C’est malheureusement un cas d’école d’un leader industriel qui, pour protéger sa position dominante, se mure dans un immobilisme jusqu’à la mort. Créé en 1985 en pleine effervescence de la VHS, et depuis leader incontesté de la location de cassettes vidéo et de DVD aux Etats-Unis et au Canada, la firme Blockbuster a prévenu lundi les autorités boursières qu’elle risquait de devoir rapidement déposer le bilan. Elle n’a pas pris à temps le train de la VOD, et a abandonné le marché à d’autres acteurs comme Netflix, VuDu, Apple, ou Amazon.

Plutôt que de sentir le vent tourner, Blockbuster avait usé (avec le géant de la distribution Wal-Mart) de tout son poids sur les studios de cinéma pour les empêcher de signer des accords de distribution avec les services en ligne, laissant le piratage exploser aux Etats-Unis. Il n’a lui-même lancé son propre service de VOD qu’en 2004, alors que NetFlix s’était déjà largement imposé sur le marché.

Il faut dire que pour Blockbuster, la VOD pose un véritable problème de business model. Comme la plupart des loueurs de DVD, la firme vit moins des recettes immédiates de la location des films que des frais dantesques qu’elle prélève lors des retours tardifs. Or s’ils sont particulièrement juteux dans l’hiver du nord de l’Amérique où les clients préfèrent payer quelques dollars de plus leur location que de ramener à temps le DVD au Blockbuster du coin sous la neige et le froid, ils sont inexistants dans la VOD. Un fichier vidéo n’a pas besoin d’être retourné au magasin.

La firme, qui est en déficit chronique depuis plusieurs années, a contracté un prêt de 250 millions de dollars pour se refinancer la semaine dernière. Mais elle estime qu’il n’y a « aucune garantie » qu’elle parvienne à remplir ses obligations qui arrivent à échéance le 11 mai prochain.

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