Par Gérard Clech (lavienumerique.com): Etonnant et paradoxal Pascal Nègre

Il avait dit qu’il quitterait ses fonctions à 43 ans et il a … 43 ans ! Qu’est-ce qui fait courir Pascal Nègre, le très antipathique Directeur Général d’Universal Music. Mis à mal sur le plateau de Canal + dans l’émission de la charmante Maïtena Biraben « On n’est pas des anges », rhabillé pour l’hiver par un portrait au vitriol en dernière page de Libé (avec un titre savoureux à la Libé  » Vigie Pirates « ), montré indirectement du doigt par le rapport Cayla (qui a constaté avec beaucoup d’amertume le peu d’intérêt des chaînes de télévision française pour la création et la diversité musicales, surtout sur TF1 dont Nègre est partenaire), le poids lourd de la musique commerciale et divin créateur de la terrible Star Academy n’en a cure. Il continue à donner des leçons à la terre entière…

Il a sans doute raison. N’en déplaise aux 20 % d’artistes d’Universal à qui il a rendu leur contrat depuis deux ans (et pas les moindres), il semble lui insubmersible. N’a t-il pas survécu au nettoyage en profondeur qui a suivi la démission forcée de JM Messier ? Lui, qui est aux rênes d’Universal depuis 10 ans, est la bête noire des djeun’s et des tenants de la liberté sur le Net, « mais au moins, dit-il, j’ose me regarder dans une glace … » (pourvu qu’il ne pense pas lui aussi à entrer en politique, comme d’autres pensent à se présenter aux élections en se rasant, et pas qu’en se rasant…).

Il faut dire que l’homme, bien qu’il ait souvent eu l’occasion de gémir sur son sort et celui de son industrie, peut s’enorgueillir de résultats plus qu’honnêtes sur un marché gagné par la sinistrose et fâché avec les bénéfices depuis au moins trois ans (et pas qu’à cause du piratage, on ne le répétera jamais assez…). Ne vient-il pas d’annoncer avoir franchi avec Universal Mobile le cap, ô combien difficile, des 100.000 clients ? Un résultat  » bien au-delà de la saisonnalité du marché « , s’est félicité Philippe Schild, directeur d’Universal Mobile… La marque qui cible les 12-18 ans, en offrant une liste étoffée de contenus musicaux (sonneries, écoute de morceaux, etc. toutes choses qui sont systématiquement oubliées des tablettes quand il s’agit de « faire les comptes »), a ainsi capté environ 20 % des nouveaux entrants de la téléphonie mobile et de ceux qui changent d’opérateurs. N’a t’il pas quelques heures plus tôt annoncé, contre toutes attentes, un accord avec Free le FAI alternatif (pour doter les lignes fixes de Free de ring back tone* puisées dans le catalogue d’Universal), qui devrait être sa bête noire puisque, rappelons-le, il avait traité à l’automne tous les fournisseurs d’accès à Internet de « voleurs »…

Etonnant et paradoxal Pascal Nègre, qui hypnotise par sa résistance face aux critiques qui s’amoncellent et par son côté mauvais garçon, passé par la case Radio FM ( » quand elles n’étaient plus pirates  » précise t-il… on ne se refait pas…) avant de devenir en quelques années le dirigeant le plus emblématique de toute une industrie. Il y a quelques mois, notre ami Guillaume Champeau lui envoyait une lettre ouverte l’invitant lui, et ses collègues des sociétés de production et autres sociétés de gestion de droits d’auteur, à revoir leur politique 100 % répressive et à abandonner les mises en examen des 50 internautes français pris en flagrant délit de téléchargement et  » condamnés pour l’exemple « , en lieu et place des 8 millions de téléchargeurs français … Une demande restée lettre morte, j’allais dire évidemment…

(* Ring Back Tones : airs musicaux joués pendant la phase de recherche d’un poste téléphonique, à la place du silence qui avait lui-même remplacé une série de bips…)

Gérard Clech
Rédacteur-en-chef de LAVIENUMERIQUE.COM, magazine en ligne dédié aux nouvelles technologies, loisirs numériques au sens large et convergence…

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