À la recherche d'abonnés payants et d'une trêve avec les grandes chaînes, l'entreprise qui voulait devenir le « Spotify de la télé » se retrouve prise en étau. Malgré une croissance impressionnante de ses utilisateurs, son modèle pourrait-il vaciller ?

Mise à jour : Molotov.tv a répondu dans l’après-midi aux questions adressées par Numerama. L’article mis à jour intègre les précisions de Jean-David Blanc, fondateur du service.

Récemment, le service de diffusion de la télévision française Molotov a dû prendre deux décisions qui soulèvent des questions quant à son modèle économique.

Contraint par les chaînes

Le 20 novembre dernier, l’application qui devait changer la télé se voyait contrainte de suivre les demandes du Groupe M6 quant à la diffusion de ses programmes : les utilisateurs de Molotov, payants comme gratuits, ne peuvent plus naviguer dans les enregistrements des émissions du groupe.

Une fonctionnalité qui permettrait, comme l’évoque l’entreprise, de s’affranchir des espaces publicitaires. Pour Molotov.tv, il s’agirait d’un retrait temporaire de cette possibilité, Jean-David Blanc explique à Numerama : « Molotov proposait aux utilisateurs de reprendre un programme avec un pré-rollde notre côté, nous avons eu des problèmes techniques, nous obligeant à la désactiver. Mais c’est temporaire.  »

Enfin, quelques jours plus tard, Molotov appauvrissait son offre gratuite. Cette dernière comprenait auparavant dix heures de bookmark, une fonctionnalité permettant d’enregistrer des programmes afin de disposer d’un replay. L’offre déjà maigre se voit encore réduite : la startup a décidé de n’offrir plus que huit heures d’enregistrement.

« Le passage de 10h à 8h n’a pas été une décision facile à prendre. Cependant, le bookmark connaissant un énorme succès, nous devons diminuer un peu le stockage dans notre offre gratuite pour continuer à proposer Molotov gratuitement  », juge aujourd’hui l’équipe de l’application. Pour de nombreux utilisateurs, il s’agit d’un retour en arrière pour le service qui semble être obligé par les chaînes à revoir ses ambitions. Ici également, Molotov.tv a une explication précise : « Copie France [entité de perception de la rémunération pour la copie privée] a dévoilé des barèmes temporaires pour la vidéo, nous obligeant à terme à payer, pour 10 heures de bookmark l’équivalent de 50 heures de stockage. Nous avons préféré réduire notre offre  » assure le fondateur.

Depuis longtemps, le service était soumis à une certaine méfiance des groupes TV qui souhaitent conserver jalousement leurs services de replay, et les font monnayer par les FAI. Une des rares nouvelles sources de revenus pour les dinosaures de l’écran qui comptent en bénéficier autant que possible en négociant à prix fort l’accès à ces services de rattrapage avec les opérateurs disposant de boîtier télé.

En avril dernier, TF1 et M6 avaient ainsi fait monter les enchères, contraignant les FAI à payer non seulement le service de rattrapage, mais également la diffusion des contenus en direct. La première chaîne de France avançait un prix de 100 millions d’euros par an pour les FAI.

Un business model incertain

Dans un contexte encore incertain pour l’OTT et où les chaînes comptent retrouver des marges sur les nouvelles pratiques imposées par le numérique, Molotov.TV apparaît comme un service dispensable pour les grandes chaînes. Là encore, Molotov préfère estimer : « c’est indispensable que les chaînes trouvent d’autres relais que leurs propres diffusions, nous sommes dans la complémentarité  ». Notons que TF1 et M6, ou encore le groupe NRJ, n’ont jamais cédé les droits de rattrapage à la startup. En outre, malgré ses trois millions d’utilisateurs annoncés, l’entreprise connaîtrait des difficultés à trouver des utilisateurs payants.

« Molotov compte terminer l’année avec quatre millions d’utilisateurs »

Sa survie financière, depuis sa levée de fonds en 2016, pourrait être engagée à moyen terme si l’entreprise ne trouve pas d’ici là un modèle payant efficace. Molotov compte terminer l’année avec quatre millions d’utilisateurs nous précise-t-on, ce qui pourrait la placer dans un meilleur rapport de force avec les chaînes qui n’ont toutefois pas cédé à de bien plus gros acteurs comme Orange ou SFR.

Au cours de l’année 2017, le service a engagé une stratégie portée sur les contenus et l’accès à des chaînes payantes. En se posant en intermédiaire des bouquets comme celui de Canal ou d’Orange (Cine+ et OCS) — le service espère trouver un nouveau ressort pour sa croissance. Mais là aussi, les résultats demandent de la patience : « Nous commençons à vendre des contenus et des services, chaque chose en son temps. Mais cela commence à prendre  », jugeait Jean-David Blanc, fondateur.

Face à la grogne des utilisateurs, l’équipe du service philosophe quant à sa situation actuelle : « Quand deux mondes s’opposent, il faut toujours un peu de temps pour mener une révolution », écrit-elle. Un temps nécessaire à la pérennisation du service, mais qui peut ressembler à un sursis. Une hypothèse balayée par M. Blanc qui assure que toutes les chaînes travailleraient à trouver des modèles économiques durables pour « assurer l’existence de tous les acteurs  ».

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