Uber a inauguré hier un lieu d'accueil et d'information pour ses chauffeurs dans un centre commercial d'Aubervilliers. Objectif : disposer d'un centre névralgique en Seine-Saint-Denis, banlieue parisienne où le chômage est élevé et où le nombre de chauffeurs a explosé.

En France, ce n’est plus la guerre ouverte entre les applications de VTC et les taxis, reflet trop caricatural d’un nouveau monde face au vieux monde. Les ramifications de ces affaires sont nombreuses et aucun camp n’avait totalement raison ou totalement tort.

Aujourd’hui, Uber est entré dans les clous et ses actions en France commencent à être plus nettes et plus en phase avec les attentes du pays. Car on aurait tort de croire que l’ubérisation est un phénomène économique et social uniformisé à l’international et qui a les mêmes conséquences partout dans le monde : c’était d’ailleurs peut-être l’erreur de jeunesse d’Uber qui a débarqué un peu partout sans crier gare et a poussé ses services en faisant fi des règles locales et en bouleversant trop violemment les codes. 

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Un peu plus de 4 ans après son arrivée sur le territoire français, Uber a décidé d’installer son quartier général en Seine-Saint-Denis et plus précisément à Aubervilliers. Dans une enquête parue en mai dernier, nos confrères de Slate ont très justement superposé la carte de la pauvreté en Île-de-France avec la carte des auto-entrepreneurs déclarés en tant que chauffeurs. Dans les quartiers où le chômage frappe plus qu’ailleurs, Uber est perçu à la fois comme un moyen d’accéder au travail et à une rémunération, mais également comme un levier, non discriminant, pour se sortir de la misère. C’est donc assez naturel que l’entreprise américaine fasse d’Aubervilliers l’un de ses centres névralgiques, comme le note le Bondy Blog :

« Vue des quartiers populaires, Uber offre effectivement des perspectives à de nombreux jeunes et moins jeunes dans la galère ou en quête de nouvelles opportunités économiques. Selon une étude de LegalStart, une plateforme de services juridiques, appuyée par les chiffres des greffes des tribunaux de commerce, les créations d’entreprises de VTC ont explosé en 2015 devenant le deuxième secteur de créations d’entreprises en Ile-de-France, avec en tête la Seine-Saint-Denis.  »

Dans ce centre de 500 m2, 21 experts seront à disposition des chauffeurs et des curieux pour répondre à toutes les questions que l’on peut se poser sur Uber. Le lieu a été conçu comme un centre d’accueil et d’information et s’inscrit dans le plan 70000entrepreneurs, poussé par Uber, en phase avec le rapport Thévenoud, pour apporter du travail dans les villes les plus défavorisées de France. D’après un sondage Harris Interactive auprès des chauffeurs Uber, 39 % d’entre eux étaient en recherche d’un emploi et 40 % avaient un diplôme inférieur au bac. De même, rappelant le problème fondamental de la non discrimination à l’emploi, 87 % des chauffeurs estiment que Uber « donne sa chance à tout le monde ».

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Pour évoquer ce problème de fond, Uber s’est d’ailleurs associé à Abiola Ulrich, journaliste au Bondy Blog, qui va organiser un cycle de conférences nommé Outsiders. Elles tourneront toutes autour de l’accès au travail facilité par la technologie et sur les inégalités discriminantes quand il s’agit de trouver un travail. Elles auront lieu dans ce nouveau centre de Seine-Saint-Denis.

Bien sûr, dans les faits, Uber reste une plateforme de mise en relation qui travaille avec ceux qu’elle nomme ses « partenaires-chauffeurs  », qui ne sont pas des employés, mais des entrepreneurs qui n’accèderont pas à la protection sociale qui vient en France avec les contrats de travail. Est-ce un problème ? Oui, si l’on considère que le contrat de travail est le seul moyen de pratiquer une activité professionnelle. C’est d’ailleurs vers lui qu’une société qui protège ses citoyens devrait tendre.

En pratique, en revanche, le monde a autant changé que l’économie et aujourd’hui, ce modèle est remis en question. D’une part, parce qu’il ne permet pas de résoudre les problèmes de chômage ou d’inactivité des jeunes à qui on ne propose tout simplement aucune opportunité. D’autre part, parce que les concernés, les chauffeurs, estiment à 48 % apprécier une solution comme Uber car elle leur permet d’organiser leur temps de travail et à 46 %, car elle leur permet d’être indépendant. Il serait donc dommage de rejeter en bloc de nouvelles aspirations et de nouvelles manières de travailler qui améliorent au quotidien le niveau de vie dans les quartiers les plus défavorisés.

Les chauffeurs choisissent Uber à 46 % pour garder leur indépendance

Reste peut-être au législateur à trouver un juste milieu pour concilier indépendance et sécurité pour que l’accès au travail ne se transforme en désillusion. Aujourd’hui, l’auto-entrepreneur est dans une situation précaire, mais moins précaire que celui qui ne travaille pas ou que celui qui ne peut tout simplement pas accéder au travail.

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