Olivier Bomsel: l'économie avant l'exception culturelle

Guillaume Champeau - publié le Vendredi 13 Janvier 2006 à 11h20 - posté dans High-Tech

Olivier Bomsel. Ce nom vous dit peut-être quelque chose, puisqu'il est le co-auteur d'un rapport très contesté qui préconisait l'instauration d'une taxation de l'upload pour combattre le P2P. L'homme revient dans les colonnes de NetEco.com pour rappeler les valeurs indispensables de l'économie dans la culture.

L'économie doit-elle céder face au libre accès culturel, ou ce libre accès porte-il en lui sa propre destruction ? On ne demandera pas à Olivier Bomsel, chercheur au laboratoire Cerna d'Economie Industrielle de l'Ecole des Mines de Paris, d'être clair et concis dans cette réflexion en forme de plaidoirie. L'auteur est un analytique plongé dans une longue réflexion qui, une fois décryptée, reste toute aussi intelligente que contestable.

Intelligente parce que le discours est bien construit et raisonné, pensé et démontré avec la méthode du chercheur le plus strict. Contestable car pour suivre la réflexion de M. Bomsel, il faut être d'accord avec ce postulat qui veut que "les biens culturels ne sauraient échapper à l'économie". Et l'auteur de remonter aussi loin que la Renaissance (qui coïncide grosso-modo avec les premières réflexions sur le droit d'auteur en Europe) pour démontrer que même la peinture revétait à l'époque une logique de production. Les princes que l'on dit mécène étaient en fait des producteurs, et en celà rien n'aurait changé. En France, "le seul discours autorisé concernant la culture est un discours interne à la nature des oeuvres, aux émotions qu'elles donnent, aux artistes, aux auteurs... l'exception culturelle, en tant que doctrine de la protection de l'Etat, a conduit, jusqu'à ce jour, à ce que seul ce discours existe".

Mais "les oeuvres ne sont pas que des productions, ce sont aussi des marchandises car c'est en tant que marchandises qu'elles sont le plus largement diffusées", nous dit Bomsel. Entamant un pamphlet économique contre la licence globale (qu'il appelle "obligatoire"), l'auteur nous indique que si les oeuvres n'étaient que des productions, il n'y aurait pas d'économie. "On serait dans un dispositif comparable au socialisme soviétique dans lequel n'existaient que des auteurs, des inventions, des productions, et l'Etat, seul responsable de leur circulation".

Olivier Bomsel, qui juge que "l'exception culturelle a déphasé la France dans son rapport à la propriété intellectuelle", livre un plaidoyer en faveur d'un droit d'auteur indispensable selon lui à la création. Le chercheur nous livre une étude brillante sur le modèle économique de la culture (devrait-on dire de l'industrie culturelle), qui se base sur la livraison successive et à tarifs étudiés d'un même produit. Tel film sera d'abord livré au cinéma avant d'attérir dans les vidéoclubs puis sur les chaînes payantes avant d'être, en fin de course, accordées à cette vilaine chose qu'est la télévision en clair... comprenez gratuite. Et Bomsel la fustige, cette télévision en clair qui nous inonde de publicité et qui désiquilibre le marché. Pour l'auteur, le P2P est la télévision en clair de l'Internet, mais il faut tout tenter pour que son contenu s'appauvrisse et qu'enfin se développent les télévisions payantes qui seules sont capables de financer la création.

Vive le monopole pour assurer la diversité
Bomsel aime les positions monopolistiques en matière de culture, la concentration de l'offre. Sur cette licence globale qui donnerait à tous la possibilité de devenir distributeur et donc d'accroître la diversité de l'offre, l'auteur réplique qu'il est "illusoire de penser que la diversité peut s'accroître du seul chef de l'extension des canaux de diffusion, alors même que la sélection devient plus concurrentielle et coûteuse". Car pour qu'une oeuvre rapporte de l'argent, et donc pour qu'elle finance la création, il faut "avant toute chose un système de sélection et de signalisation efficace en sorte que la distribution soit économiquement viable". En clair, il faut des campagnes de publicités, du matraquage marketing : de la visibilité.

"La maîtrise des marchés suppose, d'une part, de trouver le bon ordonnancement des versions et des tarifications associées, et d'autre part, de faire respecter l'application des droits en sorte que les offres gratuites contournées (le piratage) ne polluent pas les marchés de versions payantes". Tout mais pas la gestion collective et l'accès illimité aux oeuvres, à toutes les oeuvres.

Finalement, conclue Bomsel : "la question de savoir comment les ordinateurs protégeront les contenus et quel sera leur rôle en tant que point d'entrée dans l'espace domestique, est largement ouverte". Et l'auteur de n'apporter aucune réponse à cette question qui n'en a pas. Et un beau et long discours de perdre toute efficacité en ce simple constat d'impuissance face à un modèle économique (qui n'est qu'un modèle) insoutenable sur Internet.

Une seule chose rassemblera Olivier Bomsel et les P2Pistes : "une standardisation rapide, au niveau européen, des systèmes de gestion de droits numériques (DRMs) visant une interopérabilité des fichiers quel que soit l'équipement terminal, soutiendrait le déploiement d'Internet et réduirait les pertes de tous les autres réseaux"
 
Publié par Guillaume Champeau, le 13 Janvier 2006 à 11h20
 
 
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Commentaires à propos de «Olivier Bomsel: l'économie avant l'exception culturelle»
 
Bref une belle démonstration qui tombe dans le vide quoi...
C'est dingue cette propension à ne pas vouloir inventer, à vouloir absolument mettre les modèles connus dans des systèmes incapables de les contenir, et essayer de faire tenir le tout avec les bouts de scotch de la réglementation...
Ce qui m'amuse, c'est ces attaques de toutes parts de économistes sur Internet :

Les Blogs ? "Ca pourrit le marché de l'information, il faut les juguler"
Le P2P ? "Ca fausse tout, faut fermer !"
Les moteurs de recherche ? "Trop d'influence, faut contrôler !"
Ebay ? "Ca mélange tout, c'est pas gérable, c'est nocif !"

En fait, mis à part quelques sites bien dans la norme "IRL" Internet fausse complètement les données des penseurs du libre echange ... autant parce que les acteurs de la netéconomie "inventent" des modèles inédits que parce que les internautes font du "gratuit" un modèle "économique" en soi ...

Il n'y a pas que les maisons de disques qui vont devoir revoir complètement leurs théories ...
ouais ben moi, rien ne me rassemble avec bomsel, vu que je trouve pas une standardisation des DRMs "au niveau europeen" acceptable non plus.. si c'est pas mondial, autant pas en avoir, sinon on va encore se faire enfler en europe..
déjà le zonage des DVD & Consoles de jeux me hérisse le poil, et le pal/secam/ntsc etait suffisament equiquinant comme ca, si en plus on porte ca a un niveau au-dessus..
Les dinosaures continuent de blablater, pendant que l'histoire s'écrit sans eux.
Je crois que je commence à radoter (ça se voit pas trop heureusement, vu que je poste sur plusieurs sites) mais encore une preuve que la plupart des hommes politiques et des hommes d'affaires ont pas compris qu'on vivait un changement de paradigme. les flux d'information n'ont pas connu tels bouleversement depuis l'invention de l'imprimerie. Révéillez-vous, les vieux croulants !
Même si on accepte sont postulat de départ sa démonstration est complétement foireuse:
Une oeuvre même en tan que bien marchand n'est rien d'autre qu'une idée, une création. Et une idée nouvelle ça se nourrit d'autres idées. Si on met en place des DRMs, des brevets, des droits d'auteurs trop contraignants... On bloque l'accès aux idées, ce qui a pour conséquence de tuer l'innovation et la création. C'est un système autodestructeur.
j ai tres envie de deposer un brevet :
comment tenir ça kekette fasse au vent sans ce prendre toute la pisse sur le gueule
bon, et "http://www.archive.org", on le classe où M.Bomsel ?

;-)
De la part de gens qui considèrent que le corps humain est une marchandise et qui ne pensent qu'à breveter le vivant.
Comment voulez-vous qu'il puisse considérer la culture autrement que comme une marchandise...!!!
Donner une argumentation qui n'est logique que dans l'apparence, cela s'appelle "sophisme". Si ce brave économiste veut bien ouvrir un dictionnaire...

Sinon, voici LA preuve de l'irrationalité de sons discours:
"Car pour qu'une oeuvre rapporte de l'argent, et donc pour qu'elle finance la création, il faut "avant toute chose un système de sélection et de signalisation efficace en sorte que la distribution soit économique­ment viable". En clair, il faut des campagnes de publicités, du matraquage marketing : de la visibilité."
Contestable sur trois points:
1) Le P2P permet de faire connaître ce qui ne bénéficie pas de ce marketing, donc il aide la diversité. Qui n'a pas découvert quelque chose dont il ne soupçonnait pas l'existence grâce à la mule?

2) Ce marketing est inutile car s'il fait connaitre, il ne fait pas aimer. Une publicité, quelle qu'elle soit, fait connaitre un produit mais ne pousse pas à la vente ceux qui n'y voient pas d'usage (pour un produit ou un service) ou d'échos à ses goûts personnels (culture, spectacles, cinéma...). Exemple: toute le battage autour de la Star Ac' n'empêche pas que les derniers artistes lancés vendent très mal.
3) Ce marketing est une source de coût supplémentaire, alors que pour enregistrer, un local et des instruments suffisent. Le simple prix de vente du CDs et des places de concerts rentabilise vite, si on évite tout frais qui est au final parfaitement inutile (voir raison 2).

Donc M. l'économiste, vous perdez votre temps: toute la rhétorique du monde ne changera rien à deux faits qui faussent le débat: le manque de choix du système que vous défendez, et le coût de la "promotion" de la musique, qui couvre des frais inutiles que le consommateur n'a pas vocation à payer.
"un plaidoyer en faveur d'un droit d'auteur indispensable selon lui à la création"
Il y a eu de très grands artistes avant l'instauration du droit d'auteur et je ne doute pas qu'il y aura de grands artistes ...après sa disparition.
Les économistes sont pour la plupart des crétins pleins de suffisance et leurs discours stériles sont généralement sans le moindre intérêt. Je le sais d'autant mieux que j'ai passé 5 ans en fac d'éco!
Moi je ne trouve pas que ce monsieur dit des trucs bidons, ce qu'il dit est très pertinent quand cela s'applique à l'économie de la distribution de masse fondée sur le droit d'auteur, cad le système de production culturel de masse, majoritaire durant le XXe siècle.

Ce qu'il dit perd sa pertinence quand on s'intéresse aux XVIIIe et XIXe siècles, et la re-perd quand on s'occupe du XXIe siècle.

Vous voyez ce que je veux dire ? Il pige parfaitement comment le système fonctionnant jusqu'à l'arrivée d'internet.
Et, forcément, le système ne peut plus fonctionner de la même façon désormais.

Le biais principal à mes yeux, c'est le fait que l'auteur passe de la constatation du "ça ne peut plus fonctionner comme avant" au "c'est condamnable", autrement dit de l'objectif au normatif.

Très intéressant article !
La culture, tout comme la vie, la nourriture, l'habitat, la chaleur, l'eau potable, les loisirs, la santé, le travail et le savoir, n'a pas attendu l'économie pour exister. Il ne faut jamais perdre de vue que c'est bien l'économie qui vit de toutes ces choses et non l'inverse.
Milvus>"les flux d'information n'ont pas connu tels bouleversement depuis l'invention de l'imprimerie."
Personnellement j'aurais dit l'écriture (~4000) qui a permis à l'homme de transcrire du savoir aux générations futures. :D
Ou même tout simplement à l'invention du cerveau (~3Md) qui autorise à l'animal l'aquis en plus de l'inné. :D
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