Edward Jay Epstein, surnommé l'économiste d'Hollywood, a publié des chiffres issus d'un rapport confidentiel de la MPAA. Ils montrent que le cinéma vit désormais avant tout grâce aux revenus issus de la télévision. De quoi embraser le débat de la distribution légale des films sur Internet.

« Le secret le mieux gardé à Hollywood, particulièrement auprès de Wall Street, c’est que le centre de profit le plus important pour les studios de cinéma ne sont pas les entrées en salle, ni même les ventes de DVD ; ce sont les licences TV« , commence Epstein dans sa tribune sur le magazine Slate. Vis à vis du public, l’ensemble se regroupe sous un même intitulé comptable : « studio entertainment ». Mais les studios communiquent le détail de leurs revenus à la MPAA (l’association américaine de l’industrie du cinéma), sous condition de confidentialité. Ce sont ces données confidentielles que révèle Epstein.

A l’instar de la musique, où règnent quatre majors (Universal, Sony BMG, Warner et EMI), six studios dominent Hollywood. Il s’agit de Disney, Fox, Warner, Paramount, Universal et Sony.

Chacun de ces six géants ne compte plus que sur la télévision pour vivre. Même si en terme de chiffre d’affaires les vidéos et DVD sont les segments qui rapportent le plus, c’est de très loin la télévision qui assure les meilleures marges. Les entrées de cinéma sont même légèrement déficitaires en 2004. Elles ont pour seul rôle d’équilibrer au mieux le budget de la production du film. Pour les recettes, c’est aux DVD et surtout à la télévision de prendre le relais.

Les majors hollywoodiennes se sont bien partagées l’an dernier 7,4 milliards de dollars par les entrées en salles, 20,9 milliards en ventes de vidéo, et 17,7 milliards en licences de télévision partout dans le monde. Mais elles ont perdu 2,22 milliards pour promouvoir et distribuer les films en salle, alors qu’elles ont dégagé une marge brute de 90 % pour la télévision (66 % pour les ventes de vidéos). Citant en exemple le film The Negociator, Edward Jay Epstein note que « pour chaque dollar que Warner Bros. a récupéré du box office, elle a payé environ 1,40 $ en charges, ce qui était à peu près la moyenne, sinon un peu en deçà de la normale, pour un studio de cinéma« .

Au contraire, la télévision (pay-per-view compris) a dégagé en 2004 un peu plus de 15,9 milliards de dollars de profits pour les studios de cinéma. Une source de revenus vitale pour les studios. « Ce qui rend les licences de télévision […] particulièrement profitables pour les studios, c’est que pratiquement toutes les dépenses requises pour vendre un programme de télévision, y compris les cassettes et la publicité, sont supportées par le licencié« , explique l’économiste. La plupart des studios sont ainsi liés à des chaînes de télévision, quand elles ne les possèdent pas directement.

Internet a ce pouvoir de supprimer de très nombreux coûts supportés par les studios. Pour la distribution, les technologies P2P suffisent à annihiler la quasi totalité des dépenses en serveurs et bande passante. Pour la promotion, le nerf de la guerre, le marketing viral appuyé sur les réseaux sociaux (type Friendster, MySpace,…) permet d’atteindre un rapport qualité/coût totalement inédit. Il « suffit » alors de produire de bons films, pour qu’ils se vendent aussi bien qu’à la télévision, et très certainement beaucoup mieux encore.

Edward Jay Epstein sous-titrait son article en disant que « le réel El Dorado [d’Hollywood] est la TV« .

Si les studios accordent des licences de leurs films à des distributeurs sur Internet, le nouvel El Dorado ne pourra être que le réseau des réseaux.

Alors pourquoi cette lenteur et cette peur du nouveau média ?

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