Le Conseil d’orientation du Forum des droits sur l’Internet (FDI) a adopté le 29 octobre une recommandation (.pdf) « sur les conditions nécessaires à la mise en place du filtrage des sites pédopornographiques par les FAI dans l’éventualité où la volonté des pouvoirs publics se confirme en ce sens« . Dans le cadre de ses travaux sur la protection de l’enfance, le FDI avait lancé une réflexion sur la possibilité de filtrer les sites pédopornographiques au niveau des fournisseurs d’accès à Internet, une idée qui a été reprise par la ministre de l’intérieur Michèle Alliot-Marie, et la secrétaire d’Etat chargée de la Famille, Nadine Morano.

Nous avions déjà évoqué sur Numerama l’extrême complexité du sujet, qui voit s’affronter des principes moraux contre des principes techniques et juridiques. Dans l’affrontement entre la neutralité du réseau et la brutalité de l’atteinte aux mineurs, les dés sont pipés. Dès qu’il s’agit de protéger les enfants, qui plus est lorsqu’ils sont frappés par des actes pédophiles, la passion l’emporte devant la raison. Pourtant, il est essentiel de s’en tenir aux principes et de refuser le filtrage, qui ouvre la porte à trop de dérives. Cette position est délicate à tenir, comme les administrateurs du site The Pirate Bay en ont fait récemment l’expérience.

Interrogé par nos confrères de PC Inpact, le fournisseur d’accès à Internet Free a cependant refusé de transiger, et fustigé les recommandations du FDI. « Les réseaux mis en œuvre chez les opérateurs, desservant des millions d’abonnés et hautement critiques pour la sécurité nationale, ne sont pas des laboratoires d’expérimentations pour pouvoirs publics en mal d’effets d’annonce« , critique le FAI, qui est déjà en guerre contre le gouvernement sur la riposte graduée. Il élimine tour à tour chacune des solutions techniques proposées (filtrage au niveau des serveurs DNS, de l’adresse IP ou des URL), qu’il juge inefficaces, parfois même dangereuses, et contreproductives.

En substance, Free prévient le gouvernement que toute tentative de filtrer les contenus pédopornographiques sera au mieux très coûteux et aléatoire, et au pire favorisera le développement de solutions cryptées qui rendront la tâche des autorités de police plus compliquée encore lorsqu’il faudra mettre la main sur les réseaux pédophiles.

Si l’on encourage l’utilisation des « TOR, proxys ouverts à l’étranger ou serveurs hébergés à l’étranger pour faire du tunnelling crypté« , la chasse aux criminels deviendra beaucoup plus coûteuse et difficile, explique le fournisseur d’accès. « Dans un contexte budgétaire au demeurant tendu, l’Etat est-il prêt à consacrer potentiellement plusieurs centaines de millions d’euros pour un tel dispositif à l’efficacité aléatoire ?« .

S’il doit y avoir un filtrage, il ne peut selon Free qu’être « déporté à la périphérie du réseau« , en particulier sur les outils de contrôle parental installés sur les ordinateurs familiaux.

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