Les serveurs Razorback 3.x - qui n'ont rien à voir avec les célèbres serveurs eDonkey suisses fermés en 2006, ne sont plus. L'industrie du disque se félicite de sa victoire après l'arrêt des serveurs, dans des conditions qui laissent songeur. L'impact sur les échanges P2P devrait, quoi qu'en dise l'industrie, rester minime voire nul...

Alors qu’aucune décision de justice n’est encore intervenue pour condamner la création de serveurs eDonkey, l’industrie du disque continue de lutter contre ces serveurs qui sont au coeur de la version centralisée vieillissante d’eMule. Le BREIN, le bras armé de l’industrie du disque aux Pays-Bas, annonce ainsi qu’elle est parvenue à obtenir la fermerture de l’ensemble des serveurs Razorback 3.x, qui offraient jusqu’alors la plus grande capacité d’accueil sur le réseau P2P open-source.

« Razorback 3.1 était le plus grand serveur eDonkey restant, qui servait environ 350.000 utilisateurs« , rappelle ainsi l’organisation anti-piratage qui travaille pour le compte de la Fédération Internationale de l’Industrie Phonographique (IFPI). « La majorité des fichiers disponibles sur les serveurs était distribuée sans autorisation des titulaires de droits« , ajoute le BREIN, qui persiste dans l’erreur communément répétée depuis la fermeture des premiers serveurs eDonkey il y a plus de deux ans.

Les serveurs eDonkey ne stockent et ne mettent à dispositon aucun fichier, légal ou non. Ils sont au réseau P2P eDonkey/eMule ce qu’un moteur de recherche comme Google est au web. Ils indexent l’ensemble des fichiers distribués par l’ensemble des utilisateurs, et offrent un outil qui permet de les trouver et de trouver l’ensemble des utilisateurs qui les mettent à disposition. Mais à aucun moment les serveurs ne stockent les fichiers ou même prennent connaissance de leur contenu. Ils sont un simple intermédiaire technique, sans responsabilité légale directe dans la distribution des fichiers.

C’est d’ailleurs sans passer par la justice que le BREIN a obtenu la fermeture des serveurs Razorback restants. Ils affirment avoir simplement fait pression sur les hébergeurs néerlandais, qui auraient accepté de fermer les serveurs après que leurs clients aient – légitimement – refusé de répondre aux allégations du BREIN.

Fermés suite à des attaques DDoS ?

Mais selon des informations obtenues par Numerama d’une source proche du dossier, c’est pour une raison davantage technique que juridique que les hébergeurs auraient facilement plié à la demande du lobby anti-piratage. Les serveurs Razorback subissaient régulièrement des attaques DDoS qui dépassaient largement ce qu’un hébergeur peut encaisser et tolérer. Ces attaques de deni de service, quasi quotidiennes, atteignaient des pics de 3 à 4 Gpbs. L’un des principaux hébergeurs de serveurs eDonkey auraient donc choisi de lui-même de fermer l’accès aux serveurs, pour protéger ses autres clients, victimes des attaques par ricochet.

L’origine des attaques DDoS reste inconnue. Même si certains acteurs du réseau les attribuent au BREIN et/ou à la filière musicale et cinématographique, aucune preuve n’existe qui puisse confirmer leurs soupçons. Il ne peut s’agir, en tout état de causes, que d’organisations ou de personnes richement dotées, puisque ce type d’attaques d’ampleur et à répétition coûte extrêmement cher à réaliser.

S’il indique que le serveur Razorback 3.1 a été fermé suite à ses notifications, le BREIN reste plus vague sur les raisons de la fermeture des serveurs Razorback 3.0, 3.2 et 3.3, débranchés quelques temps auparavant.

Un impact nul sur les échanges de fichiers

L’impact de ces fermetures sur les échanges de fichiers par eMule devrait rester très faible, puisqu’aujourd’hui une grande partie des utilisateurs se connectent au réseau Kad, qui ne dépend d’aucun serveur. D’après nos observations, plus de 80 % des internautes utilisateurs d’eMule sont connectés à Kad.

De plus, chaque pression ajoutée sur eMule augmente la migration vers des solutions alternatives comme LimeWire, des logiciels de P2P sécurisés ou les newsgroups.

Surtout, l’histoire commence déjà à prouver qu’aucune action à l’encontre de réseaux P2P n’a eu le moindre effet bénéfique sur les ventes, qui continuent à s’effondrer malgré, par exemple, la saisie des serveurs Razorback 2.0 et 2.1 qui étaient en 2006 les serveurs eDonkey les plus utilisés au monde.

Contactée par Numerama, l’Association Razorback, anciennement gérante des serveurs eDonkey Razorback 2.0 et 2.1, précise d’ailleurs qu’elle n’a aucun rapport avec les serveurs fermés aux Pays-Bas. Elle ne gère plus aucun serveur de P2P depuis février 2006. Son procès n’a toujours pas abouti à la moindre condamnation sur le fond.

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