Après avoir fermement bataillé contre la numérisation des ouvrages européens par le géant américain Google, la Bibliothèque Nationale de France (BNF) serait maintenant sur le point de céder la numérisation de ses ouvrages au moteur de recherche, imbattable sur les coûts et les délais.

Selon les informations du journal La Tribune, la Bibliothèque Nationale de France (BNF) serait actuellement en discussion avec Google pour lui confier la numérisation d’une partie de son fonds. Sous la présidence de Jean-Noël Jeanneney, l’institution française avait pourtant fortement résisté au géant américain et plébiscité son propre programme de numérisation, à un rythme d’escargot mais au prix d’un pur sang. Dans le même temps, alors que Jeanneney redoutait en 2004 la suprématie numérique de la culture anglo-saxonne, 29 grandes bibliothèques dans le monde, dont la prestigieuse Bodleian Library d’Oxford, signaient un accord avec Google.

Aujourd’hui, avec en plus des partenariats signés avec 25.000 éditeurs, Google compte plus de 10 millions d’ouvrages numérisés. Il a achevé son travail à Oxford, en se concentrant essentiellement sur les ouvrages du 19ème siècle, et se prépare à ouvrir un service d’achat de livres en ligne pour les ouvrages sous droits. 1,5 million de livres numérisés proviennent déjà d’accords avec les éditeurs, et ses conflits aux Etats-Unis sur fond de droit d’auteur sont en passe d’être réglés. En France, seuls 150.000 livres d’auteurs français auraient été numérisés par Google. La firme a d’ailleurs récemment dénoncé la trop grande rigidité du droit d’auteur français, qui l’empêcherait d’aller plus vite.

Culturellement, le danger est bien plus grand pour la francophonie et la culture européenne de se faire engloutir en refusant la numérisation par un Américain, qu’en misant sur ses propres moyens, beaucoup plus modestes. Ce que la BNF a fini par admettre.

« Nos négociations avec Google pourraient aboutir d’ici à quelques mois« , affirme ainsi à la Tribune Denis Bruckmann, directeur général adjoint et directeur des collections de la BNF. Alors qu’elle ne reçoit au titre de la numérisation que 5 millions d’euros par an de l’Etat, versés par le Centre national du livre, la BNF estime qu’il faudrait entre 50 et 80 millions d’euros pour numériser les seuls fonds de la troisième République, avec ses propres moyens. Selon les formats et la qualité de numérisation souhaitée, la numérisation d’un livre coûterait à la BNF entre 0,12 euro et 0,74 par page. Un prix probablement sans commune mesure avec ceux de Google, d’autant que le géant américain dispose d’outils secrets pour numériser dans une vitesse record.

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