Microsoft a annoncé lundi qu'il allait lancer en 2004 un service de vente de musique en ligne. La firme américaine semble bien décidée à rattraper le retard qu'elle a pris sur Apple sur un marché dont la valeur anticipée dans trois ans est évaluée à un milliard et demi de dollars. Mais au delà du service lui-même, la question de la confusion des pouvoirs au sein d'une même main se pose de plus en plus...

On pouvait s’étonner que Microsoft n’ait pas encore son propre service de vente de musique en ligne. Finalement le géant de Seattle a décidé de sauter le pas en 2004, et de se jeter dans la fosse aux lions au milieu de iTunes, Napster, Musicmatch, BuyMusic, Listen.com, ou bientôt encore MTV ou Yahoo sur le marché européen…

Face à la croissance du nombre d’offres sur le marché, Microsoft va devoir faire preuve d’ingéniosité pour réussir à se démarquer et ce principalement au niveau des prix qui, si l’on en croit Steve Jobs (le PDG d’Apple), sont déjà aussi bas que possible. Microsoft compte également s’appuyer sur la sortie l’an prochain d’un baladeur numérique basé sur un logiciel développé par ses soins, capable de lire les formats MP3 et WMA. Il ferait ainsi concurrence à l’iPod, et aux autres lecteurs partenaires de plateformes musicales, tels le YP-910 de Samsung, certifié Napster 2.0.

Windows XP + IE + « Microsoft Music » + Windows Media + Lecteur portatif + …

Parler de danger de monopole en parlant de Microsoft est presque devenu un pléonasme dans l’imagerie publique. Mais si la domination du créateur de Windows restait jusqu’à présent essentiellement technologique (à l’exception notable des jeux vidéo), le risque de voir Microsoft dominer également le secteur culturel est aujourd’hui immense, et les conséquences bien plus importantes. Microsoft contrôlait déjà le moyen d’accès aux plateformes en ligne avec son sytème d’exploitation Windows et son navigateur Internet Explorer, présents sur plus de 90 % des ordinateurs dans le monde. Avec le format WMA adopté par la plupart des plateformes actuelles, Microsoft s’est créé une bonne place sur le marché des technologies DRM dédiées au contrôle de l’accès et de l’utilisation des contenus culturels. En lançant sa plateforme musicale en ligne, Microsoft prend le pari de contrôler jusqu’au contenu même, en fournissant lui-même les chansons, évidemment protégées avec son format WMA. Avec son logiciel dédié aux lecteurs portatifs, Microsoft achève complètement sa main mise sur toute la chaîne culturelle, du contenu lui-même jusqu’aux matériels permettant d’en jouir.

Cette concentration économique des pouvoirs risque à terme de permettre à Microsoft de contrôler entièrement notre approche à la culture. De toute la chaîne, seul le consommateur n’est pas sous contrôle. A condition de croire encore que nous ne sommes pas esclaves de nos consommations, ce que beaucoup sont prêts à mettre en doute…

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