Le plus important FAI irlandais, Eircom, a décidé de coopérer plus intensément avec l'industrie musicale locale, en instaurant la riposte graduée de son propre chef. À l'origine de cette décision, d'aucuns évoquent des problèmes financiers importants qui pousseraient le FAI a faire du zèle.

Ce sont les utilisateurs d’Eircom qui vont être contents. Leur fournisseur d’accès à Internet, accessoirement le plus important d’Irlande, a décidé d’être beaucoup plus conciliant à l’égard de l’industrie musicale locale. Désormais, Eircom va mener une campagne anti-pirate intensive en s’attaquant directement à… ses propres abonnés. La méthode est classique : le FAI va mettre en place une riposte graduée, avec en premier lieu un avertissement adressé à l’internaute suspecté d’infraction au droit d’auteur, puis une réduction du débit au strict minimum et enfin, une déconnexion pure et simple d’Internet si l’internaute n’obtempère pas.

En début d’année, Eircom a conclu un accord spécifique avec l’IRMA, l’équivalent irlandais de la RIAA, pour déployer la riposte graduée contre les internautes suspectés de partager du contenu protégé par le droit d’auteur. Mais, si Eircom a choisi de faire du zèle, il a également pensé à la concurrence. Ainsi, le FAI a conclu un deal avec l’IRMA pour que le lobby s’attaque par la suite aux autres FAI irlandais. Forcément, la société se doutait bien qu’une telle mesure allait la placer dans une position concurrentielle désavantageuse, il était donc nécessaire que la concurrence suive le même chemin, de gré ou de force.

Et l’IRMA a tenu parole, bien évidemment. Deux autres FAI sont dans le collimateur de l’Irish Recorded Music Association : BT Communications Ireland et UPC Communications Ireland. Mais contrairement à Eircom, BT et UPC ont d’ores et déjà averti qu’ils n’iront pas au-delà de leurs obligations légales. Il n’est donc pas question aujourd’hui pour les deux FAI de capituler devant les exigences de l’industrie musicale, quand bien même l’IRMA contrôle actuellement 90 % de la musique enregistrée de l’île.

Concrètement, cela commencera par la décision très inspirée de punir ses propres clients, sur la base d’allégations portant sur des infractions au droit d’auteur provenant de l’industrie musicale. Les clients d’Eircom devraient dès lors recevoir un avertissement sur leur facture. Dans un second temps, ils verront la qualité de leur connexion nettement chuter, sans doute réduit au strict minimum. (Ah, les joies du 56 k.) Enfin, en troisième frappe, c’est le black-out avec la coupure pure et simple de la connexion Internet.

On se demande évidemment qu’est-ce qui peut motiver une entreprise pour agir directement contre ses propres clients, car il est clair que ce n’est définitivement pas une décision très intelligente. Selon Torrentfreak qui évoque l’affaire, ce serait tout simplement une question d’argentÉtonnant. Le FAI irlandais aurait en effet une dette d’au moins 5,6 millions de dollars et les dernières années ont été difficiles pour Eircom : cinq propriétaires différents au cours de la dernière décennie et à l’heure actuelle, une nouvelle offre publique a été présentée par Singapore Technologies Telemedia.

Eircom chercherait donc à se rendre attractif envers un éventuel acquéreur. Des litiges trop visibles seraient donc trop problématiques pour Eircom, même si cela concerne une industrie culturelle locale. Eircom a donc tranché : il vaut mieux perdre un certain nombre de clients plutôt que de rater l’occasion de se refaire une santé financière. Le porte-parole d’Eircom, Paul Bradley, a avancé qu’aucune perte notable de clients n’avait été constatée ; toutefois, Eircom n’a pas commencé à couper la ligne à ses abonnés. Cependant, dès les premières déconnexions, la migration sera certainement proportionnelle à la nouvelle stratégie du FAI.

Soulignons enfin que la directive européenne sur le commerce électronique explique clairement que les FAI ne sont pas responsables des données qu’ils transportent. De plus, tout cela se fait évidemment sans intervention de l’autorité judiciaire. Comme le note malicieusement Torrentfreak, « le président Sarkozy se couperait volontiers un bras pour avoir un tel pouvoir inconstitutionnel !« .

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