Par Philippe Axel : " Que ceux qui sont pour une nouvelle taxe lèvent le doigt ! Et évidemment ...Personne ne leva la main "

Lorsque j’entends parler de Taxe pour financer le contenu sur Internet, que ce soit du côté de l’industrie du disque ou du côté des internautes, je considère que l’on utilise une vieille ficelle consistant à faire peur pour ne rien faire, au mépris de ceux qui perdent actuellement leurs emplois et de ceux qui espèrent la création des emplois de demain (webmasters, éditorialistes ou musiciens par exemple). Le MINITEL a été pensé en tenant compte du financement de son contenu et personne n’a jamais parlé de TAXE. Cet article sera l’occasion de revenir sur l’histoire de la création du Minitel et de l’Internet.

Lorsque l’état français met en service en 1982 un réseau national capable de connecter des terminaux entre eux, les ingénieurs responsables du projet ont pris en compte le financement des contenus par le versement d’une contribution à leurs producteurs. Cela s’appelait le Minitel. Au contraire du Minitel, l’Internet n’a pas de modèle économique satisfaisant et c’est pour cette raison que nous vivons cette période où, devenu un mass média, il remet en cause certains modèles économiques, comme celui de l’industrie musicale.

Après un bref rappel historique je prendrai le risque de proposer ici une solution constructive

Le Minitel comme l’Internet sont les résultats d’investissements de recherches publiques. Le Minitel, lancé en 1982 dans notre pays est le fruit de la recherche publique française dans le cadre d’une entreprise d’état qui s’appelait encore alors, les PTT, et qui pouvait se permettre des investissements coûteux en R&D (Recherches et Développements) sans impératif immédiat de rentabilité commerciale. Il s’agissait de trouver une alternative, notamment, à l’annuaire papier très coûteux.

L’Internet est également le fruit d’un investissement lourd (en câblages) assumé par l’administration américaine dans un but militaire au départ, et pas du tout commercial. En 1969, Le Département de la défense américain lance l’expérience ARPANET. Le réseau, voué avant tout à la recherche militaire, est constitué alors d’ordinateurs, également appelés noeuds, interreliés (1). Il s’agissait pour les USA de créer un moyen de communication capable de véhiculer des informations en temps de guerre, pour l’ensemble de l’OTAN, sans que la coupure d’une partie du réseau puisse affecter la circulation des informations sur le reste des ordinateurs connectés, en cas d’attaque nucléaire par exemple. D’où l’installation d’un réseau de câbles que l’on appelle parfois les  » tuyaux « , y compris dans les profondeurs océaniques.

En 1979, grâce à des subventions de la National Scientic Foundation, le CSNET (Computer Science NETwork) voit le jour. Ce nouveau réseau offre aux universitaires qui n’ont pas accès à Arpanet la possibilité de communiquer entre eux par courrier électronique. En 1980, une passerelle est jetée entre le réseau ARPANET et le CSNET. La jonction de ces deux grands réseaux signifie en quelque sorte la naissance d’Internet, ou le réseau des réseaux. En 1990, Le World Wide Web est développé en Suisse par le CERN, un centre de recherche en physique. Il s’agit d’une nouvelle interface graphique conviviale incorporant textes, images, sons grâce au langage SGML (Single Generalized Markup Language), dont l’équivalent sur l’Internet sera le HTML (HyperText Markup Language). En 1993 les organismes internationaux, dont l’ONU et la Banque Mondiale s’affichent sur le Web. En 1994, Mosaic, puis le navigateur NETSCAPE permettent au public de consulter les pages et naissent alors les premiers fournisseurs d’accès. (1)

Et puis les applications commerciales apparaissent en 97/98, et avec elles, de nouveaux emplois, mais aussi les services les plus remarquables de ce nouvel outil de communication planétaire : le bandeau pub, le spam (consistant à nous informer tous les jours des nouveaux tarifs du Viagra ou des nouvelles technologies de rallongement de pénis), les virus (très utiles pour vendre des antivirus), etc.

Il ne s’agit pas ici évidemment de regretter l’apparition du commerce sur Internet, ni de regretter son ancêtre le Minitel, qui était assez coûteux et dont le contenu était beaucoup moins attractif, mais de constater que l’Internet s’est développé sans penser à un financement du contenu autrement que par la pub.

Est-t-il inéluctable que l’Internet soit financé uniquement par le bandeau pub et le spam, c’est-à-dire, par le marketing le plus agressif, le plus polluant, le plus aliénant et le moins efficace ? Ou doit-on aujourd’hui, mieux vaux tard que jamais, se poser la question d’une participation commune à sa production de contenu ? Sachant que cette participation serait beaucoup moins importante pour l’Internet que dans le cadre du Minitel qui ne proposait que 20 000 services répertoriés pour 13 millions d’utilisateurs en 2002 (2).A titre de comparaison l’Internet totalisait 63 millions de noms de domaines (3) pour 934 millions de connectés dans le monde en 2004. (4)

Dans le cas qui nous intéresse ici, c’est-à-dire la crise de lindustrie du disque, je lis des choses qui me choquent profondément que ce soit du côté des  » répressifs  » ou du côté des internautes utilisateurs des Peer to peer.
En réaction à l’appel du Nouvel Obs, dans mon entretien récent avec le président de la SACEM, dans les déclarations du SNEP ou du ministre de l’industrie ; les conservateurs du système musical actuel, qu’ils contrôlent de manière quasi dictatoriale, brandissent l’épouvantail de la TAXE sur l’Internet qui représenterait selon eux la nouvelle menace planant de manière injuste sur les pauvres internautes qui n’ont rien demandé. J’estime qu’il s’agit là d’une vieille ficelle conservatrice, c’est à dire destinée à ne rien changer.

Oui, l’Internet, actuellement, supprime probablement plus d’emplois qu’il n’en crée dans les activités musicales et culturelles en général. Malgré la contradiction de certaines études sur le sujet, pour ma part, je pense qu’il y a bien une corrélation entre l’apparition des nouvelles pratiques dématérialisées gratuites de consommation de la musique par exemple, et la baisse des ventes de CD. Comme il y a bien un rapport entre la baisse des ventes de journaux et leur diffusion en ligne. Baisses des ventes d’un côté, hausses de nombre de lecteurs des articles ou d’écoute des chansons de l’autre. Et hausse des licenciements dans ces secteurs. Les utilisateurs sont-ils pour autant des pirates qu’il faut condamner ? Non. C’est le manque de cohésion, d’unité morale, politique et juridique au niveau international qui bloque actuellement toute réforme du réseau qui permettrait d’adopter un Buisness model cohérent pour ce nouveau média et les nouvelles pratiques et services irréversibles qu’il apporte.

J’ai vécu la fameuse période Start Up où les levées de fonds se faisaient facilement créant des emplois très intéressants mais très instables. Les seules sociétés qui ont traversé cette période sans y laisser trop de plumes ont été les sociétés dites de B2B (Business to Business). Les sociétés produisant du contenu destiné au public internaute n’ont jamais vraiment connus de modèles économiques leur permettant de pérenniser leur activité. Quand on pense à la musique, on doit aussi penser à l’ensemble du contenu de l’Internet et lui accorder autre chose que le bandeau pub pour se développer.

Philippe Axel
Musicien du web, ancien commercial de produits culturels, directeur d’antenne d’une station FM, spécialiste des communautés virtuelles et des jeux-vidéo, lauréat du concours des jeunes créateurs au MILIA 98,… Voir son site personnel : http://www.philaxel.com

(1) L’histoire de l’Internet par Jacques Dufresne
(2) Minitel : Plus d’un milliard de connexions en 2002 (http://www.atelier.fr/)
(3) Le journal du Net.Monde : le nombre de noms de domaines
(4) Le journal du Net .Monde : le nombre d’internautes

(Note de la rédaction : Si vous souhaitez publier vos propres réflexions dans les colonnes de Ratiatum, n’hésitez pas à nous contacter à l’adresse suivante : )

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