Luc Besson remonte sur son cheval. Le réalisateur-producteur, conscient des limites de la future Hadopi, s'est indigné de la facilité avec laquelle les internautes peuvent trouver des sites de streaming de films, avec toute une chaîne d'intermédiaires économiques qu'il dénonce. Souvent à tort.

Ca n’est un secret pour personne que Luc Besson livre une bataille médiatique sans relâche contre le piratage. Même si certains prétendent que le film Taken qu’il a produit n’aurait pas l’énorme succès commercial qu’on lui connaît aux Etats-Unis sans l’aide d’une diffusion virale sur les réseaux P2P, le réalisateur-producteur continue à se prendre pour Geronimo dans la bataille du Far-West qu’il avait décrite l’an dernier.

Dans une tribune publiée samedi dans Le Monde, Luc Besson défend une fois encore la riposte graduée, tout en reconnaissant ses limites. « Le visionnage gratuit et illicite de contenus cinématographiques s’effectue sur des sites de téléchargement et de streaming (écoute en direct) très facilement accessibles sur la Toile« , écrit-il. Or les utilisateurs de ces sites ne sont pas concernés par la riposte graduée. La Haute Autorité chargée de la mettre en œuvre, l’Hadopi, ne pourra jamais connaître l’adresse IP des internautes qui se contentent de regarder sans partager. Une faille dans la loi qu’entend bien combler Luc Besson, en s’en prenant aux prestataires et aux intermédiaires.

« Comment explique-t-on qu’ils aient aussi facilement accès à des films pourtant protégés par la loi ?« , demande-t-il. « Une loi qui sanctionnerait les voleurs sans punir les responsables de ce trafic illicite serait une loi injuste. Quelle nation accepterait de punir sévèrement les consommateurs de drogues tout en laissant leurs dealers prospérer tranquillement ?« 

« Ces sites ne pourraient exister sans la complicité objective de bon nombre d’acteurs économiques français qui ont un intérêt financier à faire perdurer le système. L’économie du piratage sur Internet est une longue chaîne d’acteurs qui, pour la plupart, n’apparaissent pas au grand jour mais tirent profit de cette activité illégale (…). De grandes entreprises françaises sont impliquées à tous les niveaux de la chaîne de valeurs, et tirent un intérêt financier d’une activité illégale. Elles sont complices d’un délit, donc coupables, et doivent, dans un Etat de droit comme le nôtre, être condamnées et sanctionnées.« 

Et Luc Besson de citer nomément certains des acteurs visés : Free pour l’hébergement de services de streaming, Google et Allotraffic pour les publicités qu’ils affichent en touchant au passage leur commission sur les clics, ou PriceMinister, l’un des annonceurs qui apparaît régulièrement sur le site de streaming BeeMotion, lui aussi explicitement désigné.

Ce dernier a d’ailleurs immédiatement capitulé, à raison. « Besson dénonce ouvertement beeMotion au grand jour, et a alerté Free sur notre activité, ce dernier ayant immédiatement réagi en nous sommant de stopper notre activité rapidement« , explique l’administrateur sur la page d’accueil du site. Sa culpabilité ne fait aucun doute.

Mais Luc Besson, qui en appelle pourtant à l’Etat de Droit, ne comprend pas que Free, Google ou PriceMinister ne soient pas également coupables et ne capitulent pas de la même manière.

Le premier est soumis à la loi pour la confiance dans l’économie numérique (LCEN), qui l’oblige à agir uniquement lorsqu’il a officiellement connaissance des faits litigieux, ce qu’il a visiblement fait pour Beemotion.

Google n’a ensuite aucun rôle actif dans le choix des sites où il diffuse ses publicités. La firme utilise un robot qui place automatiquement les publicités en fonction des mots clés présents sur la page, et ce sont aux sites internet clients du service de s’assurer qu’ils ne violent pas les droits d’auteur. Dans le cas contraire, si Google a connaissance des activités illicites de son client, il peut suspendre l’exécution du contrat à tout moment (ce qu’il fait). Mais la firme américaine se refuse logiquement à enquêter sur chaque client.

Enfin, PriceMinister n’a absolument aucune possibilité de savoir sur quels sites apparaissent ses publicités, et ne peut donc pas être tenu responsable.

La question avait déjà été jugée par le passé dans l’affaire des Choristes lorsque le réalisateur Christophe Barratier a eu le même raisonnement faussé que Luc Besson.

C’était il y a deux ans et demi, et il avait perdu. Déjà.

Il serait peut-être temps de tourner la page et de chercher plutôt des modèles économiques qui retirent tout intérêt aux sites de streaming de mauvaise qualité, et à leurs publicités. Il est vrai que c’est moins facile que l’écriture d’une tribune ou le dépôt d’une plainte.

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