Que ce soit à l'échelle d'un gros studio ou d'un indépendant, la production d'un jeu vidéo est très onéreuse. Pour les bourses les plus modestes, différentes solutions de financement sont possibles.

Fonder son studio, embaucher des collaborateurs, développer son projet de jeu vidéo, acheter les outils… Si on invoque bien souvent, de manière un peu naïve, la passion comme moteur dans les métiers créatifs, celle-ci ne suffit pas à rémunérer ses salariés, ni à assurer le bon fonctionnement de son entreprise comme de sa logistique. Il faut de l’argent, beaucoup d’argent.

Selon les moyens employés, la taille des entreprises et l’ampleur de leur projet, le coût de production d’un jeu vidéo peut aller de quelques dizaines de milliers d’euros ou dollars pour les plus modestes, jusqu’à plusieurs centaines de millions (Destiny a ainsi coûté 500 millions de dollars et GTA V 250 millions).

Autant dire qu’il s’agit là de sommes qu’on ne trouve pas aisément. Devant l’expansion d’un secteur toujours plus florissant et surtout extrêmement rentable, des aides publiques proposent de favoriser la création de jeux vidéo en France par l’intermédiaire de subventions. Dans le secteur privé, investisseurs et levées de fonds sont monnaie courantes pour les studios.

Le crédit d’impôt jeu vidéo, une subvention prisée d’Ubisoft

Le crédit d’impôt jeu vidéo est une aide financière à la production d’un jeu. Elle est délivrée par le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC). Plusieurs conditions sont requises pour en bénéficier et déposer son dossier auprès de la commission : la production du titre doit par exemple être supérieure ou égale à 100 000 €, dans l’optique d’une commercialisation effective auprès du public. La qualité, l’originalité et le caractère innovant du titre sont aussi évalués. Le jeu doit en effet contribuer au développement de la création française dans le secteur.

Autrefois érigé à 20 %, le crédit d’impôts doit désormais — depuis début 2017 —  être égal à 30 % du montant total des dépenses affectées pendant la production du jeu vidéo, que ce soit pour la rémunération des auteurs, le personnel et les charges sociales, les fournitures et frais d’entretien, etc. Son plafond est fixé à 6 millions d’euros.

Ce crédit peut donc être une grande aide quand les dépenses deviennent très importantes, mais il possède son vice caché. En effet, si le CIJV peut sembler être une opportunité rêvée pour tout petit studio privé de grands moyens, la réalité est un peu plus nuancée. En 2016, le CIJV a partiellement financé 23 projets répartis sur 17 studios, et le plus grand bénéficiaire n’est autre que… Ubisoft, dont la position de premier employeur de l’industrie en France pèse sans nul doute dans la balance mais interroge sur la juste répartition de cette aide aux studios qui en ont vraiment besoin.

Les aides publiques : le Fonds d’aide au jeu vidéo

Le CNC gère et co-finance également avec le Ministère du redressement productif le Fonds d’aide au jeu vidéo. Dirigé par une commission de 13 acteurs et professionnels du secteur, le FAJV se décline en trois dispositifs :

  • Une aide à la création de propriétés intellectuelles, qui vise à inciter les entreprises à créer une valeur patrimoniale autour des jeux vidéo qu’elles produisent en conservant leurs droits de propriété intellectuelle. Le calcul du montant de l’aide prend notamment en compte les dépenses de personnel et de rémunération des auteurs, l’amortissement et les immobilisations rattachés au jeu ou encore les frais généraux. Cette aide est plafonnée à 50 % du coût du projet et ne peut dépasser les 200 000 €.
  • L’aide à la pré-production de jeux vidéo a pour vocation d’offrir l’accessibilité financière à des outils technologiques nécessaires dans la phase de pré-production d’un jeu vidéo, afin de réaliser un prototype non commercialisable. Cette aide est surtout envisagée dans le soutien financier d’un travail d’études sur les différents paramètres à prendre en compte pour passer en phase de développement. Ses bénéficiaires ont 12 mois pour produire un prototype. Un premier versement de 75 % de la somme totale attribuée est alloué en début de production, tandis que les 25 % restants le sont après avoir notamment fourni un prototype jouable.
  • Enfin, l’aide aux opérations à caractère collectif est un accompagnement de colloques, de journées d’études, journées professionnelles, festivals de portée nationale ou internationale qui relèvent de la promotion de l’ensemble de la profession. L’aide est plafonnée à 50 % du budget de l’opération.

L’intégralité des informations sur ces aides sont disponibles sur le site du CNC, en sachant que plusieurs réunions de commission ont lieu dans l’année pour analyser les dossiers déposés.

Investissement privé et levée de fonds

Au-delà des aides financières des organisations publiques, de nombreuses sociétés privées comme d’investisseurs sont de plus en plus prêts à mettre de leur poche pour soutenir un projet, une plateforme ou un studio.

La levée de fonds est une opération qui peut vraiment fonctionner pour son projet d’entreprise, pour peu que l’on en connaisse et comprenne les mécanismes essentiels. Aujourd’hui, le jeu vidéo est relativement peu présent dans les portefeuilles des participations des fonds de capital-risque en France. Les investisseurs sont en effet peu au fait du secteur et de ses spécificités alors que le jeu vidéo ne représente que 1,3 % des montants levés par les sociétés d’innovation en France depuis 2006.

Pour pallier cet écueil et favoriser le financement des entreprises de jeux vidéo, l’association Capital Games publie avec son auteur Benjamin Le Guillou un guide de méthodes et bonnes pratiques des levées de fonds dans le secteur du jeu vidéo.

La levée de fonds intervient comme complément ou finalisation d’un projet. Elle a pour objectif de générer une accélération de la croissance interne et améliorer sa rentabilité. Selon le livre « Levée de fond et jeu vidéo », il est impératif de s’assurer que les sources de « bas de bilan » et de « haut de bilan » ont été épuisées. « Le processus de recherche de financement est long (6 mois en moyenne). Il est important d’anticiper le processus de sa levée de fonds dans sa stratégie de financement à moyen terme et de ne pas gérer sa trésorerie en anticipant sa levée de fonds », explique Benjamin Le Guillou.

Si vous souhaitez en savoir plus sur le fonctionnement très spécifique des levées de fonds, le livre Levée de fonds et jeu vidéo est disponible à 35 € HT pour les membres de Capital Games et 55 € HT pour les non membres.

Le financement participatif, toujours efficace ?

Il s’agit probablement de la solution la plus connue du grand public, notamment parce qu’elle fait appel à lui : le financement participatif ou crowdfunding a gagné beaucoup de terrain ces dernières années, et a permis la concrétisation de nombreux projets. En 2016, un total de 382 projets ont été financés sur Kickstarter contre 373 en 2015 et 421 en 2014. Cela fait en moyenne plus d’un projet par jour qui atteint son objectif de financement sur la plateforme, et ce chiffre est relativement stable.

Le financement participatif reste-t-il pour autant la solution miracle pour lever des fonds ? Oui pour Thomas Bidaux, Président de ICOPartners une agence de consultants jeux vidéo, mais à quelques nuances près : « Les montants levés ne sont pas astronomiques. Ils couvrent très rarement le coup total d’une production, et idéalement il serait bienvenu de voir une croissance plutôt qu’une stabilité du nombre de projets financés » analyse le consultant.

Il poursuit : « Ce que nous avons pu observer ces deux dernières années, c’est une nette progression de la qualité des projets présentés sur les plateformes de financement participatif. Cela fait monter la barre pour les studios qui veulent se lancer dans l’aventure, et nécessite de passer d’autant plus de temps (et d’argent) en amont pour avoir un projet qui soit viable pour une campagne de financement.  »

Pour Thomas Bidaux, le critère numéro 1 pour réussir sa campagne de financement, c’est la présence d’une communauté engagée. Il faut avant toute chose commencer très tôt à parler de son projet et créer une communauté autour de lui. Essayer de se lancer en espérant que la campagne permettra de créer cette communauté est une erreur encore trop courante chez les développeurs. « Il faut fournir soi-même les premiers backers a travers sa communauté existante pour avoir une chance de réussir », précise Thomas Bidaux.

Le directeur d’ICOPartners est également intervenu sur ce sujet dans le dossier extrêmement fourni du Canard PC n°357 sur Kickstarter et le financement participatif, que nous vous recommandons vivement. On saluera le travail de précision de nos confrères qui sont parvenus à compiler des données des projets Kickstarter ainsi que celles de Patreon, disponible ici.

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