D'aucuns diront que Google souffle le chaud et le froid. Il n'empêche, avec le rachat effectif de On2, la firme de Mountain View montre indirectement qu'il a pris en considération les inquiétudes des navigateurs et des plates-formes qui ne pourraient pas acheter la licence H.264, si jamais cette dernière s'imposait comme le codec pour la balise < video > de l'HTML 5.

Nous vous en parlions déjà l'année dernière. Depuis le rachat retentissant de YouTube pour 1,65 milliard de dollars, Google s'est logiquement et naturellement intéressé aux technologies vidéos. Or, si jusqu'à présent la plate-forme communautaire s'en remettait à l'Adobe Flash pour afficher ses contenus, l'arrivée de l'HTML 5 et de sa fameuse balise < video > a provoqué un vif débat sur le type du codec à utiliser.

Deux grandes écoles ont semblé se dessiner autour de ce dossier. D'un côté nous avions les promoteurs de la solution libre et gratuite Ogg Theora, format choisi par Dailymotion et soutenu par la fondation Mozilla, et de l'autre nous retrouvions les défenseurs du H.264, technologie qui a d'ores et déjà intéressé deux autres hébergeurs vidéos d'importance, YouTube et Vimeo, ainsi que deux rivaux de Firefox, Safari et Chrome.

Problème : si Ogg Theora est libre et gratuit, ce n'est pas du tout le cas du H.264. En effet, cette technologie est protégée par une licence évaluée à 5 millions de dollars par an. Une somme très importante, qui grèverait durablement les finances des navigateurs web et des plates-formes vidéos qui chercheraient à utiliser cette technologie pour afficher du contenu vidéo HTML 5 encodé en H.264.

D'où une résistance acharnée de Firefox, pour des raisons à la fois idéologiques (une solution non-libre) et financières (une licence hors-de-prix). Car à supposer que YouTube s'en remette à la technologie du H.264, si la fondation Mozilla maintient ses positions, cela pourrait empêcher les utilisateurs du navigateur de voir des vidéos sur YouTube. On imagine les conséquences d'un tel problème. Nul doute que les internautes pourraient migrer massivement sur un autre navigateur, dont Google Chrome.

Mais alors que beaucoup s'inquiétaient de voir la guerre des navigateurs empoisonner le débat sur le type de codec à utiliser, Google a publié hier un communiqué de presse annonçant le rachat de la société On2 pour 124,6 millions de dollars suite au feu vert des actionnaires. C'est 18 millions de plus que l'offre précédente, qui était de 106,5 millions de dollars. "Nous sommes exciter d'accueillir l'équipe d'On2 chez Google et de poursuivre notre mission pour améliorer l'expérience vidéo pour les utilisateurs sur le web" a déclaré Sundar Pichai, le vice-président de la gestion des produits chez Google.

"Grâce à une innovation rapide du côté des navigateurs et des standards du web, l'Internet est devenu la principale plate-forme pour le développement. Nous pensons que la technologie et le talent d'On2 seront un atout incroyable pour nous afin d'améliorer cette plate-forme" a-t-il poursuivi. C'est donc une bonne nouvelle pour Mozilla, qui peut espérer voir la technologie On2 être pleinement intégrée dans YouTube, avec une licence adaptée à l'idéologie du libre.

C'est d'ailleurs ce qu'avait espéré Chris Blizzard, l'un des responsables chez Mozilla, sur son blog : "comme beaucoup d'autres, j'ai de bonnes raisons de croire que le H.264 ne sera pas le choix définitif de Google. Il y a une bonne raison à cela : ils sont en train d'acheter On2. Cette dernière a des technologies qui sont supposées être de meilleure facture que le H.264. i Google dispose des droits sur ces technologies, alors il y a de grandes chances qu'ils s'en servent afin de promouvoir leurs contenus et qu'ils proposent une licence adaptée avec le web".

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