La rémunération des artistes dans l'univers numérique...
Sujet ouvert par Hey00 - Dernière réponse le 17 décembre 2011 à 20h08
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Niveau droits d'auteur, s'il y a une chose sur laquelle tout le monde est d'accord, c'est qu'il faut rémunérer les artistes. Au niveau de la musique numérique, on se dit donc que l'offre légale c'est bien, vu que ça les rémunère.. Ou pas en fait, ça en rémunère certains au prorata des ventes (les artistes vedettes), les autres (les musiciens surtout), ils sont payés un forfait à l'enregistrement et ne toucheront plus rien quelles que soient les ventes en ligne.

Les explications dans cette interview de Jean-Paul Bazin, président de la société de perception et de distribution des droits des artistes-interprètes (Spedidam). A lire entièrement, c'est vraiment intéressant.

INTERVIEW - A six mois de l'élection présidentielle, Jean-Paul Bazin, président de la société de perception et de distribution des droits des artistes-interprètes (Spedidam), intensifie son combat pour que tous les artistes perçoivent une rétribution financière lorsque leur interprétation est exploitée sur Internet...

Le numérique, qui ne cesse de se développer, représente à l'heure actuelle 25% du marché de la musique. Pourtant vous rappelez aujourd'hui que seuls les «artistes vedettes» touchent quelque chose lorsque leur interprétation est exploitée sur le Web. Dans quelle situation se trouvent tous les autres artistes-interprètes?
Aujourd'hui quand quelqu'un télécharge un titre de musique légalement ou quand il écoute de la musique en streaming ou sur une webradio, les artistes-interprètes ne perçoivent aucune rémunération. Seul l'artiste principal («vedette», qui a signé un contrat avec sa maison de disque, perçoit des royalties [un pourcentage des revenus obtenus par le producteur]. Les musiciens qui ont participé à l'enregistrement mais n'ont pas signé ce contrat ne perçoivent rien par la suite même si le titre remporte du succès, car ils cèdent tous leurs droits pour les exploitations sur Internet en échange d'un unique cachet. Alors que sans ces artistes les disques ne pourraient pas se faire.

De quoi vivent alors les artistes-interprètes qui ne sont pas «vedettes»?
Ils tirent l'essentiel de leurs revenus de concerts. S'ils sont compositeurs, ils perçoivent aussi les droits d'auteur. Mais il y a une perte de travail dans le domaine du spectacle vivant. Aujourd'hui, il est facile d'utiliser des bandes. Le Lido, les Folies Bergères et le Moulin Rouge le font alors qu'avant il y avait des orchestres. En ce qui concerne la diffusion de la musique, il y a la rémunération équitable instituée par la loi Lang de 1985: les discothèques, radios, télévisions et lieux sonorisés versent une rémunération qui est perçue par une société, la SPRE. Elle répartit la somme à 50/50 entre les producteurs et les artistes. Une garantie qui n'existe pas sur l'espace numérique.

Comment se fait-il que les services commerciaux sur Internet ne génèrent aucune rémunération pour les artistes-interprètes?
On a eu plusieurs gouvernements depuis Jacques Chirac qui ont prêté leur oreille à l'industrie du disque plus qu'aux artistes. On a parlé au nom des artistes-interprètes pour faire passer certaines choses, mais ils ont été totalement exclus des discussions.

Benjamin Lancar, secrétaire national de l'UMP à la nouvelle économie, a d'ailleurs affirmé qu'il fallait avant tout protéger les maisons de disques lors de son intervention au colloque que vous avez organisé sur le sujet jeudi...
On voit bien que le discours va toujours dans ce sens là, malgré toute la pédagogie dont on a fait preuve auprès des élus.

Quelles sont vos propositions pour que cette situation évolue?
Il faut du législatif. On est dans un système où les artistes ont un rapport de force qui ne leur est pas favorable. Ils n'ont pas les moyens de pouvoir faire respecter leurs droits en dehors de la loi. Ils sont dans un rapport d'employé-employeur. Quand ils vont dans un studio et qu'on leur dit «voilà vous signez là et vous cédez tous vos droits», s'ils ne le font pas on appelle quelqu'un d'autre. C'est un chantage au travail. On veut la mise en place d'une gestion collective obligatoire dans le domaine des services musicaux à la demande. La loi déciderait alors que les plateformes de téléchargement ou les sites de streaming doivent s'acquitter d'une certaine somme, qui serait répartie aux artistes-interprètes par les sociétés civiles comme la Spedidam. Comme dans le cas de la copie privée. C'est quelque chose que l'on demande depuis longtemps. Le rapport Zelnik (janvier 2010) préconisait cette gestion collective obligatoire. Mais la mission Hogg qui a été créée pour mettre en application ces préconisations les a enterrées un an plus tard.

Aurélie Filippetti, en charge de la culture dans l'équipe de François Hollande, candidat PS à la présidentielle 2012, et Corinne Rufet, présidente Europe-Ecologie Les Verts de la commission culture de la région Île-de-France, ont manifesté leur soutien aux artistes-interprètes mais n'ont pas su se positionner de manière concrète sur les orientations à adopter...
C'est vrai que j'attends des précisions, autre chose que «oui, on est pour la défense des artistes». Tout le monde dit ça. Mais si la volonté politique est vraiment là, la mécanique on la trouvera.

Quand on voit que les discours des politiques, quelle que soit leur étiquette, sont encore flous à six mois de la présidentielle sur ce sujet qui ne semble pas très bien maîtrisé, vous n'avez pas peur que vos propositions restent encore lettre morte?
Le droit des artistes-interprètes est arrivé seulement en 1985, c'est très jeune contrairement au droit d'auteur. Ca peut être très compliqué pour des non spécialistes. Mais s'il y a une réflexion en cours ça peut aller vite. Il peut se passer plein de choses en six mois.

L'UMP comme le PS et Europe-Ecologie les Verts ont beaucoup évoqué l'Hadopi pendant ce colloque...
Je n'ai pas d'avis pour ou contre. Qu'Hadopi existe ou pas, ça ne change pas notre situation. Qu'elle réussisse à enrayer le téléchargement illégal ou pas, ou qu'elle réussisse à faire en sorte que les plateformes légales se développent de façon massive, non plus. On aura toujours zéro rémunération. Le seul qui peut régler le problème c'est le législateur.


Source : http://www.20minutes...hantage-travail
Autres sources : www.ecrans.fr/Musique-en-ligne-les-petites-mains,13742.html (la virgule dans le lien casse le parser, donc copiez collez le) et http://www.actualitt...liath-30554.htm
Bizarrement, ce sont les seules sources que j'ai pu trouver sur le sujet.
3 réponses
Inscrit le 18/10/2008
1271 messages publiés
Hey00, le 16/12/2011 - 23:09

INTERVIEW - A six mois de l'élection présidentielle, Jean-Paul Bazin, président de la société de perception et de distribution des droits des artistes-interprètes (Spedidam), intensifie son combat pour que tous les artistes perçoivent une rétribution financière lorsque leur interprétation est exploitée sur Internet...

Le numérique, qui ne cesse de se développer, représente à l'heure actuelle 25% du marché de la musique. Pourtant vous rappelez aujourd'hui que seuls les «artistes vedettes» touchent quelque chose lorsque leur interprétation est exploitée sur le Web. Dans quelle situation se trouvent tous les autres artistes-interprètes?
Aujourd'hui quand quelqu'un télécharge un titre de musique légalement ou quand il écoute de la musique en streaming ou sur une webradio, les artistes-interprètes ne perçoivent aucune rémunération. Seul l'artiste principal («vedette»), qui a signé un contrat avec sa maison de disque, perçoit des royalties [un pourcentage des revenus obtenus par le producteur]. Les musiciens qui ont participé à l'enregistrement mais n'ont pas signé ce contrat ne perçoivent rien par la suite même si le titre remporte du succès, car ils cèdent tous leurs droits pour les exploitations sur Internet en échange d'un unique cachet. Alors que sans ces artistes les disques ne pourraient pas se faire.

Le maçon qui a participé à la construction d'une maison ne touche pas de royalties pour chaque nuit que le propriétaire passe dans ladite maison. L'ingénieur qui a participé à la conception d'un moteur ne touche pas de royalties pour chaque vente d'un exemplaire du moteur, ni l'ouvrier qui a participé à sa construction. Je ne paye pas à Rowenta des royalties chaque fois que je passe l'aspirateur, ni à Fiat à chaque fois que je prends une voiture. Pourquoi un interprète qui jouerait pour un album devrait obligatoirement toucher des royalties à chaque vente, diffusion, téléchargement, streaming, copie sur support vierge etc. de l'album ? Pense-t-il qu'ils sont si différents d'un maçon, d'un ingé ou d'un ouvrier pour avoir droit à des privilèges ? C'est con à dire, mais c'est la vie, il faut bosser comme tout le monde au lieu d'essayer d'étendre encore la portée de certaines lois abusives.


Benjamin Lancar, secrétaire national de l'UMP à la nouvelle économie, a d'ailleurs affirmé qu'il fallait avant tout protéger les maisons de disques lors de son intervention au colloque que vous avez organisé sur le sujet jeudi...
On voit bien que le discours va toujours dans ce sens là, malgré toute la pédagogie dont on a fait preuve auprès des élus.

Par rapport à ce que dit l'interviewé sur Hadopi, en gros, cette "pédagogie" se limite à quelque chose comme "Hadopi, on s'en fout et on se fiche des problèmes sur le plan des libertés que ça peut poser parce que ça ne nous rapporte rien, donnez-nous de l'argent, trouvons des choses à taxer". Lui aussi, il y a une certaine "pédagogie" qu'il a loupé : si les interprètes se fichent de leur public, ça va contre leurs intérêts. Divisés, on se fait tous entuber par les majors. Et il parle de pédagogie, alors que tout ce qu'il veut, c'est d'avoir des privilèges, mais ils sont trop petits et finissent par se faire bouffer par plus gros qu'eux. C'est triste, quelque part.

Pourtant, avec le mécénat global, il serait possible d'élaborer quelque chose qui puisse satisfaire les artistes, les interprètes et le public (et bye-bye les intermédiaires vendeurs de plastique devenus inutiles).
Inscrit le 17/03/2008
1525 messages publiés
bronto, le 17/12/2011 - 17:04

Le maçon qui a participé à la construction d'une maison ne touche pas de royalties pour chaque nuit que le propriétaire passe dans ladite maison. L'ingénieur qui a participé à la conception d'un moteur ne touche pas de royalties pour chaque vente d'un exemplaire du moteur, ni l'ouvrier qui a participé à sa construction. Je ne paye pas à Rowenta des royalties chaque fois que je passe l'aspirateur, ni à Fiat à chaque fois que je prends une voiture. Pourquoi un interprète qui jouerait pour un album devrait obligatoirement toucher des royalties à chaque vente, diffusion, téléchargement, streaming, copie sur support vierge etc. de l'album ? Pense-t-il qu'ils sont si différents d'un maçon, d'un ingé ou d'un ouvrier pour avoir droit à des privilèges ? C'est con à dire, mais c'est la vie, il faut bosser comme tout le monde au lieu d'essayer d'étendre encore la portée de certaines lois abusives.


+1.

Quand j'ai lu l'interview, il y a un mot qui m'est venu immédiatement à l'esprit: "rente".

Pour moi, il y a un choix de société a faire, là:
- Soit on considère que tout travail est "breveté" en quelque sorte par son artisan:
Ainsi, on n'achète plus une table, ou une voiture: On la loue à son créateur, avec un versement chaque mois (dans le cas des voitures justement, la formule existe déjà). Et on continuera à louer tout ce que l'on utilise.
- Soit on achète les choses, comme actuellement - et ça implique un transfert de propriété.
Lorsque mon patron me paye pour un programme informatique, si lui arrive (je ne sais par quel miracle... ) a en tirer des millions d'euros, je ne peux quand même prétendre qu'a mon salaire, ou au prix négociée de la prestation. Ni plus, ni moins.

A titre personnel je trouve que la 1ère méthode deviendrais vite complexe à gérer.... à moins de passer par des intermédiaires qui se chargeraient de l'intendance, et qui, en étant "proxy", se feraient, encore, des corjones en platine....
Mais techniquement, en terme de pur "niveau de vie quotidien" on pourrais avoir la même chose dans les 2 modèles de société.
Inscrit le 06/08/2009
800 messages publiés
Je suis bien d'accord avec vous, la rente, je suis contre, mais ce n'est pas ce qui rends l'article intéressant.

Il l'est car il montre la différence de traitement entre les artistes : Pourquoi l'artiste vedette et le compositeur aura t-il droit à une rente et pas les musiciens ?
La différence aussi entre numérique et autre : les musiciens touchent des royalties sur les diffusions radios ou ventes physiques mais pas sur les ventes numériques. Pourquoi ? Ou va l'argent ?

Et surtout le point le plus important :
On a eu plusieurs gouvernements depuis Jacques Chirac qui ont prêté leur oreille à l'industrie du disque plus qu'aux artistes. On a parlé au nom des artistes-interprètes pour faire passer certaines choses, mais ils ont été totalement exclus des discussions.

Ca montre bien la situation, on a fait passer dadvsi, hadopi, on fait des colloques et autres, mais on ne donne JAMAIS la parole aux artistes, on la donne aux maisons de disques, éditeurs, producteurs, qui prétendent les représenter.

Comme lors de cette conférence de l'e-g8 où sur les 7 personnes invitées, Barlow était le seul artiste parmi une bande de vendeurs qui veulent tous un droit plus dur, "au nom des artistes". Ce qu'il fait d'ailleurs bien remarquer des le début en disant qu'il est le seul du panel créer ce que les autres appellent de la propriété intellectuelle. http://www.__youtube...h?v=U0Nl2Xnmd5g
[message édité par Hey00 le 17/12/2011 à 20:10 ]

Tous les champs doivent être remplis.

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