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Nicom
- Dernière réponse le 28 septembre 2004 à 20h05
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Internet Enseignant, 28 ans, et coupable idéal pix Ce passionné de musique, mais pas trafiquant, est poursuivi pour contrefaçon. Par Florent LATRIVE pix mardi 28 septembre 2004 (Liberation - 06:00) pix pix c'était le 18 août, à 6 h 20 du matin. Les gendarmes ont frappé à la porte de l'appartement qu'Alexis partage avec sa compagne, en banlieue parisienne. Perquisition courtoise, mais efficace : ils repartent avec l'ordinateur et son disque dur, plein de fichiers musicaux, et plus d'une centaine de CD gravés. «Je respecte les limitations de vitesse, je ne bois pas, je ne fume pas, mais j'avais téléchargé de la musique», dit ce brun de 28 ans en esquissant un sourire un chouïa forcé. Quelque temps plus tard, Alexis (1) a reçu sa convocation au tribunal de grande instance. Accusé de «contrefaçon», il risque jusqu'à trois ans de prison et 300 000 euros d'amende. L'industrie du disque a décidé de s'en prendre aux adeptes des services d'échanges gratuits de fichiers via l'Internet, afin de faire des «exemples». Alexis, premier cas repéré à être poursuivi, a tout de l'internaute type : ce jeune enseignant n'a jamais revendu de CD gravés avec la musique qu'il télécharge, il se dit «passionné de musique», il a continué à acheter «un ou deux disques par mois» malgré le téléchargement et il est même musicien amateur. Le message adressé aux millions d'usagers du peer-to-peer en France est on ne peut plus limpide : cela peut arriver à tout le monde. Alexis a commencé à explorer les services P2P dès qu'il a eu une connexion haut débit. «Au début, je cherchais des choses très rares, des bootlegs, certains enregistrements de concerts difficiles à trouver.» Puis il est passé à un butinage plus large, des tas de chansons «pour voir, il y en a même beaucoup que j'ai écouté seulement quelques secondes». Il a même récupéré des albums qu'il possédait déjà, parce que «mon ordinateur était relié à ma chaîne hi-fi et que c'est plus simple d'avoir un fichier que de manipuler des disques». C'est le cas d'un CD de Massive Attack, dont la protection contre la copie interdisait tout transfert vers le disque dur. Pour ce musicien amateur, le «peer-to-peer» était aussi une source illimitée de matière pour ses compositions : «Je faisais de la musique sur mon ordinateur, et j'ai téléchargé des choses que je n'aurais jamais achetées pour les sampler, en extraire des boucles.» Au fil du temps, son disque dur se remplit, jusqu'à «30 gigaoctets de musique», dit-il, soit l'équivalent de quelque 600 albums complets. Et le tout accessible au tout venant via l'Internet, comme le veut le principe du P2P. C'est ainsi qu'Alexis a été repéré, après une rapide enquête de gendarmerie pilotée par l'unité spécialisée de Rosny-sous-Bois. «Si j'avais eu la moindre idée de ce qui pourrait arriver, j'aurais cessé immédiatement», affirme-t-il. La campagne d'avertissement lancée par le Syndicat national des éditeurs phonographiques (Snep) en mai dernier ? «Je suis passé à côté, je ne sais pas ce que je faisais à ce moment-là.» Alexis avait bien entendu parler des milliers de poursuites lancées aux Etats-Unis par les majors du disque, mais il pensait que «cela ne tombait que sur des gens qui faisaient du trafic, et vendaient des CD gravés». Il a encore du mal à encaisser «cette histoire, tellement énorme pour si peu de chose». «Tout le monde télécharge, dit-il, je ne connais personne dans mon entourage qui ne le fasse pas. C'est comme l'interdiction du port du pantalon par les femmes héritée du Code Napoléon. On sait que c'est interdit mais tout le monde s'en moque.» Persuadé du caractère «disproportionné» de son affaire, Alexis refuse pour autant de parler d'injustice. «Il y a des choses bien plus graves.» Il se dit juste «amer» et dénonce «l'hypocrisie» des entreprises qui encouragent à l'usage du P2P, comme «Sony, ce genre de boîte qui vend de la musique, des baladeurs MP3 et des graveurs et qui ensuite nous tombe dessus...». Il exhume d'un dossier une publicité où est écrit : «Tu aimes vraiment la musique ? Alors prouve-le ! Avec la ligne ADSL France Télécom, télécharge tes morceaux préférés quasi instantanément.» Pour Alexis, en tout cas, «le téléchargement, c'est fini». L'abonnement ADSL a été résilié dans les jours suivants la perquisition et il a commencé à faire des réserves en prévision des frais d'avocat et d'une condamnation. Même s'il sait que le maximum de la peine est plutôt réservé aux contrefacteurs trafiquants, il se prépare à plusieurs milliers d'euros de frais. Il a vendu le piano Yamaha dont il jouait depuis dix ans, mis en vente une de ses deux guitares et interrompu son abonnement illimité de cinéma. Mais il achètera toujours des disques. «Je ne pourrai pas m'en passer». (1) Le prénom a été modifié. Ce sujet a été verrouillé par les modérateurs, il n'est plus possible d'y répondre
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Musique en ligne : la tactique du pire
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Un internaute français risque la prison pour avoir utilisé les systèmes d'échanges gratuits. Une action «pour l'exemple» qui divise le milieu artistique.
Par Florent LATRIVE
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mardi 28 septembre 2004 (Liberation - 06:00)
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et d'un : les maisons de disques avaient menacé de poursuivre des internautes s'adonnant aux échanges gratuits de fichiers musicaux via les services «peer-to-peer» (P2P) comme Kazaa, c'est fait. Libération a rencontré l'une des toutes premières cibles des producteurs (lire ci-contre). Objectif de l'industrie : faire des exemples pour décourager les Français d'utiliser les services de P2P, accusés de faire plonger les ventes de disques. Convoqué au tribunal en décembre pour contrefaçon, cet enseignant risque jusqu'à 300 000 euros d'amende et trois ans de prison. «C'est inique !, estime son avocate, Murielle Cahen. Il n'a pas fait de commerce, c'était juste pour son usage personnel.» Les producteurs demeurent pour l'instant peu diserts sur le nombre de poursuites engagées. Une vingtaine de plaintes auraient été déposées en juin, et plusieurs autres cet été, dans toute la France. «Certaines suivent leur cours», indique la Société civile des producteurs phonographiques (SCPP), qui prévoit de communiquer les premiers résultats de sa croisade antipiraterie le 7 octobre.
Critiques. Cette vague de poursuites suscite pourtant des critiques au sein même de la filière musicale. C'est le cas de plusieurs syndicats et sociétés civiles d'artistes-interprètes, qui ont fait cause commune avec des associations de consommateurs (UFC-Que Choisir, Confédération du logement et du cadre de vie ou encore Union nationale des associations familiales) afin de dénoncer une politique de répression qui oppose «frontalement les artistes et le public». En réaction aux démêlés judiciaires de l'enseignant, ces organisations ont dénoncé hier une «expédition punitive d'un autre âge» qui ne s'accompagne d'«aucune proposition permettant (...) d'inscrire les échanges de fichiers musicaux sur Internet dans un cadre légal et de permettre aux consommateurs de bénéficier du progrès technique». Convaincues qu'il est illusoire d'espérer décourager les millions d'usagers du P2P, l'Adami et la Spedidam, deux sociétés civiles d'artistes-interprètes, proposent de prélever une taxe sur les abonnements au Net afin de rémunérer la filière musicale sans criminaliser ces échanges.
«Impasse». Dans les maisons de disques, le tout-répressif soulève aussi des réserves croissantes. «C'est une impasse, il vaudrait mieux réfléchir à cette nouvelle donne, quitte à passer des accords avec les opérateurs de P2P», glisse sous condition d'anonymat le patron d'un label indépendant. Les producteurs ont d'ailleurs modéré leurs ardeurs depuis les premières menaces de poursuites en mai. Poussés par le gouvernement, ils ont accepté en juillet de signer une «charte antipiraterie» avec les fournisseurs d'accès à l'Internet : si ce texte prévoit bien des poursuites pénales, il introduit aussi deux mesures de lutte contre le P2P, moins violentes que le procès. La première consiste à envoyer des e-mails d'avertissement aux internautes. La seconde à couper l'accès Internet des plus gourmands, une mesure qui a «l'avantage de ne pas menacer les gens de prison», reconnaît un cadre de l'industrie du disque, qui avoue «craindre pour l'image de la profession». Ces deux dispositions, en cours d'examen par les producteurs, pourraient entrer en vigueur dans les semaines à venir.