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Sandrine DARAUT
Université Toulouse 1 Capitole
UT1- Capitole – Manufacture des Tabacs, 21 allée de Brienne. 31000 Toulouse
E-mail : sandrine.daraut@univ-tlse1.fr
Systèmes d'information et apprentissage: essai d'une épistémologie
Résumé
L'objectif de cet exposé est de développer un raisonnement épistémologique visant à reconstruire les mécanismes organisationnels de formation et d'accumulation cognitive. L'essai étant ardu, le propos se veut généraliste... Du moins, assez modestement, l'outil informationnel se trouve au coeur de la réflexion et de la pédagogie d'ensemble; en tant que vecteur de mémorisation et de communication du savoir, relayé par des Technologies de l'Information et de la Communication (TIC) pouvant faciliter l'apprentissage individuel et collectif. Dans ce cadre, la figure clef de la représentation permet de lier l'individu au collectif ainsi qu'à la structure d'action, par le biais d'une perpétuelle reconstruction de la relation contexte(s) d'action – participant(s) à l'action collective. A mesure et simultanément, les savoir-faire sont assimilés, actionnés et transmis; cette cohésion d'ensemble – gage de confiance – permet aussi de faire face à la gestion de constants aléas environnementaux. En effet, tout comme le contexte influence l'acteur, ce dernier peut quotidiennement s'autonomiser en créant des arrangements structurels intégrant les Systèmes d'Information Organisationnels et les technologies qu'il maîtrise... Une telle dynamique structurante ne peut, cependant, être mise en oeuvre que si les architectures technico-organisationnelles le permettent de par leur élasticité; de surcroît, une telle mise en oeuvre nécessite des compétences de coordination visant à l'articulation - également dans l'espace - des sphères individuelles et collectives de représentation, tout comme d'apprentissage.
Mots-clé : Représentations – Connaissances – Compétences – Apprentissage – Système d'Information Organisationnel – Coordination – Confiance – Liberté – Mémorisation – TIC .
Information Systems and learning: an essay at an epistemology
Abstract
The objective of this presentation is to develop an epistemological reasoning aimed at rebuilding the training and knowledge accumulation organizational mechanisms. The essay is hard, and so the intention is general... At least, quite modestly, informational tool lies at the heart of the debate; as a knowledge memorization and communication vehicle, relayed by Information and Communication Technologies (ICT) may help the individual and collective learning. In this context, the key-figure of representation permits of linking the individual with the collective and the structure of action, through a perpetual rebuilding of the relation 'context(s) of action – participant(s) to collective action'. Successively and simultaneously, know-how are treated, operated and transmitted; this general cohesion – a pledge of trust – also induces to face constant environmental hazards. Indeed, just as the context influences the actor, the latter may daily takes his autonomy by creating structural arranging, including Organizational Information Systems and technologies he masters... However, such a dynamic structure can be implemented, only if the organizational technical architectures permitting – because of their elasticity; moreover, such an implementation requires coordination skills aiming at the articulation of the representation as well as learning individual and collective spheres.
Keywords: Representations – Knowledge – Skills – Learning – Organizational
Information System – Co-ordination – Trust – Freedom – Memorization – ICT.
JEL : A12 – D8 – J24 – 031
« L'amour de la justice et de la liberté
A produit un fruit merveilleux
Un fruit qui ne se gâte point
Car il a le goût du bonheur »
(P. Eluard, « Le visage de la paix », 1951).
Dans quelle mesure le Système d’Information d’une Organisation (SIO) peut-il permettre d’articuler les dynamiques individuelles et organisationnelles d’apprentissage ? Ce travail tente, ainsi, de répondre à la question centrale, en économie, des transferts cognitifs entre l’individu et l’organisation – en tant que construit d’action collective. Aussi, l'individu, dans une société, est doué d'une psychologie et d'une identité qui caractérisent son unicité. De ce point de vue, l'environnement technico-organisationnel et la mise en situation de l'individu permettent la réappropriation d'une histoire et d'une mémoire, associées à un sujet – capable d'interpréter des agissements au regard d'un arbitrage entre représentations et objectifs, au regard d'un apprentissage relatif à ses actions passées, ainsi qu'aux relations entretenues avec l'organisation et l'ensemble de ses membres.
En conséquence, au travers d'un tel comportement critique – intrinsèque à l'acteur apprenant – nous pouvons nous interroger sur la définition d'une rationalité organisationnelle ou collective – eu égard à l'action.
Dans cette perspective, le SIO – en tant qu’artefact collectif permettant de stocker, communiquer, traiter les résultats des processus d’apprentissage – s’inscrit, d’emblée, dans une dialectique mémoire collective (stock)/mémorisation individuelle (communication, traitement des informations). Le bridge ou le no-bridge entre sphère organisationnelle et sphère individuelle pourrait, dès lors, renfermer les dimensions suivantes; d'une part, la connaissance organisationnelle se trouve diminuée par des problèmes d'explication et de diffusion des informations. D'autre part, une structure de synthèse et de mutualisation des connaissances et expériences renvoie à l'existence d'une intelligence organisationnelle, résultante d'un effet systémique et de structure, qui est tant associé à un encadrement institutionnel qu'à une mise en correspondance des idées, des compétences et des pratiques (S. Daraut, M. Kechidi, 2006).
Dans le cadre flexibilisé de la coordination interindividuelle – médiatisée par le double rapport; à l’outil de travail et à la communauté de pratique – des trajectoires technico-organisationnelles peuvent se structurer. De telles dynamiques prennent notamment sens autour d’une appropriation sélective des connaissances et des technologies – par les membres de l’organisation – et dans la production et la reproduction des structures sociales via une mobilisation contextualisée des règles et des ressources, en cours d’action. En réalité, la mouvance des environnements d'action tout comme l'impossibilité d'optimiser le processus d'évaluation inhérent à la prise de décision impliquent un raisonnement tâtonnant, où le continuel changement induit une construction des choix dans l'action et dans son interprétation. Aussi, la négociation des règles du jeu organisationnel peut s'accompagner d'une évolution du système représentationnel – individuel et collectif – suivant un mouvement de valorisation subjective de tels ou tels éléments du cadre d'interactions (N. Couix, 1997). C'est, donc, au travers d'un processus dual de structuration que les supports et vecteurs – tant humains que technologiques – de diffusion cognitive prennent place dans une représentation organisationnelle routinière, basée sur les interactions et les capacités d'apprentissage. Cette co-construction, co-évolution de l'acteur et de son environnement d'action laisse place, aussi bien, à une représentation de la dimension hiérarchique, qu'à la créativité et l'émergence relatives au caractère incertain des dynamiques de coordination et d'apprentissage.
I- LE SIO COMME SUPPORT D’APPRENTISSAGE
Il est aujourd'hui commun de relever que les nouveaux rapports à l’information privilégient la mémorisation, la rapidité d’accès et de circulation en s’appuyant, en particulier, sur des technologies de l’information et de la communication et sur tout un ensemble d’institutions qui régulent des flux informationnels de plus en plus denses. Cependant, il convient surtout de rappeler que ces nouveaux rapports constituent également des rapports à la connaissance et au savoir, rapports sans lesquels l’information n’a littéralement pas de sens. En tant que donnée, cette information ne va acquérir quelques utilités pour une firme ou un groupe d’individus qu’après avoir fait l’objet de divers travaux d'appropriation, de contextualisation, d’élaboration et de mise en forme. En ces termes, un choix technologique sera fonction de l'expression précise d'un usage voire d'une durée d'exploitation, dans la perspective d'une évaluation et d'une valorisation de la production cognitive. En réalité, le fait que les différents supports technologiques de diffusion puisent se compléter amène à repenser la distribution sous-jacente des différents acteurs du domaine (C. Ducourtrieux, 2004). Le cadre institutionnel est encore à stabiliser... Dans la trajectoire d'une légitimité perceptible.
Dans un second temps, cette information ne pourra être acquise ou assimilée – et, donc, éventuellement transformée en connaissance ou savoir – que via un long processus de maturation et d’adaptation – suivant l’échéancier d’objectifs de l’utilisateur potentiel.
Ainsi, outre la nature du canal de transmission ainsi que les connaissances et savoirs respectifs de l’émetteur et du récepteur – qui nous renvoient au contexte socio-économique de l’action tout autant qu’aux capacités de mémorisation des individus – il s’agit de mettre en ½uvre un construit relationnel un tant soit peu transférable… En ces termes, les connaissances individuelles se trouvent quelque peu objectivées dans une pratique révélant une valorisation pragmatique de tel(s) ou tel(s) savoir(s) articulé(s) à la conscience de l'acteur compétent via un substrat symbolique, qui structure la mémoire cognitive à partir d'un tissu représentationnel (J-L. Le Moigne, 1999). Aussi, au-delà de simples questionnements technico-organisationnels, de droit et de gestion, il semblerait nécessaire d'appréhender les changements relatifs aux tâches et compétences individuelles; et ceci, dans la perspective d'une réelle considération des producteurs, récepteurs et diffuseurs de l'information.
D'un point de vue épistémologique, il est donc ici tangible que l'acteur social, doué de « l'invention du quotidien » (A-M. Chartier, J. Hébrard, 1988) ou de la pratique quotidienne et ordinaire d'un environnement d'usage et d'apprentissage inédit, réfléchit, dans son aptitude à mobiliser une base de représentations quant aux multiples comportements d'autrui ainsi qu'aux ressources d'action qui l'entoure (C. Poissenot, 2004). Plus précisément, selon N.J. Belkin (1978), un individu communique en conscience quant à une défaillance de son substrat cognitif. Dès lors, la personne, douée de connaissance, ne pourra abonder ce substrat que via l' « expérience sensible » (A.L. Dick, 1999, p. 307), la pratique du réel environnant; ou bien, via une communication interrogative, des questionnements « que le sujet connaissant adresse à la réalité » (R. Boudon, 1987, p. 129).
1. L'organisation comme dépositaire de schémas d’action transférables
Quand on sait que la production et le renouvellement de la coopération constituent le problème principal des organisations (notamment pour celles qui innovent), il devient prégnant de s’interroger sur les potentiels de transmission des connaissances (et, des compétences) individuelles – justement (en partie) objectivées via des outils collectifs de cognition. Il est, ici, assez difficile d'envisager un pur processus stratégique de capture, synthèse, organisation, diffusion et exploitation des savoirs et savoir-faire (L.J Ponzi, M. Koenig, 2003), alors que la connaissance relève de ce que chacun sait - « entre ses deux oreilles » (T.D. Wilson, 2002) - à la différence de données totalement manipulables ou d'informations transférables, en tenant compte du contexte de communication et de mobilisation. La connaissance intègre, en effet, en puissance et subjectivement, des éléments de motivation et de créativité des acteurs sociaux. La culture organisationnelle peut, cependant, encourager les initiatives individuelles et collectives innovantes, en matière d'apprentissage et d'accès aux savoirs et savoir-faire.
Dans un premier temps - et, toujours dans une perspective d’accumulation et de sauvegarde des capacités productives - nous pourrions penser que les individus organisés prennent leurs décisions relativement aux schémas cognitifs conventionnellement admis au sein des organisations (P. Petit, 1993). En effet, logiquement, la mise en cohérence de différentes compétences, centrées sur des domaines d’intervention spécifiques, passe par une communication intra-organisationnelle entre différentes spécialisations; aussi, est postulée la possession d’un langage commun entre les différents agents (C. Le Bas, E. Zuscovitch, 1993). Néanmoins, c’est sans parler des savoirs tacites et non formalisés. Or, de telles connaissances – mémorisées par l'individu – sont sans cesse mobilisées – automatiquement – dans la mise en ½uvre de savoir-faire.
L'explication et l'objectivation de la connaissance n'est toujours que partielle, la mise en acte des compétences intégrant un champ d'application des règles non exhaustivement défriché par les individus compétents (M. Polanyi, 1958). Ou, encore : « on retrouve toujours, dans la connaissance technique, la priorité d’un savoir-faire sur un savoir-comment. Entre le dessin de l’outil et de la machine, d’un côté, le dessin de l’objet à fabriquer de l’autre, il demeure une zone de geste et de la parole qui est indescriptible » (B. Gille, 1978, p. 1440) – et, par conséquent, difficilement transférable d’un individu à l’autre.
De ce point de vue, « les routines d’une organisation constituent la qualification (skill) de cette organisation » (J. Perrin, 1993, p. 11). Parties prenantes d'une capitalisation immatérielle associée à ces savoirs individuels, inarticulables au moyen d’un langage, elles demeurent, aussi, distribuées et incorporées au niveau des rationalités individuelles. Ces individus, prisonniers de leurs schémas mentaux et de leurs automatismes et réflexes cognitifs, peuvent – exagérément confiants – minimiser la nécessité de leurs ajustements décisionnels, tout en recherchant – conscients de ces limites – des complémentarités d'expertise dans le cadre relationnel de leurs expériences d'action – et notamment d'actions innovantes.
La construction identitaire des agents rend également compte des compétences individuelles, des liens collaboratifs, des rapports de domination... Autant d'éléments culturels, sociaux, organisationnels qui renvoient aussi bien à une réalité quotidienne qu'à un substrat de représentations, d'apprentissages antérieurs.
De fait, de telles routines, « même si elles s’expriment globalement pour réaliser une tâche collective [!] » (B. Walliser, 2000, p. 208), « ne sont véritablement collectives que quant à leur résultat » (B. Walliser, 2000, p. 209). En effet ce qui est transposé, au niveau collectif, ce sont des formes de codification cognitive - impliquant, en amont, autant de représentations, de règles interprétatives et de systèmes informationnels… Au final, donc, via une agrégation automatique des comportements individuels, se reconstitue – au prix d’un appauvrissement relatif au contenu ainsi qu’à la variété des schémas mentaux – un enchaînement exhaustif, sous la forme conditionnelle: Si…/Alors… Associant à une liste de conditions contextualisées, les actions correspondantes. Il s'agit d'une application pratique, consistant en une réponse se voulant exhaustive, face à la réalité socio-économique.
Autant de postulats stratégiques très difficilement interprétables (car, guidant quasi mécaniquement les comportements, sans être d’ailleurs totalement exprimables par chaque individu…
A contrario, « la partie articulée des savoirs et savoir-faire humains est (…
A côté d’un essai de stabilisation des ressources organisationnelles dans le champ du tacite, nous percevons, donc – de façon plus tangible – le cadre formel des activités productives. Nous évoquons, ici, des procédures standardisées; du type processus de fabrication, méthode d’utilisation de machines-outils... Par exemple, dans le cas d'un simulateur de flux productifs, l'utilisateur peut, à mesure, valider les paramètres gouvernant la régulation fonctionnelle. Après avoir fait « tourner » le logiciel, cette décision intègre à la fois, les paramètres visualisés à partir de la simulation et l'interaction de ce choix paramétré avec le fonctionnement réel de l'outil de production. En ces termes, l'industrie logicielle revoit sa stratégie marketing en pointant l'autonomisation de l'usager, qui s'appuyant également sur un développement des outils de communication, devient plus que jamais un knowledge worker – doté de technologies de knowledge management. Ceci ne veut évidemment pas dire que les transferts cognitifs – mis au service de l'organisation – en seront accrus voire bonifiés...
D’après A. Kirman (2000), l’émergence de liens interindividuels peut résulter de l’utilisation de règles comportementales ne faisant pas appel à un processus stratégique ou d'optimisation. Dans cette perspective, nous nous rapprochons du raisonnement Simonnien – qui implique de s’écarter de la validité objective des règles déterminant l’usage optimal des connaissances et l’action optimale; pour se rapprocher de PROCEDURES satisfaisantes utilisées par les agents pour améliorer leur compréhension de la réalité (H.A. Simon, 1976). Par conséquent, afin de maintenir une cohérence d’ensemble, nous nous inscrivons dans le comment (rationalité procédurale); et, à mesure, les règles servent de guides (ou de repères) pour l’apprentissage collectif. En réalité, de telles règles (de procédure) consistent à découper le problème organisationnel, d’une certaine façon; et, consécutivement à cette décomposition, à découvrir une heuristique spécifique (de manière, encore, plus ou moins exploratoire ou automatique). Un tel schéma de résolution peut, alors, jouer, le rôle d’un Common Knowledge (CK) – créant du lien entre les membres organisationnels (du moins, pour un certain nombre d’entre eux); et, permettant des transferts de significations… Se dessine, dès lors, un savant mélange entre affichage et prescription, la confiance servant aussi la réduction d'incertitude (S. Daraut, 2008).
De ce point de vue, tout comme P-A. Mangolte, nous pouvons retenir que « la mise en forme articulée facilite donc la circulation du savoir productif, sa dispersion éventuelle et son appropriation par autrui. On peut ainsi penser au plan d’une machine prototype – plan que l’on peut reproduire, photocopier et envoyer à l’autre bout du monde. A l’arrivée, à la seule condition de savoir déchiffrer le plan, c’est-à-dire de comprendre les codes, les conventions, les symboles utilisés, la machine est presque immédiatement reproductible » (1997, p. 112). Comme le suggérait O. Favereau (1996), nous pouvons trouver une solution aux problèmes organisationnels en considérant leur incomplétude - notamment pour adapter les connaissances (construites collectivement) à de nouvelles circonstances. Cette approche peut être rendue opérationnelle au niveau du fonctionnement des structures organisationnelles, par la prise en compte d'une conception tridimensionnelle de la confiance – telle que l'a proposée P. Gurviez, en 1999. En effet, il peut s'agir, tout d'abord, de considérer une crédibilité associée à la compétence; ensuite, la confiance peut reposer sur le respect du système collectif de représentations et de valeurs; enfin, au niveau interindividuel, l'appréciation des intérêts de chacun renvoie davantage à une dimension d'indulgence.
Or, ce n'est peut-être pas en gommant le volet mystérieux de l'existence humaine, que nous parviendrons à relier savoir et environnement d'action qui le légitime. A ce niveau, une stratégie transversale privilégie l'interprétation critique, transdisciplinaire, contextualisée et structurale des projets cognitifs... De fait, dans la nouveauté, le processus finalisé d'innovation, la linéarité n'est pas de mise... Suivant une démarche réflexive, la pratique relève d'un apprentissage, de l'acquisition de compétences et connaissances pour l'action dans un contexte d'interactions formelles et informelles, où les dimensions tacites et artefactuelles semblent fondamentales.
L’information collectée n’est, donc, généralement pas accessible directement aux membres de l’organisation, ils doivent l’interpréter suivant un ensemble de savoirs et de savoir-faire hétérogènes. Au niveau individuel, ces derniers sont préalablement mis en forme via des mécanismes d’apprentissage, associés à un certain substrat institutionnel et de développement. Au niveau collectif, intervient le SIO. En tant qu’objet collectif cristallisant les résultats des processus d’apprentissage, un tel artefact appuie l’action collective. Interviennent, aussi – à cet endroit – les modes de relation et de coordination inter-individuels – et notamment, le développement de codes communs, de règles et de représentations partagées, de théories-en-action (C. Argyris, D. Schön, 1996) – spécifiques à l’organisation considérée.
Au niveau de l'équipe de travail notamment, nous pouvons donc envisager le bouclage récursif suivant, en ce que le SIO permet d'objectiver l'accumulation et le transfert des savoirs et savoir-faire.
Emergence
(-Incertitude)
Implication
(- Pouvoir
- Confiance)
Comme outil de traitement des tâches cognitives et conatives, le SIO intègre également une dimension technologique.
2. Le SIO comme support de la mémoire organisationnelle
La mémorisation interne (au sujet) est accompagnée par la constitution d’archives personnelles, de fichiers – qui sont autant de mémoires auxiliaires. La plupart des organisations prévoient un archivage systématique des enregistrements de leurs activités sous forme de rapports, de comptes rendus... Ces archives collectives conservent une trace des réponses, apportées par l’organisation aux sollicitations de l’environnement. La réactivité peut, ici, découler d'un apprentissage basé sur une mémorisation d'éléments empiriques, le concept de mémoire organisationnelle étant originellement mobilisé par les gestionnaires. Le construit conceptuel sous-jacent se doit, dès lors, d'intégrer un double cadre relationnel; l'interindividuel, d'une part, le lien équipe de travail – structure organisationnelle dans son ensemble, d'autre part. Dans cette sphère, le questionnement et le dialogue librement acceptés – voire favorisés – peuvent être autant de moyens de s'adapter, voire d'innover.
Cependant, de façon plus générale, nous pouvons dire – à l’instar de N. Fabbe-Costes (1997, p. 205) – que « la mémoire dans les organisations procède à la fois de la mémoire individuelle des acteurs qui la constituent, et de la mémoire collective que se construit l’organisation à travers son [Système d’Information; S.D] ». De ce point de vue, une définition du concept de SIO est donnée par J-L. Peaucelle, en 1981 (p. 30): « le SI est un langage de communication de l’organisation construit pour représenter, de manière fiable et objective, rapidement et économiquement, certains aspects de son activité passée ou à venir. Les phrases et les mots de ce langage sont les données dont le sens vient des règles élaborées, par des Hommes (…
Deux points sont, dès lors, à reprendre. D’un côté, l’information peut constituer un élément codifiable et transmissible; mais encore, elle peut être non formalisable - car, liée au contexte dans sa signification, ainsi qu’à l’aptitude des membres de l’organisation à l’acquérir et à la diffuser - même de façon informelle. Dans la perspective d'une activité humaine de création et de communication, s'opère un processus d'apprentissage intégrant l'interaction et l'interactivité, liées aux impératifs de l'activité organisationnelle. D'un point de vue conceptuel, les acquis cognitifs sont mobilisés à l'aune de cet environnement interne, tout comme au regard du contexte socio-économique externe à la structure d'action collective. L'efficacité des collaborations en dépend.
Dès lors, nous percevons clairement, ici, l’importance d’une approche organisationnelle, en termes de lieu d’interactions entre centres d’information décentralisés; connaissances formalisées et informations tacites seraient, ensuite, prises en compte – au niveau du SIO – dans une perspective de réalisme et de complétude…
Dans ce cadre, gage de flexibilité, tout comme un élément d'un Système d'Information constitue un Système d'Information défini par une structure de données, un ensemble de règles de définitions fonctionnelles, un ensemble de règles d'intégrité opérationnelle (N. Arni-Bloch, M. Léonard, S. Turki, 2003), le cerveau humain fonctionnerait à partir d'un processus modulaire résultant de l'activation de séquences spécifiques dans des zones spécialisées, ces activités étant elles-mêmes définissables dans le cadre de sous-modules périphériques, coordonnés par une aire centrale – non spécialisée – dont l'activation serait consciente (A.J. Fodor, 1983).
De ce point de vue, la communication fait sens autour d'une dialectique rationnelle combinant fins et moyens, selon une trajectoire d'adhésion résultant d'une construction sociale et historique. En ce sens, l'artefact technico-organisationnel peut constituer un support d'intégration, véhiculant un ensemble de représentations et de figures conventionnelles permettant d'éclairer les dynamiques d'action collective. De la sphère émotionnelle à la sphère routinière, des fonctions inconscientes aux actions stratégiques, les individus actualisent la valeur de leurs ressources cognitives et informationnelles, au service de l'analyse environnementale et des réactions à mettre en oeuvre dans tel ou tel contexte d'action. D’un autre côté, une telle structure n’est intelligible que si nous la confrontons aux procédures décisionnelles de l’organisation considérée (O. Favereau, 1989). En effet, la cohésion d’ensemble est fondée sur ces règles (de procédure), propres à faire émerger les significations. Ces procédures opératoires (quoi faire dans telle ou telle circonstance ?) – éléments majeurs, encore, de la mémoire organisationnelle – encadrent les perceptions individuelles; elles fixent, par exemple, les règles d’exécution du travail, la façon de recueillir et de traiter les données, les objectifs à respecter. Les aspects structurels et stratégiques se trouvent temporellement articulés par le SIO (Le CIGREF, 2005). Pragmatiquement et de manière transverse, de tels artefacts épousent la sphère organisationnelle des savoirs et des savoir-faire avec les dysfonctionnements adaptatifs associés.
En effet, l'apprentissage et l'usage appellent les passions, la pluridisciplinarité, dans un cadre évolutif faisant aussi bien intervenir l'étonnement - dans des structures d'interactions ouvertes - que des outils de classification des informations. Ces dernières sont stockées via des technologies Hardware plus ou moins élaborées; la restitution plus ou moins rapide fait alors intervenir des systèmes d'interfaces plus ou moins souples.
Au final, donc, la notion de mémoire collective serait plus globalement liée à un système d’inscriptions matérielles externes; mais, collectivement produites, interprétées ou modifiées, suivant les histoires personnelles des individus et les structures organisationnelles dans lesquelles ils évoluent…
A partir de cette définition, considérant donc l’activité de mémorisation qui s’opère à travers le SI de l’organisation, nous ne pouvons également qu’envisager un usage flexible de cet artefact. Le SIO filtre et canalise les perceptions organisationnelles et environnementales, dans une perspective d'adaptation comportementale relative (Ph. Moati, 2002), eu égard aux schémas organisateurs (J.P. Walsh, 1995) des acteurs chargés d'interpréter les signaux environnementaux. De tels schémas, tout en conférant un sens à un signe plus important qu'un autre, se constituent autour d'un ensemble de concepts reliés par des règles1. Pour telle ou telle situation, tel ou tel objet, chaque concept est valorisé par rapport à un référent d'évaluation quant aux expériences passées (A.S. Huff, J.O. Huff, avec P.S. Barr, 2000). Les règles sont également configurées relativement à un schéma évaluatif et interprétatif de référence, un schéma organisateur individuel dépendant d'éléments sociaux, comportementaux et historiques... Tout comme de l'occurrence d'évènements et d'actions semblables. La variété des savoir-faire et de l'expérience est aussi gage de variété au niveau de ces schémas plus ou moins difficiles à activer, suivant le degré d'intangibilité des actifs à mobiliser. En ces termes, des routines cristallisant les savoirs productifs au service de la strate opérationnelle (R.R. Nelson, 1994) s'articulent de façon systémique, relativement aux ajustements qui s'opèrent entre cadres mentaux de référence et contenus variables de certaines règles voire de certains concepts environnementaux.
Freud mettait en avant les phénomènes de mimétisme et de contagion comme étant à l'origine du jugement et de l'action humaine. Cependant, en ce qui concerne le champ économique du savoir et de la connaissance, la communication et les échanges interindividuels permettent de stimuler une dynamique de recherche et de créativité, gouvernée par l'émulation, les jugements honorifiques de la communauté scientifique et les idées de libéralité, tout comme d'évolution professionnelle (B. Maris, 2006).
Dans ce cadre, la modularité de l'artefact informationnel renvoie également à l'étude du couplage évolutif entre réflexion et action; technologie, méthodologie de recherche et organisation. L'architecture développée relève d'une émergence, traversée par le questionnement cognitif (F. Mazaud, 2006). Si nous appliquons un tel raisonnement à la capacité de diriger des recherches, nous pouvons envisager une telle habilitation en termes de choix d'expertise – entre originalité et aptitude à l'encadrement, dans un champ scientifique relativement ouvert. En ces termes, une relative autonomie ne peut se départir d'un fondement méthodologique et épistémologique – développé en séminaires doctoraux et dans le cadre d'une volonté de vulgarisation et d'application, au niveau de l'activité de publication et de participation à des colloques. A terme, les invitations et la reconnaissance pourraient être fonction d'une spécialisation, relative aux profils des chercheurs à encadrer...
Dans le cadre d'interactions pédagogiques intégrant tant une volonté d'accompagner la découverte que de favoriser une application des connaissances théoriques, l'évaluation vise notamment à intégrer le jeune chercheur dans la communauté scientifique; au regard de pratiques institutionnelles, disciplinaires et professionnelles à maîtriser (J-P. Béchard, 2004).
Le questionnement du collectif créé relève tout autant du champ des prérogatives et compétences que de l'effectivité des tâches à réaliser (S. Craipeau, G. Dubey, 2004). Ici, le caractère local et mouvant des procédures inscrites dans la technologie et la structure d'action collective favorise une distanciation symbolique relativement au quotidien professionnel (R. Reix, 2002). Une co-évolution continue et récursive entre la structure organisationnelle et son Système d'Information peut, dès lors, inscrire l'apprentissage à chaque niveau organisationnel, le liant constituant l'usage. Aux interstices, les routines évoluent et les motivations individuelles (et collectives) – personnellement et socialement construites – donnent à voir quant aux critères de résultats et de souplesse plus ou moins importante du SIO (D. Truex et alii, 1999).
En guise de synthèse, dans le cadre des interactions dynamiques entre les membres de l’organisation et leur environnement, le SIO – en cristallisant les résultats des processus interprétatifs et d’apprentissage, au niveau du concept d’INFORMATION – peut impulser, après la mise en forme et la collectivisation associées à l’émergence des CONNAISSANCES, la construction de compétences pouvant être contextualisées. D’après une réflexion de P. Garrouste, une information ne se transforme en connaissance que si l’on est capable de l’utiliser. Ceci renvoie aux problèmes tenant notamment à la spécialisation des savoirs et à la différenciation des codes – y compris dans leurs aspects spécifiques et locaux. Cela justifie, pour une organisation, le maintien non seulement, d’une activité de recherche interne mais aussi, d’une capacité d’expertise (interne).
Nous partageons, donc, l’approche de J.C. Perrin (1991), qui s’élève contre l’assimilation des savoir-faire à une combinaison d’informations. En effet, en fin de cycle, dans le champ de la mise en acte, la connaissance est confrontée au contexte d’interactions2. Dans cette perspective, une information majeure - qui constituera, à terme, une donnée - ne peut être articulée au langage général de la rationalité cognitive, du fait qu’elle caractérise un contexte particulier; et, qu'avant d’être objectivée, elle est stabilisée et testée expérimentalement par le groupe de travail (J.C. Perrin, 1991, op.cit).
Nous envisageons, donc, l’enchaînement suivant :
Informations
Il s'agit de donner une valeur intrinsèque aux règles, méthodologies et définitions, inhérentes à l'élaboration récursive des piliers sur lesquels s'organise et se construit le savoir. A ce niveau, un jugement rétroactif est à la base du raisonnement et de la recherche épistémologique, sciemment confrontés à l'expérience.
II- LE SIO COMME OBJET D’APPRENTISSAGE
La mémoire d'une organisation – matérialisée par un outil de requêtes reliant substrat cognitif et décisionnel – peut servir une dynamique d'apprentissage, à partir d'un acteur individuel ou collectif « stimulé » relativement à des objets cognitifs – internes ou externes – à des objectifs organisationnels, suivant des processus sociaux – tels que la répétition et la mémorisation d'une occurrence environnementale, l'interaction, l'innovation, l'expérimentation, ... (Y. Pesqueux, 2004). Ainsi, la relation de l'acteur organisationnel à l'environnement est globalement perçue au travers d'un arrangement spirituel ou disciplinaire (P. Senge, 1990), permettant d'inscrire les processus d'apprentissage au niveau organisationnel. Les TIC tout comme les supports écrits objectivent ainsi la mémorisation des flux de savoirs et savoir-faire, dont l'enchevêtrement dessine l'environnement organisationnel. A posteriori, une construction s'opère, dans l'ordre de la négociation; centrée sur le collectif, elle repose sur la construction technico-organisationnelle d'une architecture modulaire recouvrant abstraitement – via un langage, par exemple – ou concrètement – via des programmes informatiques; ou des agents de traduction, de médiation – les modalités de saisie, de stockage, de traitement, d'effacement, de mobilisation des informations.
Consécutivement, « le problème n’est pas de faire circuler toute [la connaissance; S.D] systématiquement, mais de la rendre économiquement accessible à la demande, sans contraindre tous les acteurs de l’organisation à la consommer malgré eux » (J-L. Le Moigne, 1986, p. 24). L’opérationnalisation de la mémorisation – au niveau organisationnel – impliquerait, donc, plutôt, des outils laissant place à une appropriation sélective des connaissances produites.
Aussi, la nouvelle culture de réseau où, aléatoirement, et par phase, le succès et le profit sont au rendez-vous, a le vent en poupe - au-delà des barrières à l'entrée d'un marché captif. En effet, alors que les coûts de fonctionnement sont très réduits dans de tels réseaux, à mesure de l'adhésion, les vendeurs collectent de l'information quant aux habitudes de consommation, diminuant en conséquence la part d'incertitude des protagonistes quant à la diffusion et la commercialisation d'objets de consommation.
1. De la nécessité d’une utilisation flexibilisée du SIO
La capacité d’accéder – en toute liberté! – aux éléments en mémoire s’inscrit dans une dynamique de construction des décisions, au sein des organisations. En contexte d'incertitude, la libre réflexion individuelle tout comme une libre expression peuvent s'avérer positives, si l'évaluation de la décision repose sur une éthique intentionnelle – indépendante des effets de ce choix. Au niveau du collectif d'action, plus la cohésion est solide, plus le mouvement dominant échappe à toute critique interne; qu'elle soit subjective ou objective. Parallèlement, le fait de créer, de traiter, stocker, transmettre des savoirs et savoir-faire via des artefacts technico-organisationnels valorise également des moyens de stabiliser des relations interindividuelles et de mobiliser les ressources socio-économiques, propres à donner du sens à l'action; dans une société où, à partir du milieu du dix-neuvième siècle, l'unité s'est disloquée. Le soutien mutuel peut alors redonner corps à l'action collective dans le cadre d'une trajectoire d'apprentissage et d'assimilation cognitive, à l'origine – aussi – des libertés individuelles. En cela, « si le [Système d’Information] n’est pas le système de représentation de l’organisation, il lui est intimement lié; il en est une expression tangible et le conditionne » (N. Couix, 1997, p. 176). De façon plus pragmatique, nous sommes attentifs à certains signaux de nos environnements (entreprise, famille, ...). Nous décidons, en conséquence, d’acquérir, mémoriser telle ou telle information, d’échanger telle ou telle connaissance; ou bien, de représenter tel ou tel stimulus par telles ou telles variables interprétatives.
A contrario, une information peut influencer la représentation que l’on se fait d’un phénomène. A cet égard, les individus échangent des représentations; et, partant, en construisent et reconstruisent d'autres, relativement à l'environnement humain et matériel du moment. D'ailleurs, si de tels schémas cognitifs sont incomplets, c'est qu'ils doivent sans cesse s'adapter aux contextes d'action. Tout en tenant compte du passé représentationnel, de telles figures de raisonnement renvoient à l'expérience individuelle suivant un double processus de construction; d'une part l'individu ajuste la représentation à un vécu singulier objectif (accommodation), d'autre part il intègre cette représentation dans ses schémas mentaux...