Internet est un révélateur, et non la cause de la crise de la presse é

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Simon Robic , sujet ouvert le 20/10/2011 à 16:58
Télérama a publié mardi un article le poids insoupçonné et impressionnant d'Air France dans le financement de la presse française. On y apprend que la compagnie aérienne est le plus gros client des éditeurs de journaux à qui elle commande des dizaines de milliers d'exemplaires chaque jour. "Air France pèse donc entre 15 et 20% des ventes de la presse quotidienne nationale", explique le magazine.
Par ailleurs, les titres de presse perdent une partie de leurs recettes publicitaires. Comme le montrait INAGlobal, l'Equipe a perdu 17,63% de ses revenus entre juin 2010 et juin 2011, en chutant de la première à la quatrième place des quotidiens les plus lus de France. Et la crise est généralisée à l'ensemble des titres, ce qui renforce la dépendance de la presse papier à des entreprises comme Air France et plus globalement à la "vente par tiers".
Une pratique répandue
En effet, la compagnie aérienne n'est pas la seule à commander des volumes gigantesques aux éditeurs. Les chaînes hôtelières, par exemple, proposent de nombreux titres en libre service à leurs clients. C'est notamment le cas de Groupe Accor, premier hôtelier mondial, qui achète des titres pour ses 1400 hôtels en France. Nombreuses sont, également, les entreprises abonnées qui laissent les journaux à disposition de leurs clients dans leurs salles d'attente, des journaux qui restent souvent fermés et finissent dans la pouvelle le soir sans avoir été lus.
Selon l'OJD, l'association pour le contrôle de la diffusion des médias, le Figaro, premier quotidien national français, distribue 323 885 exemplaires de son journal chaque jour. Près de 30% de son tirage est destiné à la vente par tiers.
Les annonces légales : juteuse obligation
Dans le chiffre d'affaire des journaux viennent également s'ajouter les annonces légales. Si certaines sont réalisées dans des publications spécialisées, comme le BALO (Bulletin des Annonces Légales Obligatoires), elles sont souvent publiées dans des journaux régionaux ou nationaux, dont la liste est pré-établie. Les entreprises doivent obligatoirement publier leur avis de constitution, leurs modifications de statuts, leurs changements de gérant ou de siège social, etc. Pour la publication d'une constitution, il faut, par exemple, compter entre 100 et 200 euros en fonction des titres. En 2010, 622 000 entreprises ont été créées en France.
Les fonds publics
Enfin, la France a mis en place un système d'aides publiques à la presse pour "favoriser un certain pluralisme du paysage médiatique". Ces aides concernent aussi bien des tarifs postaux préférentiels pour l'acheminement des journaux, des abattements sur les cotisations sociales "dues par les agences ou entreprises de presse", des aides à la presse française à l'étranger ou des aides à la presse en ligne, comme le SPEL. Numerama a déjà eu l'occasion de critiquer ces aides qui ne bénéficient, en grande partie, qu'aux poids lourds de la presse écrite. De même, Nicolas Voisin, fondateur d'OWNI.fr, avait également eu l'occasion de s'exprimer sur l'impact sur son équipe de la non-attribution de cette subvention que 22Mars, la maison mère du magazine en ligne, attendait.
"Les jeunes entreprises qui innovent comme 22Mars/OWNI doivent faire leurs preuves dans des délais bien plus courts. Le soutien des mécanismes publics peut s'avérer décisif dans ce contexte. Le Fonds SPEL est un de ces mécanismes, et je regrette que, dans ses règles actuelles, le SPEL soit mieux adapté à des entreprises de presse " papier " déjà bien établies qu'à des pure-players innovants", écrit Nicolas Voisin.
Ces aides, qui prennent la forme de subventions ou d'avances remboursables, se sont pourtant élevées à 1055,9 millions d'euros pour la seule presse écrite (papier ou en ligne) en 2010. Ces chiffres ne prennent d'ailleurs pas en compte les niches fiscales dont bénéficient les journalistes et dont Slate.fr nous rappelait l'existence.
Le grand méchant loup numérique
Malgré ces aides et ces abonnements qui ne dépendent pas des lecteurs, la presse française continue de fustiger le numérique, et la gratuité qui en dépend souvent, comme des facteurs dominants dans la crise qu'elle traverse. Libération avait, ainsi, proposé une taxe sur les fournisseurs d'accès à Internet pour financer la presse papier. "Il s'agit de rectifier les flux d'argent actuels au profit des rédactions" expliquait Laurent Joffrin, alors directeur de la rédaction du quotidien.
Quatre syndicats ont également récemment listé une série de griefs à destination d'Apple et de son kiosque à journaux apparus avec la nouvelle version de son OS mobile. "Les conditions commerciales imposées par Apple sont aujourd'hui inacceptables. Elles fragilisent le modèle économique de la presse, et réduisent à terme les choix proposés aux internautes". Le modèle économique auquel il est fait référence est-il ce mélange d'abonnements, d'aides et de publications légales dont nous parlons dans cet article ?
En définitive, la presse s'inquiète de la chute des ventes au numéro et à l'abonnement qui, à l'image de France Soir qui va stopper sa diffusion papier, entraine également une chute des recettes publicitaires. Si en 2009 (derniers chiffres que nous avons), certains titres ont perdu entre 10 et 30% de leurs recettes publicitaires, en partie à cause de cette diminution des ventes, la presse est finalement depuis longtemps gratuite ou presque pour ses lecteurs, et financée indirectement par les dispositifs que nous avons détaillés ici.
Internet n'est donc pas l'origine du problème mais, au contraire, un formidable moyen pour la presse d'innover et de trouver de nouvelles sources de revenus pour être moins dépendante de la vente par tiers qui, comme le souligne Telerama, entraîne également des problèmes d'indépendance éditoriale.

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21 réponses
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1720 messages publiés
l'article est à mon avis un peu réducteur car s'il s'applique aux "grands" journaux (Le monde, Le figaro, les échos et autres ), la vente par paquet de 10000 ne se fait pas pour le Dauphiné Libéré et autres publications régionales.
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1276 messages publiés
Message de la Fondation Hergé :
Vous avez utilisé une image provenant d'un album de Tintin, vous devez en conséquence 3207 € en droits d'auteur à notre fondation.
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@Melpheos la PQR touche aussi ses grasses subventions publiques, t'inquiète...
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1 messages publiés
Les clients d'Air France et des hôtels payent les journaux et magazines mis à leur disposition (inclus dans le prix du billet et de la chambre) !

Normal que l'Equipe chute de la première à la quatrième place des quotidiens les plus lus de France, les résultats sportifs sont disponibles en temps réel sur Internet (et pas seulement sur www.lequipe.fr ...) !
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282 messages publiés
J'approuve à 8000% l'article.
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45 messages publiés
si les journaux étaient écrits par des journalistes compétents et professionnels, et ce la à prix abordables, il n'y aurait même pas débat
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Y a le problème des éditocrates inféodé au pouvoir qui se baladent sans cesse sur les plateaux pour sortir des énormités (Duhamel,FOG,Christophe Barbier, KAHN etc...), mais surtout nous dire ce que nous devons penser. ça dégoute un peu de la presse.
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799 messages publiés
badwolf, le 20/10/2011 - 17:42
si les journaux étaient écrits par des journalistes compétents et professionnels, et ce la à prix abordables, il n'y aurait même pas débat


Alors attention à l'argument du prix : les prix de la presse écrite en kiosque sont extrêmement bas en réalité, et ce pour une bonne raison, c'est que le lecteur paye à peine le papier, l'encre et le transport qui ont servi à l'impression.

Le prix de la presse est très bas car il est très largement subventionné.

En effet, les revenus des journaux et magazines papiers, c'est la PUBLICITE, et certainement pas les recettes de la vente en kiosque.

Ce qui bouffe la presse écrite, ce n'est pas le manque à gagner des unités non vendues en kiosque, c'est la chute du nombre de lecteurs, donc l'audience, qui fait ensuite baisser les recettes publicitaires.

Donc, oui peut-être qu'internet est responsable de la noyade de la presse écrite, mais en provoquant surtout une chute de l'audience de cette même presse.

Ou peut-être qu'internet n'est pas responsable. Mais même si internet est responsable, j'ai envie de dire : et alors ?

C'est comme ça, hein, c'est le libre-marché bien-aimé tant défendu par cette même presse qui fait que les gens sont libres d'aller sur internet au lieu de lire les pamphlets orientés des éditorialistes girouette nullissimes.
Si on veut faire payer les gens, il faut offrir de la valeur. Comme le canard enchainé.

Qui, lui, arrive a vivre avec un prix de vente misérable et pas de pub, parce qu'il propose de la qualité.
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2255 messages publiés
+1 pour SoftAngel, avec un bonus pour la référence à l'exemplaire Canard qui, lui, est tellement de qualité qu'il n'a pas besoin d'aller sur le Net pour grappiller.

Il a aussi les exclusivités et surtout les balloches de mécontenter les annonceurs et les pourvoyeurs d'aide des autres torchons.

Et puis faut pas oublier les bistrots: un journal mis à disposition des clients chaque matin, ça passe bien avec le café.
Inscrit le 21/03/2009
1790 messages publiés
Article très intéressant, je n'avais pas conscience que la presse papier était elle aussi essentiellement gratuite (*) pour pas mal de lecteurs.

(*) en fait rien n'y est vraiment : Un hôtel qui achète des revues, la prix de la revue se retrouve surement dans le prix de la chambre...

Ayant lu ceci, il n'y a pas lieu de s'étonner que les formules de magazines virtuels aient du mal à décoller.

Quant à la presse plus "spécialisée", cad pas des magazines qu'on lit et puis qu'on jette mais des magazine qu'on garde (magazine propre à une passion, par exemple) : J'en lis, je me les paye (c'est pas un hôtel ou mon médecin qui me les payera), et je préfère les avoir en papier pour ne pas les perdre (je ne crois pas du tout à la pérennité des informations sous forme numérique).
[message édité par identifiant le 20/10/2011 à 21:13 ]
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106 messages publiés
Attention, l'institution qu'est 'le Canard' est tres particuliere: le journal possede ces rotatives, pas de presence en ligne, c'est une cooperative... ils sont assient sur un tresor de guerre (ne serais-ce que les archives du Canard elles-memes)

Pour les autres journaux a parution papier, ils sont tellements subventionne et proteger, qu'au moindre coup de vent ils s'enrhument, ca me fait pense a feu ma grand-mere, qui ne bougaie pas de son fauteuille et qui passait son temps a monter la temperature en disant "j'ai froid"...
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1720 messages publiés
wilnock, le 21/10/2011 - 03:03
Attention, l'institution qu'est 'le Canard' est tres particuliere: le journal possede ces rotatives, pas de presence en ligne, c'est une cooperative... ils sont assient sur un tresor de guerre (ne serais-ce que les archives du Canard elles-memes)

Pour les autres journaux a parution papier, ils sont tellements subventionne et proteger, qu'au moindre coup de vent ils s'enrhument, ca me fait pense a feu ma grand-mere, qui ne bougaie pas de son fauteuille et qui passait son temps a monter la temperature en disant "j'ai froid"...
ce qui veux dire aussi quand lorsqu'il y a une grève des imprimeurs, le canard reste disponible
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1492 messages publiés
wilnock, le 21/10/2011 - 03:03
Attention, l'institution qu'est 'le Canard' est tres particuliere: le journal possede ces rotatives, pas de presence en ligne, c'est une cooperative... ils sont assient sur un tresor de guerre (ne serais-ce que les archives du Canard elles-memes)

Pour les autres journaux a parution papier, ils sont tellements subventionne et proteger, qu'au moindre coup de vent ils s'enrhument, ca me fait pense a feu ma grand-mere, qui ne bougaie pas de son fauteuille et qui passait son temps a monter la temperature en disant "j'ai froid"...


Le canard a une ligne éditorial et économique pleinement assumé ... les abonnements et le capital foncier assure de juteuses recettes ... les dépenses sont réfléchis comme l'impression en couleur qui a toujours été refusé ...

Ils n'ont jamais voulu de site internet car ça risquait de leur faire perdre des abonnements et ca n'est pas leur métier ...


Le canard ne suit pas les modes marketing ... çà lui réussit ...
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1492 messages publiés
Melpheos, le 21/10/2011 - 09:12
wilnock, le 21/10/2011 - 03:03
Attention, l'institution qu'est 'le Canard' est tres particuliere: le journal possede ces rotatives, pas de presence en ligne, c'est une cooperative... ils sont assient sur un tresor de guerre (ne serais-ce que les archives du Canard elles-memes)

Pour les autres journaux a parution papier, ils sont tellements subventionne et proteger, qu'au moindre coup de vent ils s'enrhument, ca me fait pense a feu ma grand-mere, qui ne bougaie pas de son fauteuille et qui passait son temps a monter la temperature en disant "j'ai froid"...
ce qui veux dire aussi quand lorsqu'il y a une grève des imprimeurs, le canard reste disponible


La réponse est oui ... une fois je ne l'ai pas trouvé en kiosque ... je leur ai demandé si il y avait une grève sur mon département ... comme il y en avait bien une ... ils m'ont envoyé un exemplaire du journal ... c'est d'abord cela le canard ... une volonté d'informer ...
Inscrit le 09/03/2009
75 messages publiés
On peut aussi chercher la réponse à cette chute dans la ligne éditoriale similaire d'à peu près tous les quotidiens.
Quand on voit le parti pris de la presse (quotidienne) sur des sujets comme le TCE, c'est logique que de moins en moins de monde se reconnaisse dedans, et donc achète.
Quand je lis certains éditos en première page, je suis plutôt stupéfait de voir à quel point des professionnels de l'observation du monde sont déconnectés de la réalité qui sévit depuis 30 ans.
La presse ne remplit plus son rôle d'investigateur, de quatrième pouvoir, et ne fait que recracher les notes de l'AFP.

Pour avoir une information diversifiée, avec des avis contraires, exprimés pleinement (pas comme quand, sous prétexte de débat, on donne la parole à un personnage très important et charismatique pour défendre un point de vue et à un pauvre type qui n'arrive pas à articuler trois phrases cohérentes pour défendre l'autre), il ne reste plus qu'internet.
[message édité par FatBob le 21/10/2011 à 10:00 ]
Inscrit le 25/05/2011
579 messages publiés
L'article oubli de préciser les grandes écoles, qui commandent également bon nombre de journaux quotidiens (entre 100 et 1000 par école)

Mais je me demande quelque chose, si l'équipe perd une part de ces revenus publicitaires dans son journal, qu'en est il de ces revenus sur son site internet ? Idem pour le monde ? Ces sites d'informations sont remplis de publicité (chose que je comprends allégrement car l'information à cette endroit est gratuite). Je crois qu'il faut voir le problème dans sa globalité, et non pas sur un seul des différents moyens de publication!
Inscrit le 23/07/2010
106 messages publiés
Il ne faut pas enterrer la presse papier trop vite non plus, il existe de bon hebdo et des mensuelles qui ont beaucoup de succes, en particulier Causeur ou XXI, ainsi que des revue un peu plus specialise, comme Pix'n'love...

D'un autre cote, il est evidednt que le "quotidien papier generaliste a distribution national" c'est une aberration technologique surtout au XXIieme sciecle. Le milliards de subvention et de credit/cadeaux fiscau offert a la presse generaliste en 2010 est une betise absolue. Les syndicats de marechales ferrands, ainsi que les syndicats de producteurs de bougie, autres producteurs de glaces doivent se retourner dans leurs tombes (chacun de ces syndicats on tente a leurs epoque de faire barrage aux technologies qui les absorbaient)
Inscrit le 22/02/2009
3904 messages publiés
Ca on le sait depuis longtemps : on a des medias corrompus pour une bonne partie, et la presse écrite est misérable en France.

Ya qu'à voir le bouquin sarko m'a tuer, dès que des journalistes font du travail de fond, on leur colle l'espionnage sur le dos.

Un vrai journaliste d'investigation ferait terriblement de degats en France... Mais il n'y en a pas...

L'exemple du canard est révélateur : la presse serait peut-être aussi plus lue si elle était moins nulle.
[message édité par Goldoark le 21/10/2011 à 12:46 ]
Inscrit le 08/10/2010
225 messages publiés
l equipe se diversifie avec france france foot l equipe vent aussi des bd et des livre genre encyclo sur le velo
Inscrit le 10/07/2008
3476 messages publiés
Je crois qu'on oublie un facteur: la médiocrité du journalisme qui ne fait plus que rarement son travail d'investigation et d'analyse. L'information est uniformisée, superficielle, tronquée, tendancieuse et je préfère m'informer en recoupant des sources internet.
Inscrit le 09/02/2009
872 messages publiés
FatBob, le 21/10/2011 - 09:59
On peut aussi chercher la réponse à cette chute dans la ligne éditoriale similaire d'à peu près tous les quotidiens.
Quand on voit le parti pris de la presse (quotidienne) sur des sujets comme le TCE, c'est logique que de moins en moins de monde se reconnaisse dedans, et donc achète.
Quand je lis certains éditos en première page, je suis plutôt stupéfait de voir à quel point des professionnels de l'observation du monde sont déconnectés de la réalité qui sévit depuis 30 ans.
La presse ne remplit plus son rôle d'investigateur, de quatrième pouvoir, et ne fait que recracher les notes de l'AFP.

Pour avoir une information diversifiée, avec des avis contraires, exprimés pleinement (pas comme quand, sous prétexte de débat, on donne la parole à un personnage très important et charismatique pour défendre un point de vue et à un pauvre type qui n'arrive pas à articuler trois phrases cohérentes pour défendre l'autre), il ne reste plus qu'internet.


mouais , il ne reste plus qu'onternet......quand on lit les conneries que sont capables d'écrire rue89 , on est pas loin de la qualit de paris match , je ne parlerais meme pas de media part qui s'il etait un journal papier serait le parfait nettoyant pour une mouette malade
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