande passante attribée au protocole BitTorrent. Ils reconnaissent à la volée le protocole employé et limitent ou bloquent son utilisation.

Pour contrer cette restriction, Azureus et µTorrent ont mis en place dans leurs dernières versions un cryptage de bout en bout (« end-to-end encryption ») des données échangées sur BitTorrent. Il permet de dissimuler le protocole utilisé et donc de contourner les routeurs des FAI. « BitTorrent est utilisé pour beaucoup de choses légales, comme la distribution de contenus du domaine public, des patchs pour des jeux-vidéo, etc. Un FAI ne devrait pas pouvoir bloquer un protocole légitime« , estime sur Slyck Ludvig Strigeus, développeur de µTorrent. « Le cryptage utilise un secret partagé (le hash de l’info du torrent), qui est différent pour chaque torrent, en association avec des clés Diffie-Hellman qui sont générées lorsque la connexion est établie« , explique Strigeus. « Les Diffie-Hellman aident à minimiser le risque d’auditeurs passifs, et le secret partagé aide à éviter les attaques de type man-in-the-middle« , ajoute-t-il.

Le divorce continue entre Bram Cohen et les développeurs BitTorrent
Bram Cohen, le créateur de BitTorrent aujourd’hui concentré sur son alliance avec l’industrie d’Hollywood, a exprimé son opposition à un tel cryptage. « Il n’y a quasiment aucun bénéfice« , et « les tentatives d’obscurcissement ne marcheront pas longtemps« , juge Cohen qui est persuadé que les FAI trouveront rapidement la parade. Surtout, Bram Cohen s’inquiète de l’incompatibilité du cryptage avec les autres clients BitTorrent et dénonce les développeurs « plus intéressés à essayer de hacker les limitations de leur FAI qu’à [maintenir] les performances d’Internet dans son ensemble« .

Le cryptage du protocole est un procédé « hostile [envers les FAI], non professionnel et nuisible« , condamne Cohen.

« Il semble être un peu coupé de la réalité de la situation, réplique Ludvig Strigeus, qui constate une généralisation du filtrage chez les FAI. Partis du Canada, ces filtrages toucheraient maintenant Singapoure, les Etats-Unis, Israël, l’Australie ou encore la Belgique (sur Telenet).

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