Invité vendredi sur France Inter, le philosophe Alain Finkielkraut a jugé que la décision des sages du Conseil constitutionnel contre la loi Hadopi était "absolument stupide" et qu'elle encourageait une "muflerie généralisée". Son avis n'aurait peut-être pas été le même s'il avait lu la décision qu'il fustige...

C'est toujours gênant de la part d'un homme qui se dit "intellectuel" de critiquer de manière aussi vive une décision qu'il n'a visiblement pas lue. Invité de Nicolas Demorand sur France Inter, le déjà controversé philosophe Alain Finkielkraut s'en est pris avec violence à la décision du Conseil constitutionnel qui a censuré le dispositif de riposte graduée prévu par la loi Hadopi. C'était, selon lui, une décision "absolument stupide".

"Voir la France se retourner contre le droit d'auteur au nom de ce droit invraisemblable de chacun à l'expression, et à la consommation – car c'est une expression du Conseil constitutionnel, on a vraiment aucune raison de se réjouir", dit Finkielkraut.

Problème : le mot "consommation" n'apparaît pas une seule fois dans la décision du Conseil constitutionnel. Finkielkraut voit dans la décision du Conseil constitutionnel la marque d'un courant philosophique qui protège le "droit de chacun à tout ce qui lui est utile", et le fait que ce droit "doit pouvoir s'exercer dit-on au nom de la liberté sur Internet", ce qui serait "la muflerie généralisée".

"En France, les Droits de l'Homme ne sont pas du côté de la limite, mais de l'illimitation. Au nom des Droits de l'Homme, on affirme le caractère illimité de tous les désirs. (…) C'est le refus de la loi Hadopi, c'est-à-dire "je peux vouloir télécharger comme je le souhaite, pour satisfaire ma demande illimitée de culture"", affirme le grand penseur.

Mais si Finkielkraut avait lu la décision des sages dont il dit qu'elle est "absolument stupide", il aurait vu que le Conseil constitutionnel n'encourage absolument pas le partage des œuvres sur Internet, et qu'il dit même qu'il est nécessaire de lutter contre. Les sages ont considéré qu'Internet était une composante de "la liberté d'expression et de communication" (et non pas de "consommation"), et donc que seul le juge pouvait y porter atteinte. Ils ont aussi jugé que nul ne pouvait être présumé coupable et qu'il fallait donc protéger la présomption d'innocence, en exigeant que la preuve du délit soit apportée. Ce qui ne nous semble pas une particulière "muflerie" ou une décision "absolument stupide".

Mais Finkiekraut n'en est pas à un coup d'essai. Lui qui dit volontiers qu'il n'a pas Internet s'en était par exemple pris à une émission d'Arrêt sur Images qu'il n'avait pas regardé. C'est dire la rigueur intellectuelle de cet homme-là.

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