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C’est le 7 novembre 2017 que Facebook a choisi pour faire une grande annonce dans ses bureaux parisiens : le transfert d’argent de particulier à particulier arrive sur l’application française. Il s’agit d’une première pour la zone euro, dans la mesure où le géant bleu avait annoncé la veille une disponibilité du service au Royaume-Uni — et donc en livres sterling. Dit comme ça, on ne se rend pas tout de suite compte du potentiel du service. Quand on creuse un peu, en revanche, on voit à quel point il s’agit d’une petite révolution pour le réseau social.

Car Facebook ne fait pas les choses à moitié : le géant a attendu d’obtenir un partenariat avec toutes les banques françaises avant de se lancer sur le territoire. Pourquoi ? Eh bien parce qu’il ne s’agit pas d’un système un peu problématique de « porte-monnaie virtuel » qui se remplirait et que vous transféreriez, parfois avec une commission. Non, quand vous envoyez de l’argent sur Facebook Messenger à quelqu’un, il le reçoit directement et instantanément (selon le temps de réaction de votre banque à vrai dire), sur son compte bancaire. Il s’agit donc d’une transaction de compte à compte qui peut s’apparenter à un virement.

Côté usage, Facebook a été très malin : dès que vous avez l’option (disponible petit à petit pour tous les comptes français, le déploiement est prévu pour 4 semaines), vous pouvez envoyer de l’argent à n’importe quel autre compte français. Votre contact n’a même pas besoin d’avoir configuré son compte Facebook Messenger avec sa carte bancaire — elle lui  sera demandée à la réception de votre argent. Cela signifie que la « viralité » du système est énorme : contrairement à tous les autres services, vous n’avez même pas besoin de poser la question « Tu as un compte chez XXX ? » quand vous voulez rembourser un resto. Vous allez sur Messenger, vous envoyez votre argent. C’est fini.

Facebook prend à sa charge les frais de transaction facturés par les banques partenaires

Mais alors, combien ça coûte ? Pour l’utilisateur, c’est gratuit. Facebook prend à sa charge les frais de transaction facturés par les banques partenaires. Cela signifie que chaque transaction coûte de l’argent au réseau social. En revanche, il existe des limites liées à l’argent envoyé : vous ne pourrez pas envoyer plus de 500 € en une fois, ni envoyer plus de 1 500 € sur 30 jours glissants, tout comme vous ne pourrez pas convertir des devises (impossible, en fait, d’envoyer de l’argent sur un compte étranger, même en euro). Cela dit, vous pourrez recevoir autant d’argent que vous le souhaitez, sans plafond.

Qu’est-ce que Facebook y gagne ?

Qu’est-ce que Facebook y gagne ? A priori, mieux le système fonctionne, plus il y perd. Mais ce serait sans compter sur un avantage concurrentiel qu’il ne possède pas encore et qui devient la pierre angulaire d’une stratégie numérique : posséder la carte bleue des utilisateurs. Apple est très en avance sur ce sujet, Google a bien rattrapé son retard avec le Play Store, Amazon n’a même pas besoin d’être cité tant il est le roi de l’achat transparent… et Facebook manque à l’appel.

Imaginez que, demain, un site e-commerce se mette à vendre des produits directement à la place des publications sponsorisées, votre carte sera déjà associée à Facebook et vous n’aurez donc aucune friction avant l’achat.

Commencer par une brique de paiement en peer to peer est donc particulièrement malin pour Facebook qui a, vu sa base de données d’utilisateurs, les moyens de réussir là où tous les autres services peinent à convertir. On connaît tous la personne qui n’a pas de compte PayPal, pas de compte N26 etc. En revanche, il est plus rare de trouver quelqu’un qui n’est pas sur Facebook.