La France n'est pas la seule à essayer de mettre en place un système répressif contre les internautes suspectés de télécharger illégalement. Le Royaume-Uni aussi cherche à instaurer le principe de la riposte graudée contre ceux qui téléchargent du contenu culturel sans autorisation. Evidemment, le sujet divise outre-Manche. Cette semaine, c'est un parlementaire britannique qui s'est illustré par des propos... justement hors-de-propos.

Parlementaire britannique de la circonscription de Birmingham, Sion Simon est membre du Parti travailliste et sous-Secrétaire d’Etat pour les industries créatives au Département de la Culture, des Médias et du Sport. Au début de la semaine, l’élu a participé à la conférence nationale du Parti travailliste à Brighton. Il a ainsi profité de cette tribune pour tenir un discours sur le projet de loi visant à instaurer une riposte graduée au Royaume-Uni.

« La leçon d’iTunes et de Spotify est que les gens veulent la facilité d’utilisation, la commodité et un tarif bon marché. Et vous n’avez qu’à regarder la diminution qu’il y a eu dans le partage de fichiers depuis l’augmentation de la popularité de Spotify. Vous n’avez qu’à regarder le nombre de personnes qui ne partagent plus illégalement des fichiers depuis iTunes est sorti, indiquant de ce fait que l’échange de fichiers n’est pas la réponse, ce n’est pas le futur, ça n’a pas d’utilité en soi – c’est une technologie qui est actuellement utilisée pour contourner la loi« .

Ces propos, rapportés par le Birmingham Post, contiennent certaines inexactitudes. Par exemple, sur l’influence supposée de Spotify – toujours plus populaire c’est vrai – sur les réseaux peer-to-peer, en particulier sur les échanges via la technologie BiTorrent. Si Spotify a un certain potentiel pour attirer les internautes amateurs de musique gratuite, son effet sur le trafic global du P2P est tout simplement nul.

The Pirate Bay a ainsi communiqué quelques informations sur le trafic en provenance du Royaume-Uni. Selon le plus gros tracker public du monde, le trafic britannique continue tranquillement sa croissance, au rythme de 1 % par mois. Mininova a également constaté une fréquentation en hausse : de 38,6 millions d’internautes en septembre 2008, le site est passé à 45,6 millions en août dernier. Un bond de 15 % représentant pas moins de 7 millions de visiteurs uniques. Spotify n’a donc absolument pas amoindri l’intérêt de BitTorrent. Riposte 1.

Plus inquiétant cependant est l’affirmation que la technologie permettant l’échange de fichiers n’a aucune valeur, aucun intérêt. D’une part, Spotify lui-même fonctionne sur ce principe de modèle pair-à-pair. Ceci mis à part, la BBC elle-même (une chaine du service public) est impliquée dans différents projets basés sur BitTorrent et de nombreux responsables techniques croient que la TV P2P a un réel futur. Cette technologie est une opportunité réelle pour de nombreux artistes et créatifs indépendants.

Au fil des années, les exemples d’individus mettant à profit tout l’intérêt du peer-to-peer se sont multipliés, des artistes indépendants jusqu’aux cinéastes en passant même par des grosses compagnies (Asus, CNN) peuvent transmettre des données sans consommer une quantité incroyable de bande-passante. Cette technologie est donc très estimable pour ces individus. Riposte 2.

Cela nous amène ainsi à une autre déclaration de Sion Simon. Yahoo a ainsi rapporté que le parlementaire a indiqué qu’il n y a à l’heure actuelle aucune législation anti-piratage au Royaume-Uni. Sans doute que le principal intéressé ne se souvient plus de l’affaire du cabinet d’avocats Davenport Lyons et des innocents attrapés par erreur au Royaume-Uni… ou encore Alan Ellis et OiNK. Avec l’arrestation de plusieurs uploaders d’OiNK et les premières mises en examen. Riposte 3.

Comme le souligne astucieusement Torrentfreak, c’est une chance pour lui que personne n’ait encore proposé de riposte graduée applicable à l’encontre des parlementaires britanniques. On imagine assez facilement le nombre d’élus qui verraient leurs indemnités coupées ou réduites au strict minimum… dès que le seuil des trois bêtises prononcées est atteint.

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