Repoussée, ou maintenue au 21 juin ? Alors qu’il était question de décaler le lancement de la Carte Musique Jeune à la rentrée, pour cause notamment d’incertitudes sur son financement, des échos plus optimistes (du point de vue des maisons de disques) nous parviennent ci et là. Et la propagande destinée à justifier le bien fondé de l’opération qui grèvera le budget de l’Etat de 75 millions d’euros sur trois ans a commencé.

C’est Starzik qui tire le premier. La plate-forme musicale, qui se dit « 1er site indépendant de téléchargement légal en Europe« , veut recadrer ceux qui à l’instar de Numerama estiment qu’il est parfaitement indécent de vouloir subventionner davantage en ces périodes de crise budgétaire une industrie qui ne se porte pas si mal, et qui pêche plus par son immobilisme que par le piratage.

« L’univers de la musique ne se borne pas uniquement aux majors et au nombre infime de Stars qui gagnent des millions comme dans n’importe quel secteur mais concerne aussi tous les maillons de la chaîne musicale : des jeunes artistes qui tentent de vendre leurs œuvres directement via un site ou par de petites boîtes de production, aux ingénieurs du son, paroliers, associations ou groupes en devenir pouvant être aidés par les sociétés civiles, en passant par les producteurs indépendants qui offrent une autre vision de la musique et des artistes et les sites de téléchargement qui estiment que tout travail mérite salaire pour l’ensemble de la chaîne de création musicale, dont Starzik fait partie…« , rappelle à juste titre Jérôme Giachino, le PDG de Starzik.

Personne n’a jamais prétendu le contraire, ou en tout cas pas dans ces colonnes. Simplement il nous a toujours semblé que vouloir vendre de la musique comme l’on vendrait des tomates au supermarché, alors que les fichiers musicaux sont duplicables à l’infini à un coût qui tend vers zéro, c’est à la fois faire un mauvais calcul économique, et prendre une mauvaise décision culturelle. L’économie doit être au service de la culture, et la culture ne sera gagnante qu’à être la plus largement diffusée. Le clonage des œuvres est une chance qu’il faut entretenir, pas une malédiction qu’il faut combattre.

Pour J. Giachino, la Carte Musique Jeune doit venir « soutenir une économie qui souffre« . C’est « une formidable initiative pour pousser les jeunes et leurs parents vers le téléchargement légal« , que « nous devrions considérer véritablement comme un acte citoyen respectueux des œuvres musicales« . Certains pourront argumenter que c’est aussi un acte citoyen de pirater, lorsque cela permet à un désoeuvré d’accéder à des œuvres trop onéreuses. Mais c’est un long débat…

Pour s’assurer les meilleures chances d’avoir une part du gâteau de 75 millions d’euros, Starzik joue sur la corde sociale. Il annonce qu’il va « embaucher une personne toutes les 10.000 cartes vendues sur Starzik« , sans distinction du prix (les cartes seront vendues sous forme de tickets d’une valeur de 5 à 50 euros..). Remarquable. Il ne dit pas en revanche s’il s’agira de CDI à temps plein avec un salaire confortable, ou de CDD à temps partiel payés sur la base du Smic.

Sera-ce suffisant pour convaincre les jeunes qui semblent ne pas vouloir de la Carte Musique Jeune ?

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