Orange pourrait prendre une participation très importante dans Dailymotion. Une acquisition qui va dans le sens de la stratégie industrielle du gouvernement, mais qui condamne tout débat productif sur la neutralité du net.

Dailymotion On ne pourrait pas redouter pire pour l’avenir d’Internet en France. Après avoir monté une opération similaire avec Deezer, dont il détient 30 % des parts, Orange pourrait annoncer mardi une prise de participation de 30 à 50 % des parts de Dailymotion. L’investissement serait financièrement très raisonnable, de l’ordre de 120 à 150 millions d’euros, qu’il faut comparer aux 1,65 milliards de dollars qu’avait mis Google sur la table pour s’emparer de YouTube. Mais il serait destructeur pour le web en France.

En investissant dans Deezer puis dans Dailymotion, Orange rend au moins autant service à sa propre stratégie qu’à celle de la France, qui veut soutenir ses fleurons industriels. Le site de vidéos français n’a jamais été revendu, non pas faute d’offres, mais parce que l’Etat français n’a jamais accepté qu’il puisse être contrôlé par une puissance économique étrangère. C’est pourquoi l’administration a très vite placé ses hommes puis son argent, dans Dailymotion. Le petit bijou du web français est sous protectorat national, et l’opérateur historique devrait participer à cette tactique.

Avec le risque de rendre impossible tout débat neutre au sommet de l’Etat sur la neutralité du net, incompatible avec sa vision. Nous le voyons en effet avec l’affaire Orange/MegaUpload, France Télécom est accusé de brider intentionnellement l’accès aux sites qu’il ne contrôle pas, pour favoriser la bande passante des services qu’il propose lui-même, ou qui acceptent de payer une dîme. Le succès de MegaVideo le dérange, comme celui du P2P, et demain l’opérateur pourrait favoriser Dailymotion au détriment de YouTube. Voire, proposer des offres qui donnent l’accès illimité à Dailymotion, mais pas à son concurrent américain, ni aux autres services innovants qui pourraient naître demain, en France ou ailleurs.

Laisser un opérateur posséder et privilégier un service en ligne, c’est être certain que l’innovation sera sa première victime. Quel concurrent naissant de Dailymotion pourra accéder aux mêmes conditions tarifaires que le site français pour s’adresser aux abonnés d’Orange, donc à la moitié des internautes du pays ?

L’opérateur historique propose déjà de multiples forfaits avec Deezer Premium inclus, ce qui lui permet au passage de gonfler artificiellement le succès d’une offre autrement moribonde, au détriment de services parfois jugés meilleurs comme Spotify. Il est fort probable qu’il fasse demain la même chose avec Dailymotion, comme avec chacune de ses prochaines acquisitions. Le bouquet de services d’Orange s’étoffe, et sera proposé à haut débit en illimité au détriment d’un web classique à l’accès plus restreint.

L’an dernier, en mai, nous avions mis en garde les lecteurs au sujet de la neutralité du net. « Voilà ce qui arrive quand on ne la défend pas« , titrions-nous. L’avertissement, qui semblait très lointain il a quelques mois, est plus que jamais une réalité.

Ce qui doit nous faire s’inquiéter plus encore de l’arrivée d’un commissaire du gouvernement au sein de l’ARCEP, l’autorité chargée de réguler la neutralité du net. Le commissaire y défendra-t-il l’intérêt général de l’Etat et des télécoms, ou l’intérêt particulier de l’Etat actionnaire de France Télécom ?

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