Posez la question à un P2Piste chevronné, il vous répondra oui. Posez la question à la Justice, elle aura un doute. C'est tout le paradoxe d'une affaire qui oppose un utilisateur allemand d'une version modifiée du logiciel eMule à une firme de lutte anti-piratage.

Les réseaux Peer-to-Peer fonctionnent toujours en marchant sur leurs deux jambes : le download et l’upload. L’une et l’autre doivent avancer exactement au même rythme, ou le réseau s’écroule. Tout ce qui est téléchargé doit être partagé, c’est la règle numéro 1 du P2Piste. Pourtant, il existe depuis les premiers jours des tricheurs, véritables pirates à l’abordage des réseaux d’échange de fichiers, qui se contentent de piller en téléchargeant sans jamais partager ce qu’ils téléchargent. Dans le jargon, on les appelle des « leechers ».

Ces leechers peuvent avoir plusieurs motivations pour s’adonner à ces actes de piraterie. Certains sont contraints de limiter le volume de leur upload mensuel par leur fournisseur d’accès à Internet. D’autres sont purement égoïstes et incivilisés. Et d’autres, enfin, sont des trouillards qui veulent continuer à télécharger librement mais craignent de se faire prendre dans les mailles du filet des chasseurs de P2Pistes. Ces derniers, en effet, visent uniquement les internautes qui mettent à disposition les fichiers, c’est-à-dire en théorie ceux qui les uploadent.

Mais en Allemagne, un P2Piste leecher qui utilisait une version modifiée d’eMule (conçue pour bloquer l’upload) a été contacté par la société anti-piratage Media Protector, qui lui demande 700 € pour des films et autres vidéos pornographiques qu’il aurait partagé en octobre 2007. Sauf que le leecher a produit les logs de son logiciel, qui montrent que sa version d’eMule est resté ouvert sans interruption pendant 924 jours (plus de 2 ans et demi), avec un volume total de données envoyées de… 0 octet.

Malgré cela, Media Protector continue d’affirmer que ses preuves sont là, et que ses processus ont été validés par des experts.

Le problème, c’est que les sociétés anti-piratage comme Media Protector se contentent d’interroger les moteurs de recherche des réseaux P2P pour récupérer la liste des utilisateurs qui déclarent partager des fichiers… sans jamais vérifier qu’ils envoient effectivement ces données. Or il y a débat juridique. Est-ce que le fait de déclarer mettre à disposition un fichier sans jamais l’envoyer effectivement constitue bien une contrefaçon ?

A priori non. Le problème, c’est que jamais ni la justice ni le législateur ne se posent la question. Ils acceptent les relevés de preuve des sociétés de lutte contre le piratage comme étant immaculés de toute faille. Or nous avons déjà vu l’extrême faiblesse des preuves sur lesquelles travaillera la Haute Autorité que doit mettre en place la loi Création et Internet, et la réponse absurde qu’y apporte le ministère de la Culture…

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