En 2012, la série télévisée Game of Thrones est devenue le feuilleton le plus piraté sur BitTorrent. S'il s'agit d'une forme de reconnaissance pour une œuvre de qualité, ce succès sur les réseaux P2P s'explique dans le cas des USA par un verrouillage de la diffusion et dans le cas de la France par une chronologie des médias inadaptée.

Adaptée de la série de romans de fantasy écrits par George R. R. Martin, la série télévisée Le Trône de Fer (Game of Thrones) s'est incontestablement imposée comme l'œuvre de fiction télévisuelle la plus partagée sur le protocole BitTorrent en 2012. C'est ce qui transparaît du classement établi par Torrentfreak, la série surclassant de très loin les autres feuilletons en nombre de téléchargements.

Le succès de la série TV Game of Thrones n'est pas une surprise. D'abord parce que l'œuvre de Martin est considérée comme l'un des meilleurs cycles de fantasy jamais écrits. L'accueil des critiques et du public a en effet été particulièrement positif. Ensuite parce que l'adaptation TV est d'excellente facture. Les réactions de la critique, la fidélité des téléspectateurs et les distinctions reçues sont là pour le démontrer.

Très apprécié aux États-Unis, Game of Thrones est également très suivi outre-Atlantique. Il suffit de regarder la popularité des fichiers BitTorrent concernant les épisodes des deux premières saisons. Mais ce haut niveau de piratage, à quoi est-il dû ? Plusieurs explications peuvent répondre à cette question, sans pour autant s'exclure entre elles.

Il y  a bien sûr le fait que la chaîne d'origine, HBO, est une chaîne de télévision à péage qui nécessite un abonnement. Si la chaîne compte environ 30 millions d'abonnés (au mois de septembre 2012), de nombreux Américains ne le sont pas. Et tous ne souhaitent pas passer par les solutions alternatives comme les services de vidéos à la demande comme HBO Go ou HBO on Demand à cause, par exemple, du prix.

Mais cette explication ne sied que pour le cas des Américains. À l'étranger, l'une des explications souvent avancées implique à raison la chronologie des médias. En France, la seule manière de profiter légalement de la série TV est de souscrire un abonnement à OCS Choc (Orange Cinéma Séries Choc), une chaîne du bouquet de l'opérateur. Or à moins d'avoir un cousin américain, impossible de suivre la série en collant de près à la retransmission américaine.

Car plusieurs semaines s'écoulent entre les diffusions américaine et française. À titre d'exemple, l'épisode 1 de la saison 1 a été projeté le 17 avril 2011 aux USA et le 5 juin 2011 en France. Cela représente un décalage de 1 mois et 18 jours. Pour l'épisode 1 de la saison 2, il a été émis le 1er avril sur HBO et le 3 juin sur Orange Cinéchoc, soit 2 mois et 2 jours plus tard.

Certes, il s'agit d'un écart assez réduit en comparaison d'autres séries qui ont mis beaucoup de temps à parvenir en France. De plus, il est à noter que la projection du feuilleton a démarré en France alors même que celle ayant lieu aux USA n'est pas encore terminée. Pour les chaînes s'appropriant les droits, c'est une prise de risque notable car il n'est pas toujours évident d'anticiper le succès de la saga.

À titre d'exemple, l'épisode 1 de la saison 1 de Dr House a ainsi été diffusé le 16 novembre 2004 aux USA et le 7 mai 2008 en France. Entre ces deux dates, il s'est écoulé 3 ans, 5 mois et 21 jours. Mais même avec une fenêtre aussi mince, c'est encore insuffisant à l'heure de l'immédiateté d'Internet où les premières traductions amateurs (fansubs) apparaissent quelques heures après la retransmission américaine.

En resserrant encore plus l'écart entre la projection américaine et son arrivée sur les canaux légaux de distribution français, ce serait un argument supplémentaire pour convaincre les internautes de se tourner vers les offres légales plutôt que sur les réseaux P2P. Ce n'est évidemment pas le seul critère qui rentre en ligne de compte, mais celui-ci est loin d'être négligeable.

D'autant que le public est manifestement prêt à payer, si l'offre est intéressante. Un sondage conduit ce printemps par Respondi pour Numerama a révélé qu'un peu plus de la moitié des jeunes internautes (15 à 19 ans) se dit prêt à payer pour avoir accès à une offre illimitée de séries TV, à l'image d'un abonnement mensuel fixe pour accéder à de la musique en illimitée.

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