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DADVSI : Et le débat peut commencer

Guillaume Champeau - publié le Mercredi 21 Décembre 2005 à 01h50 - posté dans High-Tech

Minuit quarante-cinq. Le décor est planté. Les quelques parlementaires nocturnes quittent l'hémicycle au terme de la première journée d'examen du projet de loi sur le droit d'auteur, après plus de trois heures de discussions d'ores-et-déjà animées. Sans surprise, communistes et socialistes s'opposent à la majorité UMP, tandis que l'UDF conteste la procédure mais accorde son soutien au gouvernement.

C'est un Renaud Donnedieu de Vabres en position défensive que l'on a pu admirer mardi soir au perchoir de l'Assemblée Nationale. Le ministre de la Culture, bien conscient de la difficulté de sa mission, a tenté sans relâche de convaincre l'auditoire de sa bonne foi et de sa totale imperméabilité aux pressions des industries culturelles.

Pourtant dès avant l'ouverture officielle de la discussion, le ministère s'est fourvoyé dans une symbolique démonstration de soumission aux puissants conglomérats qu'il entend bien défendre bec et ongle jusqu'au jeudi 22 décembre. Dans les salons de l'Assemblée, à quelques mètres à peine des bancs où siègent les députés, des représentants cravatés de la Fnac et de Virgin ont pu faire démonstration aux députés du développement et des bienfaits de leur offre dite "légale". Habillés d'un très officiel badge confié par le ministre de la Culture, les industriels ont été invités par le Gouvernement, dans la maison du législateur, à exercer une dernière fois leur pression. Les socialistes s'en sont bien sûr émus (le député Patrick Bloch en aura même fait l'introduction de la discussion parlementaire), et l'incident fut vite réglé par la reconduite des industriels aux portes du temple. Mais ceci non sans laisser de trace dans l'esprit des députés de gauche.

A la barre donc, Renaud Donnedieu de Vabres défend le projet de loi présenté en novembre 2003 par son prédécesseur, Jean-Jacques Aillagon. Il y met un tel coeur que l'on a même peine à croire que le ministre fait là uniquement son bon devoir de fonctionnaire. Exhortant à de maintes reprises la "fierté" dont doivent se sentir investis les parlementaires au moment du vote d'une loi dont il juge lui-même les débats "historiques", RDDV a martelé son soucis d'équilibre dans les termes de la loi. Un équilibre, on retiendra l'expression, "entre la jungle et la geôle". La jungle étant, vous l'aurez compris, le Peer-to-Peer. Gentils gorilles que nous sommes.
Constamment sur la défensive face à ce qu'il juge n'être qu'une "caricature" de la loi, le ministre a insisté sur ce qu'il jure être la garantie du maintien du bénéfice de la copie privée. L'exercice effectif de cette exception fondamentale aux droits exclusifs devra être garanti, nous martèle le ministre, par un "Collège des médiateurs". Un collège qui ne pourra intervenir qu'a posteriori, et dont l'on peut déjà douter de l'indépendance au vu des précédentes expériences de ce genre (nous pensons bien évidemment aux CSPLA et autres commissions copie privée, largement dominées par les lobbys industriels).
Il fut soutenu tout du long par son homme d'honneur M. Christian Vanneste, le rapporteur du projet de loi qui faisait récemment les bons titres des journaux pour de sombres propos qui en disent long sur la largesse d'esprit et le caractère progressiste de l'homme...

La copie privée au centre du combat politique
Face à lui, le groupe communiste tout d'abord, puis les socialistes, ont fait bloc pour démonter le projet. La prestation studieuse de Frédéric Dutoit a fait place au lyrisme et à l'efficacité du socialiste Christian Paul, qui a balayé l'essentiel des dangers soulevés par le projet DADVSI, sans se laisser démonter par les interruptions incessantes du ministre. Un ministre embarrassé de voir un député expliquer très simplement à l'Assemblée qu'il ne peut pas mettre sur son iPod mini des morceaux qu'il irait éventuellement acheter sur les plateformes de la Fnac ou de Virgin, celles-là mêmes qui étaient montrées en coulisse quelques heures plus tôt. Un ministre plus embarassé encore lorsque le même Christian Paul raconte qu'il sera obligé de contourner les mesures techniques apposés sur les fichiers de la Fnac, ce qui sera précisémment passible de 3 ans de prison et 300.000 euros d'amende si le texte est voté.

Pendant son intervention, le groupe socialiste s'est efforcé d'introduire la solution alternative de licence globale, qu'il présente comme la troisième voie possible "entre la jungle et la geôle". L'UMP, bien sûr, a balayé cette idée d'un revers de parole, faisant tout pour éviter que le débat sur ces amendements ne prenne trop d'importance avant l'heure. Mais clairement la copie privée est la véritable clé de voûte placée au centre de tous les débats, et ne l'emportera que celui qui sera le plus convaincant sur les garanties de sa sauvegarde, que ce soit par un mécanisme de collège des médiateurs ou par une licence globale. Le fait que la sauvegarde de la copie privée soit devenu à ce point un enjeu politique est, il faut se contenter du peu, une première victoire dessinée mercredi soir.

Mais une victoire des anti-DADVSI aurait été bien plus nette si l'UDF, en mal d'identité parlementaire actuellement, avait pris parti plus clairement. Tout en dénonçant la procédure d'urgence et l'absence de débat concerté, le député UDF Jean Dionis du Séjour a préféré accorder le soutien de son groupe au gouvernement, et votera avec la majorité.

Les débats reprendront ce mercredi à 15 heures, et devraient se poursuivre jusque tard dans la nuit de jeudi.
 
Publié par Guillaume Champeau, le 21 Décembre 2005 à 01h50
 
 
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Commentaires à propos de «DADVSI : Et le débat peut commencer»
 

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Ce matin sur Europe1, RDDV a defini la copie privee comme le droit de diffuser une oeuvre a un niveau familial, c-a-d 5 personnes (c'est ce qu'il a dit). Et si on se mettait à limiter le nombre des uploaders à 5 en même temps, du coup, on reste dans les clous... me trompe-je ?
@Guillaume : il y a une faute sur la date :
"C'est un Renaud Donnedieu de Vabres en position défensive que l'on a pu admirer mercredi MATIN au perchoir de l'assemblée nationale ."
Evidemment !
J'ai aussi suivi les débats d'hier soir à l'AN.
Tout a été dit, si ce n'est que je veux souligner l'excellente prestation du député socialiste Christian Paul, qui a tenu un discours de connaisseur.
Je l'ai d'ailleurs encouragé par mail hier soir et je vous invite à faire de même.
D'ailleurs, pour ceux qui ne l'auraient pas vu, le député communiste a lu la lettre d'un internaute à l'assemblée pour preuve de l'inquiétude qui règne chez les utilisateurs d'internet et je suis persuadé qu'un envoi massif de mails d'encouragement pour certains, de mails de mise en garde pour d'autres, aura un effet significatif !
Arrêtons de penser que ne rien faire est la seule solution, les débats reprennent à 15h, à vos messageries !
@Monsieu : pas de lien emule (mais ca devrait venir :-) ) mais des liens direct sur
http://www.pcinpact....du_ministre.htm
Lionl, évidemment, les 5 personnes du cercle familial doivent rester les mêmes hein...

Sinon je suis assez déçu de constater que certains d'entre vous ne croient pas en la licence globale. Ce modèle économique serait viable, tout comme on regarde des films sur les chaînes TV en payant une redevance ou un abonnement ! Mine de rien, si la plupart des internautes payaient un forfait de 7 euros par mois qui irait directement (ou presque) dans la poche des artistes, cela leur rapporterait pas mal d'argent !

La licence globale est la meilleure solution pour nous, les internautes. Elle sera peut être un peu compliquée à mettre en oeuvre, alors soutenons la !
Soutenant la licence globale car il s'agit de la SEULE alternative acceptable.

C'est cela le compromis entre les intérêts de la communauté, du public (avoir l'accès libre à toutes les oeuvres) et les créateurs, les artistes (être rémunérés... mais aussi de la notoriété).

Pour les esprits chagrins, sachez, qu'en plus, le PS et le PC sont d'accord pour conserver son caractère optionnel : payeront ceux qui téléchargent effectivement.
Pour ceux qui souhaitent plus de renseignements sur le projet de licence globale :

http://www.lalliance.org/
RDDV est au gouvernement alors qu'il devrait être en taule ! C'est vraiment écoeurant !
@ Miyafan

Le "guignol" de l'UDF dont tu parles, M. Dionis du Séjour, a clairement demandé il y a quelques mois « qu'un décret en Conseil d'Etat précise “les modalités des conditions de la disparition de la rémunération pour copie privée”, la copie privée étant elle-même appelée à disparaître. »

http://www.spedidam....ique_241005.pdf

Il n'est autre que le rapporteur de la LCEN et fut fort critiqué à l'époque du débat :

http://www.journaldu...sdusejour.shtml

Bref aucun espoir du côté de l'UDF, semble-t-il...
« ... d'ailleurs les artistes sont fortement remunérés par des droits a la copie." (c'est résumé, pas du texto) » !!!

Suffit de faire le calcul. 40 000 000 d'Euros (SPEDIDAM et ADAMI réunis) pour environ 100 000 artistes ça fait 400 Euros par an. On peu dire qu'il font sauter la banque. Salauds de racketteurs !

:-)

Ben oui. Normalement l'artiste vit d'amour et d'eau fraîche. On voit ça dans tous les films.
@Makhno: merci pour la précision. C'est vrai qu'ils ont mentionné très vite le rapporteur sur la LCEN mais mon flux a dérapé à ce moment là - d'ailleurs, est-ce qu'on saura si les serveurs de lcpan ont été pris d'assaut hier ? :)

@harakiri26: un des intervenants - C. Paul si ma mémoire est bonne - a évoqué le fait que 100.000 internautes s'étaient adressés au sinistre pour lui communiquer leurs craintes. Il parlait sans aucun doute de la pétition anti-EUCD !
harakiri26: 30 millions ! En dessous de la moitié du peuple, c'est pas représentatif hein ;)
->Miyafan
Je confirme, il s'agit bien du député Socialiste Christian Paul qui a évoqué, entre autre, la pétition de 100.000 internautes contre la loi DADVSI !
Il connaissait son sujet et il l'a présenté en long en large et en travers, tant et si bien que certains députés de droite étaient excédés par la durée de son discours.
Christian Paul, était notamment venu avec deux lecteurs numériques justement incompatibles et a ainsi voulu faire comprendre « l'enfer » de l'interopérabilité.
Malheureusement, il n'a pas relevé le propos du ministre qui lui a lancé : « c'est trop technique ! ». Il aurait été en effet fort intéressant de lui demander s'il fallait être technicien pour faire valoir son droit sur la copie privée et de lui mettre les 2 lecteurs dans les mains afin qu'il nous fasse une démonstration sur les possibilité qu'on les consommateurs d'effectuer leur copie privée !
Ben tiens, je vais mailer au député socialiste moi...

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