Hadopi : le Conseil constitutionnel devrait censurer le texte

Guillaume Champeau - publié le Vendredi 05 Juin 2009 à 18h53 - posté dans Société 2.0

Le Conseil constitutionnel rendra dans les prochains jours son avis sur la constitutionnalité de la loi Création et Internet. Sans attendre, deux docteurs en Droit publient, l'un sur une revue très reconnue des experts en Droit, l'autre sur un très sérieux site de veille juridique, leur analyse. Ils concluent tous les deux à la très probable censure, au moins partielle, de la riposte graduée.

Les députés socialistes, communistes et verts ont saisi le Conseil constitutionnel le 19 mai dernier, pour qu'il donne son avis sur le projet de loi Création et Internet. Le texte est-il, oui ou non, conforme aux principes posés par la Constitution et ses textes périphériques ? Le Conseil doit rendre son avis dans les tous prochains jours (au plus tard le 19 juin), mais si l'on en croit l'avis d'éminents juristes, il est impossible qu'il ne censure pas au moins partiellement le projet de loi créant l'Hadopi.

Le bloggeur Stan a notamment mis la main sur un article des très influentes "Petites Affiches", dans la collection "Doctrine de Droit constitutionnel". Quiconque a fait des études des Droit connaît l'importance des Petites affiches dans l'orientation de la jurisprudence. En plus de la publication et du commentaire des grandes décisions judiciaires, les Petites affiches donnent la plume à d'éminents juristes pour qu'ils enrichissent "la doctrine", c'est-à-dire le socle idéologique et technique qui préside souvent aux décisions rendues par les juges. Son avis est nécessairement pris en compte par le Conseil constitutionnel, ou ils permettent en tout cas de deviner la position que prendront les sages.

Dans son article, le docteur en droit public Hubert Lesaffre assure que "la constitutionnalité de ce dispositif (la riposte graduée, ndlr) est sujette à caution". "Aussi bien sur le terrain des principes constitutionnels applicables à la matière contractuelle, que sur celui de la protection des droits fondamentaux, cette disposition est d'une constitutionnalité qui prête à controverses", écrit le juriste. Il dégage cinq points posant particulièrement problème, tous concentrés sur la sanction :

  1. L'enrichissement sans cause des FAI qui continueraient à percevoir le paiement de l'abonnement à Internet alors qu'il est suspendu, et qu'il ne rend donc pas le service qu'il fait payer. D'abord établi par la jurisprudence des tribunaux, le principe a désormais valeur constitutionnelle ;
  2. La suspension de l'accès à Internet porterait atteinte à la liberté contractuelle, érigée en principe constitutionnelle sur la base de l'article 4 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du citoyen, qui fait partie du bloc de constitutionnalité observé par le Conseil. "Cette atteinte à la liberté contractuelle apparaît d'autant moins justifiée qu'il n'existe pas de lien avec le motif d'intérêt général poursuivi par la loi puisqu'en aucune façon les auteurs, dont on entend protéger les droits, ne bénéficieront des sommes ainsi prélevées", écrit Dr Lesaffre ;
  3. L'Hadopi porterait atteinte à la légalité des délits et des peines, qui veut que la sanction encourue pour un délit soit connue et déterminée. Ce qui ne serait pas le cas de l'obligation de continuer à payer son abonnement à Internet. Car, comme le croit le juriste, "la disposition en cause pourrait être assimilé à une sanction financière, dont le montant n'est pas déterminé, ce dernier résultant non pas de la loi mais des clauses contractuelles unissant l'abonné à son fournisseur d'accès, le privant ainsi de base légale" ;
  4. De plus, il y aurait alors risque de double peine, puisque le Conseil constitutionnel a déjà jugé dans sa jurisprudence qu'une "sanction administrative de nature pécuniaire ne peut se cumuler avec une sanction pénale". Or la sanction administrative de l'Hadopi n'empêche pas la sanction pénale pour fait de contrefaçon.
  5. Enfin, l'Hadopi serait contraire au principe d'égalité, puisqu'en fonction du contrat qui le lie avec son FAI, un abonné pourrait être condamné à payer plus cher qu'un autre, pour un fait similaire. "La discrimination ainsi engendrée sera dépourvue de tout lien, même indirect, avec l'objet que la loi établit, la protection des droits des auteurs", écrit le juriste.

Par ailleurs, c'est sur Juriscom que l'on peut trouver une autre analyse, encore plus cinglante. Elle aussi docteur en droit, Estelle De Marco conclut une longue et riche analyse de 21 pages par ces mots : "Au terme de cette étude très partielle de la petite loi dite " création et Internet ", nous constatons donc que si l'objectif du législateur est louable, le texte qui en résulte présente de sérieuses lacunes en termes de protection des libertés fondamentales et de compréhension des nouvelles technologies, qui pourraient bien le rendre inapplicable". Nos amis de PC Inpact publient un résumé de ses principaux arguments :

  • Atteinte à l'égalité des citoyens devant la justice ;
  • Atteinte aux droits de la défense ;
  • Atteinte à la présomption d'innocence ;
  • Atteinte aux libertés et au principe de nécessité ;

Elle conclut, plus politiquement, en estimant que la loi Hadopi est une erreur dans la politique pénale, qui manque de proportionnalité. "Il nous semble que la pédagogie et l'information devraient constituer des priorités de l'autorité publique", écrit Estelle De Marco. "Si les valeurs protégées par la loi pénale étaient en outre hiérarchisées selon leur importance, leur protection étant idéalement conforme à cette échelle, la politique pénale serait sans doute plus adaptée à une protection effective de la société, sans atteinte excessive aux libertés individuelles".

Publié par Guillaume Champeau, le 5 Juin 2009 à 18h53
 
 
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Commentaires à propos de «Hadopi : le Conseil constitutionnel devrait censurer le texte»
 

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Mais c'est une très bonne nouvelle !
On en reparlera quand ça ça sera censuré, si ça l'est.
oula le suspens est a son comble
On en reparlera quand ça ça sera censuré, si ça l'est. Faut pas oublier que ceux qui prendront la décision sont un petit collège de personnes fortement exposés à toutes sortes de pression, venant de très haut et notamment de ce qui se fait de plus haut dans notre pays. Donc rien ne dit que la constitutionnalité ou l'anticonstitutionnalité du texte soit complètement eludée au profit des intérêts mercantiles, comme du reste ça a toujours été le cas depuis l'écriture de cette loi. Par défaut, je n'ai aucune confiance. A eux de la gagner en montrant qu'ils font leur travail lorsqu'ils rendront leur verdict sur cette loi.
si ya pas censure faudra le prouver avec des ARGUMENTS et pas un anéfé défavorable
Si, c'est le cas, il faut qu'on organise une grande fête des libertés.

D'ailleurs, le 14 juillet arrive bientôt :)
Oui enfin, ça ne me surprendrait pas qu'ils passent outre tout ça.

plus qu'une 15 aine de jours pour voir si il reste une once de démocratie en France.
c'est une très bonne nouvelle mais elle ne nous apprend rien que l'on ne savait déjà car il n'est besoin d'être docteur en droit pour avoir compris que cette loi était liberticide , au service de quelques uns et non des artistes. Le gouvernement fera toutes pression possibles pour faire taire le conseil constitutionnel, voyons donc maintenant s'ils leurs reste encore quelque chose entre les jambes (pas de femmes au conseil!)
OK alors on oublie la suspension de l'accès Internet ? A coup sur, on aura alors une mini-loi bis qui viendra rajouter (donc en fait qui remplacera la suspension de l'accès par...) des amendes à tour de bras à la place.

"Hé toi, tu as téléchargé 20 MP3 et 10 Divx ce mois-ci... Voila tes 30 amendes de 100 euros... tu nous dois 3000 euros mon gars ! Paie d'abord, comme les PV, et puis conteste ensuite..."

Super, grace au PS on va enrichir l'état !
Moi le truc que je trouverai super beau, c est que le CS rende son avis le 18 juin, le jour de l appel à la résistance.
Les français parlent aux français
open office n est pas un firewall
je repete
open office n est pas firewall

Albanel, hou la menteuse
Albanel, hou la menteuse.....
"pour qu'ils enrichient la doctrine"
Ces juristes c'est pas de la merde...;o) Lapsus ?
cool je prefere lamende moi que la suspension internet, pour moi hadopi loi de noob lol ·Atteinte aux libertés des internautes, tu va po marqué ta loi comme sa madame la ministre de la culture jespere que le conseil constitutionnel va revoir la copie hadopi
pour qu'ils enrichient "la doctrine" -> pour qu'ils enrichissent "la doctrine"
que sur celui de la protectoin des droits fondamentaux -> que sur celui de la protection des droits fondamentaux
Moi le truc que je trouverai super beau, c est que le CS rende son avis le 18 juin, le jour de l appel à la résistance.
Les français parlent aux français
open office n est pas un firewall
je repete
open office n est pas firewall

Mouahaha, très bon !!

Attendons la conclusion du CC avant de sabrer le champagne (ou la cuvée d'hadopi si on en a en stock ) !!
va voir au usa si hadopi va marché ptdr trop fort la france sérieux ya deja assez de loi comme sa ici
Albanel va découvrir son premier BSOD
OK alors on oublie la suspension de l'accès Internet ? A coup sur, on aura alors une mini-loi bis qui viendra rajouter (donc en fait qui remplacera la suspension de l'accès par...) des amendes à tour de bras à la place.



"Hé toi, tu as téléchargé 20 MP3 et 10 Divx ce mois-ci... Voila tes 30 amendes de 100 euros... tu nous dois 3000 euros mon gars ! Paie d'abord, comme les PV, et puis conteste ensuite..."



Super, grace au PS on va enrichir l'état !


Après dadvsi, le même système avec amende avait été interdit par le conseil constitutionnel pour rupture d'égalité devant la loi. D'un coté tu avait la contrefaçon quand tu ne passais pas par internet et de l'autre il y aurait eut des amendes.

Après il est impossible pour hadopi de statuer sur le nombre de fichiers échangés ou sur leur qualité car cela reviendrait non pas à sanctionner la non surveillance de la connections internet mais alors la contrefaçon qui elle est du ressort de la justice pénale.

Le seul moyen étant alors aux ayant droit de porter plainte au civil sur la base des relevé d'IP. Reste que sans hadopi, ils n'ont pas l'identité de la ligne qui ne peut être obtenues que dans le cadre de la contrefaçon actuellement.
Je sais, je m avance beaucoup au niveau de la censure d Hadopi par le CS. Mais, si ils le font, ce serait la vrai classe de le faire le 18 juin
sabrer le champagne ué jespere bien sinan sa va etre la guerre hadopi VS nous tous sur le net
Päs besoin de faire 10 ans d'études pour savoir que la loi est anticonstitutionnelle. Juste à lire les articles 9 et 11 de la déclaration des droits de l'homme. D'où ma question, pourquoi les député ont oublié ces articles? Au mieux godillot, au pire corrompu...
Personnellement, vu la flagrance de l'acte je penche pour la deuxième...

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