François Hollande considère que l'Hadopi n'a eu aucun rôle dans le coeur des électeurs. "Heureusement, les gens votent quand même pour quelque chose de plus élevé", explique-t-il. A raison. Les gens votent surtout pour une manière de gouverner. Or à cet égard, la loi Hadopi fut vécu comme un symbole à faire tomber.

Pendant la campagne électorale, le président François Hollande (habituons-nous tout de suite) a paru sans cesse changer de position concernant l’avenir de la loi Hadopi, au point que nous avions un jour titré : « le changement, c’est tout le temps !« . Le sujet a montré une étonnante désorganisation des troupes censées entourer le candidat, mais une désorganisation provoquée par l’armée mexicaine convoquée par François Hollande.

Jugez plutôt. Aurélie Filipetti était chargée de conseiller le candidat socialiste sur la culture. Fleur Pellerin était chargée de le conseiller sur le numérique. Et, tenez-vous bien, Didier Mathus était chargé de conseiller François Hollande sur les questions culturelles relatives au numérique. Avec, chacun, leurs réseaux à satisfaire, leurs intérêts à concilier, leurs convictions propres à défendre. Et leur point de vue à imposer, in fine, au futur président.

Le sujet a failli coûter cher à François Hollande, lorsque l’UMP s’est emparée avec humour de la cacophonie pour dénoncer l’ambiguïté du Parti Socialiste sur l’avenir de l’Hadopi. La loi contre le piratage était devenue représentative d’une manière de gouverner, non plus de Nicolas Sarkozy qui l’a imposée contre l’avis de sa propre majorité, mais de François Hollande qui ne paraissait plus savoir qu’en faire.

Or dans Marianne, le journaliste Eric Dupin (un homonyme du blogueur) raconte un déjeuner qu’il a eu avec François Hollande, qu’il connaît depuis les années 1970. Il raconte que celui qui mène alors campagne s’énerve lorsqu’on lui parle d’Hadopi. Il paraît ne pas comprendre pourquoi la riposte graduée est un sujet aussi sensible :

D’ordinaire fort peu irritable, Hollande ne cache pas son agacement à l’évocation du dossier Hadopi. Celui-ci a, il est vrai, donné lieu à de spectaculaires valses-hésitations de sa part.  » Le débat sur la culture est totalement phagocyté par Hadopi. Et il y a des lobbies tellement divers ! Faut-il abroger ou pas ? Et si oui, faut-il une nouvelle loi ? Quand je dis que je suis pour la régulation mais contre Hadopi, je ne satisfais personne. La politique, c’est quand même plus compliqué, plus subtil que certains ne se l’imaginent ! De toute façon, les gens ne vont pas voter sur Hadopi. C’est l’absurdité d’une campagne. On est sollicité par tous les groupes, par toutes les catégories. Heureusement, les gens votent quand même pour quelque chose de plus élevé. « 

Or il nous semble, qu’au contraire, l’Hadopi a eu un rôle important dans cette campagne. Bien sûr, bien moindre que le chômage. Bien sûr, bien moindre que le pouvoir d’achat. Bien sûr, bien moindre que la moralisation de la vie publique, que la dette de la France, que l’immigration, que l’éducation,… Mais elle a eu un rôle dans ce ce qu’elle a montré de la démocratie française.

Il faut se souvenir que jamais l’examen d’une loi n’avait été autant observé par le public à l’Assemblée Nationale. Le spectacle fut désastreux pour l’image du Parlement.

Des milliers d’internautes ont vu, de leurs propres yeux, des argumentaires solides développés pendant de longues minutes être balayés par le ministre en une seconde, d’un simple « défavorable » décérébré.

Ils ont vu, de leurs propres yeux, le gouvernement et la majorité parlementaire s’obstiner à adopter une loi vouée à l’échec dès sa conception, uniquement pour plaire aux lobbys culturels et pour obéir à l’ordre présidentiel, venu d’une Elysée qui n’avait que faire des innombrables problèmes techniques, juridiques et éthiques posés par la loi qu’il fallait adopter.

Ils ont vu, de leurs propres yeux, les mêmes députés ne jamais s’excuser d’avoir méprisé l’opposition et d’avoir adopté une loi qui fut censurée par le Conseil constitutionnel.

Ils les ont vu, de leurs propres yeux, revenir à l’Assemblée corriger la loi pour la forcer, encore, toujours, parce que l’ordre leur fut donné.

Ils ont vu, surtout, comment une loi pouvait être votée non pas pour eux, mais contre eux. Non pas pour assurer l’intérêt général, mais pour défendre l’intérêt particulier.

Et ils ont espéré que le président du « Changement » serait celui qui inspirerait une autre manière de gouverner. Ils ont espéré. Mais sans naïveté.

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