Plus discret qu'Elon Musk et sa société SpaceX, Jeff Bezos est tout autant lancé dans la course à l'espace avec Blue Origin. Les projets de cette société sont jugés « sérieux » par Arianespace

Pas question de s’endormir sur ses lauriers. Si Arianespace a signé au mois d’octobre son 74e lancement d’affilée avec la fusée Ariane 5, égalant à cette occasion le record de fiabilité établi avec son lanceur précédent, Ariane 4, la compagnie surveille du coin de l’œil l’émergence de nouveaux compétiteurs qui viennent lui disputer des contrats sur le créneau de la mise en orbite de satellites.

SpaceX bien sûr, mais aussi Blue Origin. Bien plus discrète que la société fondée par Elon Musk, la firme mise sur pied par Jeff Bezos, un entrepreneur américain surtout connu pour avoir fondé Amazon, est pourtant perçue comme un rival dangereux chez Arianespace. À moyen et à long terme, l’entreprise dirigée par Stéphane Israël en est convaincue : Blue Origin sera un acteur sur lequel il faudra compter.

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CC NASA Goddard Space Flight Center

C’est en tout cas le message qu’a martelé cette semaine le patron d’Arianespace de passage aux Échos. Commentant la récente actualité de Blue Origin, Stéphane Israël juge que « les projets de Jeff Bezos sont sérieux » même s’il trouve que le calendrier présenté en septembre par son concurrent est franchement optimiste, pour ne pas dire irréaliste, d’autant que le groupe n’a pas encore une grande expérience.

« 2020 pour concevoir un lanceur ultra-lourd alors qu’aujourd’hui [Blue Origin] a surtout une capacité dans le domaine de la propulsion et des moteurs cela me paraît extrêmement ambitieux », estime Stéphane Israël. Et surtout, l’intéressé ne voit pas trop dans quelle situation un tel engin pourrait servir. Tous les segments de marché potentiels sont déjà couverts par des solutions moins hors-normes.

Des projets sérieux mais pour quoi ?

« Aujourd’hui, j’ai du mal à voir à quel segment de marché il s’adresse. Si c’est pour lancer des satellites, on n’a pas besoin d’un lanceur hyper-lourd », fait remarquer le PDG. Idem pour du tourisme spatial ou de la colonisation des orbites proches de la Terre, sur le modèle de la station spatiale internationale. L’envoi de modules de travail peut se faire sans un lanceur hyper-lourd.

Au mois de septembre, Blue Origin a assuré le spectacle en présentant New Glenn, un projet de lanceur aux caractéristiques très spectaculaires. Mais encore faut-il pouvoir la fabriquer car elle n’existe pour l’instant que sur papier. Blue Origin dit qu’il pourra en construire une d’ici 2020. Reste à savoir si cela est possible pour un groupe qui en est encore à faire des tests pour voir si tout marche bien.

Quoiqu’il en soit et même si Blue Origin ne sera pas tout de suite une menace pour ses activités (le groupe est toujours en train de valider l’utilisabilité de sa fusée réutilisable), Arianespace le traite dès à présent comme un concurrent auquel il ne faut faire aucun cadeau. « C’est un acteur extrêmement sérieux, il l’a montré dans ses autres affaires et […] nous regardons cela avec la plus grande attention ».

À lire sur Numerama : Lanceurs lourds  : la Nasa goûte peu aux projets de SpaceX et Blue Origin

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