Selon un courrier dont Numerama a eu connaissance, rédigé par un haut responsable de la Sacem et de l'industrie musicale, la Quadrature du Net utiliserait des méthodes qui ne "sont rien de moins que totalitaires" pour s'opposer à la loi Création et Internet. Il demande aux députés de ne plus reprendre leurs arguments.

La Sacem a bien du mal à digérer le fait que la Quadrature du Net se soit intéressée de près à l’identité des 10.000 signataires de sa pétition en faveur de la loi Création et Internet. En lobby d’expérience, elle sait que la meilleure défense reste l’attaque. Ainsi alors qu’elle prépare déjà une réplique en deux temps, elle cherche désormais à discréditer les « 5 gus dans un garage » auprès des députés qui s’opposent à l’Hadopi.

En effet, selon nos informations, un courrier circule actuellement parmi des signataires de la pétition, pour les appeler à s’indigner des pratiques de la Quadrature du Net auprès de certains députés, en particulier du socialiste Patrick Bloche qui préside le groupe socialiste pendant les débats sur l’Hadopi. « Cette association qui prône la défense des libertés individuelles et la protection des données personnelles nous a mis en fiche afin de savoir qui nous sommes, pour qui nous travaillons, quelle est votre nationalité, et in fine si votre signature est « ACCEPTABLE » ou « CONTESTABLE » ! ! !« , peut-on lire dans l’e-mail dont Numerama a eu connaissance. Il fait référence, bien sûr, au wiki de la Quadrature du Net par lequel les internautes peuvent contribuer à la vérification de la liste des signataires.

L’e-mail est accompagné d’un courrier type signé du président du Fonds pour la Création Musicale (FCM) Bruno Lion, par ailleurs vice-président de la Chambre Syndicale de l’Edition Musicale (CSEM) et membre du Conseil d’administration de la Sacem, où il fut président de la Commission des Variétés. Parmi les lignes d’un CV bien rempli, on découvre qu’il fut également chargé de mission au cabinet de l’ancien ministre de la culture Jack Lang.

Mais lui-même se présente humblement comme simple « éditeur de musique indépendant« .

« Peu regardante, cette association qui dit défendre  » les libertés individuelles, les droits fondamentaux et le développement économique et social à l’ère du numérique « , constitue une base de données sur des personnes dont je doute qu’elle ait été déclarée à la CNIL, elle n’hésite pas à publier les coordonnées personnelles des intéressés, et si vous tentez de corriger votre fiche (droit de rectification), on vous prévient que  » Votre adresse IP sera enregistrée dans l’historique de cette page « . Bien sûr l’auteur des commentaires sur votre fiche reste lui courageusement anonyme…« , s’indigne la lettre type, qui reproche à la Quadrature d’utiliser abusivement les termes « acceptable » ou « inacceptable » pour qualifier les signataires.

« Résumons : Flicage généralisé, délation et fichage, remise en cause de la liberté d’expression, non respect de l’opinion d’autrui et des principes du droit, tri des individus en fonction de leur métier, ou de leurs origines…. Les méthodes de la QUADRATURE DU NET sont rien de moins que totalitaires…« .

« Quelles que ne soient nos divergences de vue, je vous remercie de bien vouloir dénoncer ces pratiques avec la verve qu’on vous connait, et apprécierait que vous vouliez bien ne plus reprendre les arguments de ce collectif« , conclut la lettre.

« L’emploi du terme ‘totalitaire’ fait sourire »

Contacté par Numerama, le porte-parole de la Quadrature du Net Jérémie Zimmermann estime que « ce genre de réactions agressives montre bien le désemparement des acteurs des filières musicales« . « Leur peur du changement devant la disparition de leur modèle économique est compréhensible« , reconnaît-il, compatissant. Sur le fond, il précise que « nos travaux en cours sur la pétition SACEM n’avait pas vocation à être publics avant que les résultats ne soient publiés, mais nous avons l’habitude de travailler sur des wiki« .

« Une fois les résultats statistiques obtenus, nous effacerons évidemment les données nominatives de notre wiki« , veut-il rassurer.

Selon Jérémie Zimmermann, « l’emploi du terme « totalitaire », évidemment déplacé et disproportionné, fait sourire, surtout lorsque l’on envisage les glissements pour la démocratie que représentent la loi HADOPI avec ses polices privées, sa justice parallèle d’exception, et ses condamnations sans preuves valables !« .

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