13 professionnels du cinéma, parmi lesquels figurent Catherine Deneuve, Victoria Abril, Chiara Mastroianni ou Paulo Branco demandent dans une tribune à Libération l'abandon du projet de loi Création et Internet, qui doit être voté par le Parlement jeudi prochain. Ils critiquent une loi qui impose un "un mécanisme de sanctions à la constitutionnalité douteuse et au fonctionnement fumeux" et qui ne prend pas en compte "le nouveau monde" que crée Internet pour la culture.

Mieux vaut tard que jamais. Tandis que Christine Albanel assurait au moment du vote du projet de loi Création et Internet que « tous les artistes » étaient derrière elle, 13 acteurs, réalisteurs et producteurs de cinéma français ont signé une tribune dans Libération pour s’opposer à la loi Création et Internet (Chantal Akerman, Christophe Honoré, Jean-Pierre Limosin, Zina Modiano, Gaël Morel, Victoria Abril, Catherine Deneuve, Louis Garrel, Yann Gonzalez, Clotilde Hesme, Chiara Mastroianni, Agathe Berman et Paulo Branco).

« Artistes et producteurs engagés, nous nous sommes dévoués tout au long de notre carrière à la promotion d’un cinéma différent, un cinéma ouvert et exigeant (…) Tout au long de notre carrière, nous avons poursuivi la même ambition€â  : diffuser notre travail et le partager avec vous (…) Nous avons la chance de vivre une révolution numérique qui nous permettra, dans un futur très proche, de lever nombre de ces obstacles et d’ouvrir notre cinéma à toutes et à tous« , écrivent les signataires.

« Aujourd’hui, certains craignent cette révolution et craignent pour leur monopole« , constatent-ils, tout en expliquant qu’ils partagent une « angoisse légitime » face au piratage. Mais « cette loi, qui prétend se poser en défenseur de la création, ne fait qu’instaurer un mécanisme de sanctions à la constitutionnalité douteuse et au fonctionnement fumeux« .

Ils y voient le « fruit d’un lobbying massif, fondé sur la présomption de culpabilité », et notent que l’Hadopi « pourra, sans qu’aucune preuve fiable ne soit apportée et sans qu’aucun recours gracieux ne soit possible, couper durant une durée extensible à l’infini la connexion Internet d’un usager » (ce qui n’est pas tout à fait exact puisqu’il sera possible de contester les sanctions par le biais d’un recours qui ne sera cependant pas suspensif, et que la durée de déconnexion sera au maximum d’un an – tout de même).

« Pis, et contrairement à ce qui a été écrit ici et là, aucune disposition législative ne prévoit que cette procédure se substitue aux pourcsuites pénales et civiles, faisant de la double peine une réalité envisageable. »

Les cinéastes fustigent une loi « démagogique, techniquement inappliccable, bêtement ignorante des nouveaux procédés de téléchargement et purement répressive« , et demandent « d’accepter et de nous adapter à ce  » nouveau monde  » où l’accès à la culture perd son caractère discriminatoire et cesser de vouloir en faire une société virtuelle de surveillance où tout un chacun se sentirait traqué« .

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