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Hadopi : interview d'un chasseur d'adresses IP

Guillaume Champeau - publié le Mercredi 01 Avril 2009 à 13h15 - posté dans Peer-to-Peer

La loi Création et Internet prévoit d'avertir de sanctionner automatiquement les internautes dont l'adresse IP est collectée sur les réseaux P2P. Mais qu'en pensent les spécialistes de la chasse aux infractions ? Nous avons interrogé Frédéric Aidouni, l'auteur du logiciel LogP2P utilisé par la gendarmerie et des services de police dans plusieurs pays pour détecter les échanges de contenus pédophiles. Il n'est pas tendre avec le projet de loi...

Numerama : Comment fonctionne concrètement la détection des adresses IP utilisées pour pirater des contenus sur Internet ?

Frédéric Aidouni : Tout dépend du protocole utilisé. Par exemple sur eDonkey, les fichiers sont reférencés par une clé, presque unique. Dans le cas de recherches massives, c'est elle qui est utilisée. On commence donc par créer une liste des clés que l'on recherche, puis on recherche les potentiels diffuseurs des fichiers associés à ces clés. Partant de cette liste de potentiels diffuseurs, il convient de vérifier auprès de chacun d'eux s'ils diffusent réellement les fichiers recherchés, c'est-à-dire qu'il faut les télécharger. Puis il faut les valider, les écouter ou les visionner, selon le type de média.

Il existe des technique de "validation automatique" mais j'ignore leur valeur juridique.

Dans le cas d'une hypothétique mise en oeuvre de l'Hadopi, il y a fort à parier que les enquêteurs se concentreront sur les diffuseurs massifs, car valider l'ensemble des fichiers potentiellement diffusés à un instant est l'affaire de plusieurs années... Et le système évolue à chaque minute.

L'Université de Washington est parvenue l'an dernier à faire accuser des imprimantes en réseau en injectant leur adresses IP dans des trackers BitTorrent. The Pirate Bay a également menacé d'injecter des adresses au hasard sur ses trackers. N'y a-t-il pas un risque de faux positifs sur les outils de détection utilisés par les ayants droit ?

Les risque de faux positifs sont faibles si les contenus sont récupérés (c'est-à-dire téléchargés, ndlr) et validés. J'insiste sur le fait qu'établir une liste de diffuseurs potentiel n'est pas suffisant. Je pense que le téléchargement lui même ne constituant qu'un commencement de preuve, la simple liste apparait comme un commencement de commencement de preuve... pas grand chose en fait.

S'agissant des injections de faux positifs, cela ne constitue que le début de la riposte. Qui peut être décisif si la loi indique qu'une liste de diffuseurs est suffisante. Il serait amusant que les utilisateurs de systèmes d'échanges pair-à-pair mettent en oeuvre des techniques que les ayants droit ont tenté d'utiliser il y a quelques années...

Quel impact peut avoir l'exigence de télécharger le contenu sur chacune des adresses IP pour éviter les faux positifs, en terme de coût et/ou de volume d'interception des adresses IP ?

C'est colossal. Tout dépend du mode opératoire utilisé par les enquêteurs, mais de toutes les façons il convient de télécharger des contenus pour valider le constat d'infraction. Or comme je l'ai dit, tenter de télécharger tout ce qui semble être diffusé est hypothétique, et de toute façon il n'en reste pas moins qu'au final, il faudrait saisir et analyser les disques (pour être certain de la culpabilité, ndlr).

Au moment où une adresse IP est interceptée, l'utilisateur peut-il avoir la certitude que le contenu qu'il télécharge est bien le contenu qu'il souhaite, ou peut-il télécharger un contenu contrefait en pensant télécharger autre chose ?

Cela arrive tous les jours. Il existe meme des sociétés qui possèdent des batteries de clients eMule/eDonkey qui diffusent des fichiers au nom "alléchant" dont le contenu n'est en fait qu'une publicité pour des services payants.

Le seul moyen d'éviter les faux-positifs est de valider à la fois la source et le contenu. En l'occurence, c'est ce que fait LogP2P depuis décembre 2002...

En cas de faux positif, le ministère de la Culture propose aux internautes de fournir leur disque dur comme preuve de leur bonne foi. Que pensez-vous de cette proposition ?

C'est absurde. A la fois parce-qu'elle est contraire aux usages puisque l'utilisateur n'a pas à prouver qu'il est innocent, mais plutôt qu'il n'est pas coupable. Ensuite parce qu'une infime fraction des utilisateurs d'ordinateurs sait ce qu'est un disque dur. Le reste des utilisateurs sait ou connait quelqu'un qui sait effacer toute trace.

Logp2p est-il déjà utilisé directement ou indirectement par des ayants droit, ou pourrait-il l'être dans la mise en oeuvre de la riposte graduée ?

Non, et oui. Mais non, ce ne sera pas le cas dans l'avenir. LogP2P vit sa vie depuis quelques années déjà, dans le cadre strictement de la lutte contre la diffusion de contenus à caractère pédo-pornographiques. Il vaudrait mieux demander à ceux qui l'ont financé et en détiennent les droits de diffusion, Action-Innocence, une ONG ... Suisse. Car en France, on prefère financer la protection des majors.

C'est d'ailleurs amusant que le financement d'un développeur pour réaliser ce type d'outil a coûté beaucoup moins cher que la campagne de communication du projet Hadopi. CQFD

En substance, tout cela ne tient pas debout. On ne voit jamais passer dans les motivations chiffrées des ayants droit qu'un seul nombre, la baisse globale. Jamais la ventilation par genres musicaux, par réalisateur ou
producteur. Est-ce que tout cette masquarade ne ressemble pas furieusement à un caprice d'épicier incompétent ? Ces épiciers au bras long se sont tirés dans le pied dans les années 1980, en sortant le premier lecteur de CD connectable à un ordinateur, sans envisager une seule minute les conséquences. J'ai ouvert des huitres hier soir qui étaient sacrement plus visionnaires ! N'importe quel observateur appellerait cela une erreur de gestion.

Alors il va y avoir des contre-mesures. Peut-être contournées. Jusqu'au moment où n'importe quel utilisateur de système d'échange de fichiers pair-à-pair sera anonyme. Les surcoûts en terme d'anonymisation seront
gentiment absorbés par les infrastructure de transport comme la fibre optique. Les diffuseurs de vidéos de viols de bébés seront désormais sereins, et qui sait, peut-être cet anonymat permettra-t-il à des réalisateurs en herbe de laisser libre court à leur envie de "films à la maison". Merci l'Hadopi.

Merci Frédéric

Publié par Guillaume Champeau, le 1 Avril 2009 à 13h15
 
 
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Commentaires à propos de «Hadopi : interview d'un chasseur d'adresses IP»
 

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J'ai ouvert des huitres hier soir qui étaient sacrement plus visionnaires !/
Enorme XD
Enfin il y a un truc qu'il oublie, c'est que ce n'est pas le téléchargement qui sera répréhensible, mais la non sécurisation de son accès à internet, donc le fait que son ip se retrouve sur edonkey ou des trackers, même si c'est une injection, c'est de notre faute, c'est ce que veut mettre en place l'HADOPI. C'est sûr que c'est du grand n'importe quoi, mais un moyen extrêmement bien pensé pour pouvoir sanctionner à tout va.
"J'ai ouvert des huitres hier soir qui étaient sacrement plus visionnaires !"
Me suis roulé par terre en lisant ça.
Elle s'applique parfaitement aux politiques qui essayent de mettre en place cette loi.
Tout ceci est une course aux lois qui seront toujours contournées par la Technique.
Les politiques ont toujours 1 à 2 ans de retard, le VPN ça existe déjà, le P2P crypté aussi.
La finalité sera un Internet contrôle façon Chine, avec une liste blanche de sites possédant le label "Internet Francais READY" obtenu par l'affranchissement d'une taxe(j'imagine pas le future sans nouvelle taxe).
Les diffuseurs de vidéos de viols de bébés seront désormais sereins, et qui sait, peut-être cet anonymat permettra-t-il à des réalisateurs en herbe de laisser libre court à leur envie de "films à la maison".

C'est ce que l'on dit depuis le début, il me semble. Que de pousser les internautes à basculer sur les darknets va compliquer énormément la tache de la vrai justice dans sa traque aux crimes et délits, eux réellement constitués.
Pour une fois que l'on trouve un chasseur de contenus pédos soutenir l'affirmation que la traque des contenus contrefaits va faciliter l'anonymsation des pédophiles.
C'est bouleversant de vérité... :sad:
Les épiciers essayent juste de gagner un peu de temps. Ils savent que ce projet de m**** ne vaudra que par ses effets d'annonce.

Ils savent aussi que grâce aux réseaux d'échange, les artistes de plus en plus facilement autoproduits (ou co-produits par l'émulation des internautes) pourront toucher des rétributions plus justes sans avoir à baisser leur froc devant les P. Nègre et autres biznessmen qui doivent, chez eux, avoir une discothèque plus mince que le string d'une bresilienne.

La prise de conscience gagne les principaux intéressés : les musiciens et leur public, et les autres formes d'art suivront à moins qu'on décide de nous couper le Net définitivement.
Si le filtrage se vautre un peu partout c'est tout simplement qu'on constate que ça coute cher et que ça interpelle ceux que c'est censé défendre sans leur rapporter un kopeck! Le créateurs ont actuellement tout bénéfice à se rapprocher de leur fans, à expliquer leur démarche comme l'avait fait Nine Inch Nails et faire confiance à la maturité des internautes.
Si les majors traitent et punissent les clients comme des gosses (avertissements infantilisants à tous les étages : de la musique à la vidéo en passant par les jeux) pas étonnant qu'ils se comportent comme tel.

Si on replace le public dans son rôle d'adulte : en l'occurence ici, si j'apprécie, je paye (dans la mesure de mes moyens) pour que l'artiste / développeur / réalisateur que j'aime continue à m'éblouir, et bien il agira comme tel.

Plus qu'une erreur de gestion, l'hadopi est surtout une stratégie de communication qui pue le privilège et qui ne fera que braquer les usagers.
Merci pour l'article.
Au vu de ce qui a été dit j'imagine le monstre (une ferme de PC gloutons en énergie) pour récolter plusieurs dizaines de milliers IP et le téléchargement afférant pour valider la preuve de mise à disposition, par jour.
Car on ne parle pas de quelques milliers de pédophiles mais d'écouter quelques millions d'internautes
Les premiers passage en contestation au tribunal devrait être intéressant.
J'espère que quelques juristes pros sur la question vont se faire un plaisir de se faire pincer pour piloner cette loi au tribunal et faire beaucoup de bruit autour d'eux.
Ca ressemble a un trés gros poisson d'avril! Surtout la fin avec le viol de bébé, beurk, assez ignoble tout de même comme poisson.
J'y crois pas une seconde.
je pense pas que ce soit ce discourt la qui est servi aux clients de cette société? association? developeur indépendant?

On observe que cet acteur du p2p n'est clairement pas dans le secteur qui est au centre de l'actualité.
Moi je pense que frederic a raison d'un sens car faut mieux utiliser ce system pour empecher tout ce que pedofeli etc... que pour aider les majors a s'enrichir , par contre c sur ils vont pousser les gens a un syteme anonyme ou la sa peut partir en sucette
Il résume très bien *se dit qu'il serait interessant qu'un professionel comme lui puisse avoir accès à l'hémicycle pour donner son avis et avertir les décideurs"
Vu l'explication cela me semble du délire les 10 000 mail par jour.
Voila une personne de censé, qui sais de quoi il parle...
La plus grande crainte reste le P2P anonymous, lieu ou seul les personnes autoriser seront de quoi il en retourne .... et comme il indique, "tout deviens possible"....
Même ceux qui luttent contre la contrefaçon numérique critiquent l'approche d'HADOPI :
http://www.contrefac.../03...raduee-»/
Mais non puisque Enter vous le dit, les gendarmes et autre chasseur sont pour Hadopi. On lui disait que non, encore une preuve de plus. Hadopi ne va rendre que plus difficile leur tache. Mais on préfère donner des moyens pour lutter contre les vilains partageurs de culture que nous sommes que contre les réseaux pedophile. Décidément c'est a gerber... D'ailleurs on le voit bien avec la pub de prévention du gouvernement, qui mettait dans le même panier, chat, forum, jeux online et pedophiles...
Ils concluent dans l'article su-cité :
"La France est même la seule à vouloir légiférer sur une telle sanction dans le monde. L’exception culturelle française deviendra-t-elle à terme un exemple pour la protection des droits d’auteur et la lutte contre la contrefaçon numérique ? Du reste, certains pays ont préférer d’abord privilégier l’amélioration de l’offre légale, alors que la France entend se pencher sur ce volet dès qu’un cadre légal et législatif aura été fixé par la loi « Création et Internet ». Ainsi, aux Etats-Unis, la nouvelle organisation à but non lucratif de perception et de répartition, Choruss, envisage de proposer aux étudiants des universités américaines une forme de licence globale. En échange d’un paiement mensuel de l’ordre de 5$, les étudiants bénéficieront d’un catalogue considérable de titres de trois majors de la musique : Warner Music Group, Sony BMG et EMI Group. Plus récemment en Chine, Google vient de lancer un système de téléchargement de musique gratuit sur le modèle du publi-financement, en accord avec les majors de la musique. Ainsi en Chine, pays où la contrefaçon fait partie de la culture et où « créer » et « copier » sont les mêmes mots, ce sont pas moins de 1,1 millions d’Ĺ“uvres musicales qui seront disponibles dans quelques mois au sein de ce service de téléchargement de musique. Paradoxalement, Google, entreprise américaine, ne pourrait lancer un tel système de téléchargement gratuit de musique aux Etats-Unis alors que la firme n’a semble-t-il rencontrer aucune difficulté majeure pour lancer cette offre en Chine".

Qui aurait pu croire que la Chine ait des leçons à nous donner en matière de numérique ?
Légaliser et encadrer le partage de fichier entre particulier permait de tuer le commerce de la contrefaçon par asphyxie! par privation de client normal vendre des "produits douteux" ne reporte plus puisque le public peut librement pour des usages privé et non marchand tout partager y compris les dernier tube a la mode en contre parti d'une contribution globale type redevance copie privée ou autre.

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