Autrefois contraints à publier des dépêches par l'intermédiaire des agences de presse, les Etats communiquent de plus en plus directement sur Internet, et s'adaptent à l'évolution des usages. Twitter, en particulier, bouleverse la pratique diplomatique et oblige à une concision inédite.

Avec le développement d’Internet, qui permet à tous de communiquer sans intermédiaires, les Etats sont eux aussi amenés à adapter leurs modes de communication à l’ère moderne. Ce qu’ils font bien volontiers. Rien de mieux en effet pour faire passer un message de propagande que d’éviter qu’il soit systématiquement mal interprété, déformé, raccourci, mis en perspective ou contredit par l’analyse cinglante d’un organe de presse. Dans la bataille au rayonnement international que se livrent les Etats, communiquer en abondance auprès des citoyens du monde entier est aussi un bon moyen de rivaliser avec les concurrents, et de marquer son territoire au delà des frontières.

Ces dernières années, nous avons vu se développer une utilisation massive des réseaux sociaux par les différents pays. La Reine Elizabeth II vient d’ouvrir sa page officielle Facebook, sur laquelle les sujets et tous les internautes du monde retrouvent les vidéos, photos, agenda et autres discours officiels de la monarchie britannique. Une pratique qui n’a rien d’exceptionnel. Sur le modèle américain de la Maison Blanche, L’Elysée a aussi ouvert son site officiel, sa page Facebook, son compte Twitter, et son compte Dailymotion, qui font parfois doublons avec les pages officielles de Nicolas Sarkozy.

Mais dernièrement, ce sont les services diplomatiques qui s’approprient les outils de communication les plus modernes, au risque de désacraliser la parole étatique. Nous avions vu que l’Etat d’Israël a racheté son nom sur Twitter pour y communiquer, en anglais, auprès du monde entier. La Grande-Bretagne communique à outrance sur son compte @TheBritishMonarchy, avec souvent plusieurs messages par heure. Le ministère des affaires étrangères français utilise lui aussi depuis un an le service de micro-blogging pour valoriser la communication officielle de la France, sur son compte @FranceDiplo, moins actif que son homologue britannique mais avec aussi plusieurs messages par jour.

Ce qui pose question : peut-on pratiquer l’art subtile de la diplomatie en moins de 140 caractères ?

« On peut donner beaucoup d’informations en 140 caractères« , assure à Numerama Bernard Valero, le porte-parole du ministère des affaires étrangères, qui reconnaît que Twitter est devenu « un vecteur important de communication« . Le Quai d’Orsay se félicite de ses quelques 50 000 abonnés, auprès desquels il communique le plus souvent des actualités avec les liens vers son site officiel. Il s’agit pour lui d’être compatible avec une « gestion du temps » de plus en plus compressé, et qui lui permet d’avoir « un public qui s’élargit« . Le ministère veille aussi à voir les sujets qui intéressent le plus ses « followers », et pense adapter sa communication en fonction. A l’image d’un journal qui doit constamment naviguer entre le devoir d’informer et le devoir de plaire au lecteur.

Parfois, certaines positions officielles de la France sont exprimées sur Twitter de manière autonome, sans renvoi vers un texte plus long. Par exemple le 4 novembre : « Elections en Côte d’Ivoire : nous invitons l’ensemble des acteurs à respecter le résultat du 1er tour de scrutin« . Ou le 28 octobre : « Menaces de Ben Laden : ces déclarations n’entameront évidemment en rien les efforts pour la libération des 7 otages enlevés au Niger« . On croit lire de simples titres de dépêches, lorsque le Quai d’Orsay diffuse lui-même les informations lorsqu’elles sont encore très fraîches. « L’ambassade de France en Grèce a de nouveau reçu un colis suspect qui a depuis été détruit par les services grecs compétents« , avait ainsi prévenu la diplomatie française.

Bernard Valero ne voit pas de problèmes à ces communications extrêmement sommaires, qui font fi du contexte et des détails. Il explique qu’il s’agit là d’une « fonction d’alerte« , et que les individus qui souhaitent en savoir plus peuvent appeler directement le ministère, 24 heures sur 24, ou se rendre sur le site officiel.

En pratique, les « tweets » sont gérés par le pôle web du Quai d’Orsay, qui s’occupe de tous les supports de communication en ligne de la France, et qui apporte notamment son soutien éditorial aux services diplomatiques et insulaires pour qu’ils adaptent leurs messages aux supports numériques. Bernard Valero reconnaît cependant que les 140 caractères imposés par Twitter obligent à un choix des mots d’autant plus méticuleux.

Bientôt, en principe d’ici la fin de l’année, le pôle web du ministère des affaires étrangères inaugurera une série de web-documentaires sur les postes diplomatiques, pour accentuer encore davantage sa communication en ligne. Il devrait s’agir moins de la communication officielle de la France, sur les Droits de l’Homme, l’environnement, les actions culturelles, ou les grandes questions diplomatiques, que de la communication institutionnelle du Quai d’Orsay lui-même.

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