Le traité de Beijing sur les interprétations audiovisuelles conclu à l'OMPI

Guillaume Champeau - publié le Mardi 26 Juin 2012 à 14h07 - posté dans Société 2.0

L'OMPI est parvenue cette semaine à conclure de très vielles négociations sur un traité de protection des droits des artistes-interprètes d'oeuvres audiovisuelles, censé conférer des droits nouveaux aux comédiens dont les oeuvres sont diffusées. Mais l'accord est largement vidé de sa substance par un article qui refuse de trancher la question de la cession des droits au producteur et de la rémunération des artistes.

Après plus d'une décennie de débats et de reports, l'Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle (OMPI) est parvenue mardi à conclure la signature du Traité de Beijing sur les interprétations et exécutions audiovisuelles (.pdf). L'accord international met fin à une forme de discrimination dans le droit international entre les artistes-interprètes d'œuvres audio, qui bénéficiaient d'un régime de protection particulier depuis le traité de Rome de 1961, et les artistes-interprètes d'œuvres audiovisuelles (essentiellement les acteurs) qui étaient dépendants de chaque législation nationale.

Il était soutenu par la Fédération Internationale des Acteurs (FIA), qui avait organisé une campagne pour appeler les états à se mettre d'accord sur le contenu de l'accord :

Le texte adopté en Chine pose comme principe que les artistes-interprètes bénéficient tout d'abord d'un droit moral qui leur permet de s'opposer à "toute déformation, mutilation ou autre modification de ses interprétations ou exécutions préjudiciables à sa réputation", et de voir leur nom associé à l'œuvre lorsqu'elle est publiée. Par ailleurs, ils bénéficient du droit patrimonial exclusif d'autoriser la diffusion, l'enregistrement et la reproduction de leurs prestations, et donc de monnayer ce droit en se faisant payer pour chaque exploitation (sous la réserve essentielle de l'article 12, évoquée ci-après).

"Les artistes interprètes ou exécutants jouissent du droit exclusif d'autoriser la reproduction directe ou indirecte de leurs interprétations ou exécutions fixées sur fixations audiovisuelles, de quelque manière et sous quelque forme que ce soit", dispose le traité de Beijing. Une note d'interprétation précise que cette disposition s'applique "pleinement dans l'environnement numérique" puisque "le stockage d'une interprétation ou exécution protégée sous forme numérique sur un support électronique constitue une reproduction au sens de cet article"

Ils doivent aussi recevoir rémunération pour chaque diffusion en VOD de leurs interprétations, puisqu'un article dispose que "les artistes interprètes ou exécutants jouissent du droit exclusif d'autoriser la mise à la disposition du public, par fil ou sans fil, de leurs interprétations ou exécutions fixées sur fixations audiovisuelles, de manière que chacun puisse y avoir accès de l'endroit et au moment qu'il choisit individuellement".

Chaque état sera libre de créer une licence obligatoire compensée dès lors par un système de rémunération équitable, tel qu'il existe en France avec la SPRE pour rémunérer les producteurs, chanteurs et musiciens.

Lors des négociations précédentes à Genève en 2000, les discussions avaient achoppé sur la question de la cession des droits des artistes-interprètes au producteur de l'œuvre audiovisuelle. Un compromis a cette fois été trouvé, avec un texte qui laisse beaucoup de liberté aux états, et n'apporte aucune garantie aux artistes.

L'article 12 du texte autorise (mais n'impose pas) en effet la création d'un régime de cession implicite des droits patrimoniaux au bénéfice du producteur, sauf stipulation contractuelle contraire. Or le même article dit que la législation nationale "peut conférer à l'artiste interprète ou exécutant le droit de percevoir des redevances ou une rémunération équitable". Mais elle peut aussi ne pas le faire, et laisser l'artiste ne rien toucher. Autant dire que le traité se vide de sa substance pour les comédiens, qui devront continuer à se battre dans chaque état.

En France, le code de la propriété intellectuelle aménage déjà depuis 1992 un régime de protection des artistes-interprètes de tous types d'œuvres, avec obligation pour le producteur de rémunérer l'artiste selon une grille qui distingue les différents types d'exploitation.

Le traité de Beijing entrera en vigueur lorsque 30 états membres de l'OMPI l'auront ratifié.

Publié par Guillaume Champeau, le 26 Juin 2012 à 14h07
 
 
9
Commentaires à propos de «Le traité de Beijing sur les interprétations audiovisuelles conclu à l'OMPI»
 
Inscrit le 22/03/2012
72 messages publiés
Je suppose que les artistes ne touchent pas le moindre centime lorsque les ?uvres (notamment les films) sont diffusés par VOD, alors qu'ils sont l'essence même de l'?uvre. Au lieu de cela c'est les boites de prod et les diffuseurs qui touchent le pactole. àa ne devrait pas faire plaisir à Canal et cie.

Cela dit je n'arrive pas à comprendre comment la reproduction ou la diffusion de l'?uvre dépendra de la volonté des artistes. L'on ne vas tout de même pas mettre en péril tout un film parce qu'un figurant n'a pas envie de diffuser le film (j'exagère, mais bon..)
Inscrit le 17/11/2006
209 messages publiés
Cela veut-il dire que les radios US vont devoir payer pour diffuser de la musique ? Ou alors les etats-unis vont encore hérité d'exception... Déjà là bas les radios doivent lutter (a chaque legislature) contre le Performance Rights Act, qui revient a chaque fois. Ce traité peut il être interprété comme un cheval de troie contraignant à la rémunération direct ou indirect contre diffusion de l'oeuvre ?
Inscrit le 21/04/2011
20 messages publiés
Pourquoi dans tout l'article on parle de Beijing et pas Pékin ?
Inscrit le 15/06/2011
36 messages publiés
LeF_Cn'U, le 26/06/2012 - 18:16
Pourquoi dans tout l'article on parle de Beijing et pas Pékin ?


Parce que c'est le vrai nom de la ville.
Inscrit le 21/04/2011
20 messages publiés
Parce que c'est le vrai nom de la ville.

Ah. Pourtant dans le même texte on nous parle du traité de Rome et pas du traité de Roma.

Et vrai nom de la ville ou pas, je connais peu de français qui disent Beijing et pas Pékin.
Inscrit le 27/06/2012
1 messages publiés
parce que Pekin est le nom donné par des français au siècle d'avant le précédent, et que Beijing avait d'autre écriture et appellation en anglais, en allemand et en espagnol..
On imagine mal un atlas où toutes les graphies seraient utilisées : A l'heure de Google Earth, il faut bien choisir une transcription des idéogrammes chinois, et c'est celle du Pinjin qui fait foi.
Cette transcription est normalisée, unique et créée par les chinois eux-mêmes en 1979.
Ile st temps de de s'y mettre !

De meme pour Canton qui devient Guang zhou


http://fr.wikipedia....ki/Hanyu_pinyin

perso ce qui m'enerve c'est que Lille soit écrit Rijsel sur les autoroutes belges flamandes
Inscrit le 21/04/2011
20 messages publiés
Hihi, c'était pas le bon exemple Google Earth, c'est bien marqué Pékin chez moi.

Bon en vrai je posais la question parce que je me demandais si l'auteur savait que Beijing c'était Pékin ou s'il ne disait pas Beijing pour faire genre je suis anglophone (comme quelqu'un qui parlerait de London au milieu d'une phrase en français pour désigner la capitale britannique). Parce qu'en vrai en France on utilise plutôt Pékin.

Après je suis entièrement d'accord avec toi pour dire que le pinyin c'est mieux que de faire chacun sa petite traduction dans son coin, dans ce cas précis en plus Pékin ça ne ressemble pas du tout à la prononciation chinoise. Mais dans ce cas là, comme je le disais plus haut, pourquoi on donne un nom français à certaines villes (Rome, Londres, Vienne, Barcelone, etc) et pas à d'autres ?
Inscrit le 17/11/2006
209 messages publiés
macfan, le 27/06/2012 - 12:17

perso ce qui m'enerve c'est que Lille soit écrit Rijsel sur les autoroutes belges flamandes

Déjà en france, il y a les "intégristes" locaux qui réussissent a imposer des doubles nommages (Français + "ma langue du coin que seul moi et mon pote on parle, et ça nous plait que tous les autres n'y comprennent strictement rien.") Si en plus tu veux aller imposer ça a
l'étranger tu vas choisir quel version ?
Inscrit le 28/12/2010
3690 messages publiés
Pourquoi est-ce que je me dis tout de suite que le droit de s'opposer à "toute déformation, mutilation ou autre modification de ses interprétations ou exécutions préjudiciables à sa réputation", qu'on veut conférer aux comédiens, va constituer un moyen supplémenaire permettant surtout aux producteurs, qui en seront cessionnaires, de censurer et poursuivre toute forme de réutilisation (court extrait, parodie, détournement, remix, montage) ?

L'habitude, sûrement...
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